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Le Dictionnaire des personnages populaires de la littérature est sorti. Nous sommes de nombreux écrivains a y avoir participé. L'histoire commence l'année dernière, un mail qui me proposait de traiter Oui Oui. Sur le coup j'ai sincèrement hésité à étrangler le commanditaire, ou à me pendre directement. Bon, en même temps, vu le projet, il fallait bien que quelqu'un s'occupe du gnome sous acides, mais quand même, pourquoi moi, quelle idée. En plus j'ai jamais lu Oui Oui. Ma mère m'a fait commencer par la Contesse de Ségur, Oui Oui c'était comme Fantomette, strictement interdits à la maison. J'ai donc demandé s'il n'y avait pas moyen d'avoir un personnage un peu moins pourri dans la liste, parce que j'aimais bien l'idée de ce dictionnaire. On est tombé d'accord sur Rémi de Sans famille. Le hic, c'est que je ne l'avais jamais lu, je suivais juste, gamine, le dessin animé. Je me revois aux Cahiers de Colette, repartir avec mes deux volumes, commencer ma lecture au café d'en face et devenir toute verte. Parce ce que ce que ça peut être mal écrit et incroyablement pénible, la prose d'Hector Malot, au secours. J'ai donc joins en catastrophe Stéphanie Delestré et Hagar Desanti, en leur expliquant que j'étais désolée, mais Rémi, franchement, c'était pas possible non plus. On a discuté, j'ai fait des propositions, tout était déjà pris, alors j'ai proposé Peter Pan.

Peter Pan, je connais bien. J'avais déjà bossé dessus pour une revue il y a dix ans. Ca m'intéressait de jouer le jeu avec lui, d'écrire un article sur lui. Le voici donc :

"Peter Pan est né en 1902 sous la plume de James Matthew Barrie, dans le livre The Little White Bird (Le Petit Oiseau Blanc), qui servit à créer la pièce de théâtre Peter Pan or the boy who wouldn't grow up (Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir). En 1906, la partie de The Little White Bird qui concerne Peter Pan est publiée seule : Peter Pan in Kensington Gardens ; en 1911, la pièce est, quant à elle, adaptée en un roman : Peter Pan et Wendy, que l'on connait aujourd'hui sous le seul titre de Peter Pan.

Peter Pan doit son prénom au troisième fils de Sylvie Llewelyn Davies, amie de James Matthew Barrie, à qui l'auteur racontait et inventait des histoires. Barrie était très proche de ces cinq garçons, qu'il adopta lorsqu'ils se retrouvèrent orphelins. Le nom Pan est associé au dieu grec de la Nature.

Le personnage de Pan se rattache à la biographie de l'auteur. James Matthew perdu son frère aîné David, ce dernier avait treize ans. Leur mère ne vécu plus que dans le souvenir de son fils disparu. Barrie lui-même stoppa sa croissance. L'idée que l'on puisse rester enfant à jamais imprégna l'écrivain très tôt.

Peter Pan peut également être rapproché du Trickster, « fripon divin » des cultures amérindiennes, repris par Jung. Barrie le définit comme « joyeux, innocent et sans cœur ». Il n'est pas loin du lutin, à cette différence qu'il est nativement humain, à l'instar de Till l'espiègle, jeune saltimbanque malicieux et farceur de la littérature populaire du Nord de l'Allemagne.

Peter s'est enfui de sa maison une semaine après sa naissance, pour rejoindre Never-Neverland, le Pays Imaginaire, « monde nocturne des jardins de Kensington », situé entre la Grande Ourse et l'Etoile Polaire. Il y deviendra le chef des enfants perdus, petits garçons tombés de leur landau, qui vivent à ses côtés de palpitantes aventures.

Il évolue entre les peaux rouges, les fées et les sirènes, les pirