02 – Dispositif & Mode d’emploi

Situation initiale – Chloé Delaume écrit cette année une utopie théâtrale, qui suit la fondation et l’évolution d’une VIe République Française dont la devise serait désormais « Liberté -Parité-Sororité ». L’action se déroule dans les gradins de la nouvelle Assemblée Nationale installée au Palais de la Femme. Pour personnages centraux des élues, ainsi qu’une journaliste qui suit en direct les débats. L’impact des décisions prises passe par un écran, comme une fenêtre sur l’extérieur. Mais l’extérieur perçu, capté et retransmis par les médias, les réseaux sociaux, nationaux et internationaux. L’impact d’une révolution féministe à l’heure des GIF animés et de la contamination active #ungestepourlabelette.

Le mercredi, c’est librairie – Durant dix mois, grâce au dispositif des Résidences d’écrivains de la Région Île de France, Chloé Delaume va ouvrir au public son chantier de travail à la librairie Violette and Co, et proposer à qui veut d’y participer. Partager ses lectures, explorer les formes des utopies féministes dans l’histoire littéraire. Un mercredi, chaque mois, échanger des données, des écrits, des paroles, réfléchir ensemble sur des mots, des œuvres, des gestes. Violette and Co est située dans le 11e arrondissement de Paris, au 102 rue de Charonne. C’est une librairie militante, le fond a la couleur de son nom. D’ailleurs pourquoi le violet est la couleur du féminisme? Connaissez-vous l’histoire de nos aînées suffragettes, que dit le dictionnaire du mot « Sororité », comment entendez-vous le terme « Matrimoine »? 

Plutôt que de n’en parler que chez soi avec les copines, autant ouvrir le débat à qui veut et surtout se pose les mêmes questions.  Isabelle Cambourakis, Nina Yargekov, Lydie Salvayre et Nathalie Kupermann : autant les faire venir dans le cadre la résidence et que tout le monde en profite.

La carte peut être le territoire – Le Palais de la Femme est un lieu qui existe. Situé au 94 rue de Charonne, à l’angle de la rue Faidherbe. Le bâtiment date de 1910, il est classé aux monuments historiques. Depuis 1926, c’est un lieu d’accueil destiné aux femmes isolées et précaires, géré par l’Armée du Salut. Actuellement 650 chambres sont occupées.

Ce n’est pas un lieu de passage. Les résidentes peuvent y séjourner le temps de se reconstruire, de se poser, de reprendre et d’apprendre, de peu à peu se réinsérer sur des bases solidifiées, elles sont accompagnées et aidées en ce sens. L’équipe d’animation du Palais de la Femme y multiplie les activités dans les fameuses salles communes classées, ateliers d’écriture dans la bibliothèque y compris.

Et soudain, la passerelle – En parallèle des lectures et discussions chez Violette and Co, un atelier d’écriture mensuel, ouvert à qui le souhaite, se tiendra dans la bibliothèque du Palais de femme. Il est animé par Chloé Delaume et Catherine Bédarida. Passer la porte et rejoindre les résidentes, écrire ensemble des pastiches, des hymnes, des propositions de loi, des articles de journaux ou de presse féminine, des lettres de marraine à filleule. S’inventer dans cette VIe République, écrire une chanson ou un conte, où désormais l’espace public, c’est acquis, est repeint en violet.

L’expérience et ses traces – De son lancement le 18 janvier à sa dernière soirée en novembre, les rencontres et travaux sont suivies par Remue.net. Captations des mercredis à la librairies, vidéos des lectures. Peut-être plus si affinités. Il faut envisager ces dix mois et son espace sur Remue un peu comme une revue, un cadre thématique aussi dynamique qu’éphémère. Montages photos, vidéos, audio, textes. L’occasion de trouver son médium d’expression, et de se constituer des souvenirs.

Les textes écrits en ateliers, où recueillis par mail, seront publiés sous forme d’un livret à la fin de la résidence. La pièce de théâtre une fois achevée sera, quant à elle, publiée au Seuil. Une restitution finale du travail collectif effectué en atelier, et de l’avancée de la pièce, aura lieu au Théâtre de la Loge en novembre.

Pour participer il suffit de consulter le calendrier et de s’impliquer en fonction.

 

01 – Liberté – Parité – Sororité : Chantier 2017, utopie de saison

Précédemment, dans Chloé Delaume, personnage de fiction qui fait plein de trucs :

 Objectif #Meufland – L’idée d’une VIe République Française dont la devise serait « Liberté-Parité-Sororité » ne se résout pas à quitter le cerveau, le corps et l’ordinateur de Chloé Delaume.

En septembre 2016, elle a publié un roman, Les Sorcières de la République qui abordait déjà le sujet. Mais comme elle a de légères tendances nihilistes et que ses personnages pouvaient jeter des sorts, elle a prit le parti de l’utopie qui dérape, de la vengeance souveraine et très bien habillée, de la Terreur en potion, des Bacchantes d’Euripide. Du coup ça a donné une chouette histoire baroque, peuplée de saynètes rigolotes où au barbecue communal grillent les bites des pères incestueux.

Le but des Sorcières de la République était de mettre en scène un cauchemar poussif, dont les données étaient pourtant réelles. Si les femmes étaient soudainement au pouvoir, en ayant d’absolus pouvoirs; incontrôlables, incontrôlées. Si, comme depuis toujours au fond, chacune et toutes perdent de vue la solidarité qui se devrait inaliénable entre-elles, avec ou sans chaudron, que voulez-vous que ça donne? Une répétition de l’Histoire, de l’Histoire de l’Homme. Celle qui engendre, même sans potion, la Terreur, les purges; l’ubris qui surgit durant la mutation dominé / dominant. Si dans le roman ça tourne mal, c’est parce que les femmes n’appliquent pas, ne pratiquent pas, la Sororité. C’est ça la morale de l’histoire, le trou noir, l’oubli de la Sororité, sans quoi pas de Nouveau Commencement, de redistribution, de prise en main du réel. Les Sorcières de la République se voulait un exercice dystopique, un roman d’anticipation qui rappelait combien depuis l’Olympe l’histoire des femmes est invisibilisée. Et également qu’il était temps, entre meufs, de s’organiser.

– Sororité bien ordonnée commence par exclure le mot pouffiasse – Ce que contient le mot Sororité, ce lien de sœur à sœur, en quoi il peut être le Graal, la clef, une arme collective avérée efficace? Des techniques de survie qu’il vaut mieux appliquer, des gestes, des perceptions qu’il suffit de déplacer? Utopie féministe : société sororale.

Dès le premier regard, abolir la notion de rivalité, voir avant tout l’alliée, un rapport établit désormais de sœur à sœur. Ca serait drôlement pratique si on y arrivait. Le problème c’est comment. Comment y arriver.

Le Dire c’est faire on sait bien que ça ne marche pas du tout. Il ne suffira pas de se dire : c’est ma sœur. D’autant que sœur, ça ne va pas, comme référence, du tout. La famille, le sang commun. Le sang qu’ont en commun celles du mot Sororal relève du menstruel et porte un ADN aux brins de luttes invisibles. Pour autant, comment être certaine que la femme qui se trouve en face partage d’emblée, elle aussi, le même principe, le même élan, surtout vue comment elle s’est sapée pour l’entretien d’embauche alors qu’il vous faut ce poste même s’il est hyper mal payé. On fait comment? Faut-il émettre des signes, épingler une fleur sèche au revers de sa veste ou porter un Crop Clitoris d’Anne Larue au-dessus d’un col roulé?  

Il est plus qu’évident que cette brave Chloé Delaume ne peut s’en sortir toute seule. Quant bien même s’engage-t-elle à ce que dans sa nouvelle histoire, les femmes fondent la Constitution de la VIe République sans avoir préalablement égorgé et mangé personne.

Chloé contre-attaque sans vampires – Ainsi a été conçu et lancé le projet Liberté-Parité-Sororité. Imaginer que cette fois-ci ça marche. Une Assemblée des femmes, à la Aristophane, sous la forme d’une pièce de théâtre, raconter les premiers pas et leur suite, le lancement et l’évolution d’une République Française répondant à la devise « Liberté-Parité-Sororité ».  Et parce que le théâtre est un espace citoyen, ouvrir officiellement le chantier, dès ses premières recherches. Faire en sorte que le travail préparatoire deviennent un cercle de réflexion et le lecture participatif; que les thèmes de la pièce se développent à travers des ateliers d’écriture ludiques, accessibles, que la parole, les textes, les idées, circulent. Pour ça elle sera durant dix mois en résidence d’écrivain à la libraire Violette and Co, où il va se passer des trucs expliqués dans le prochain épisode.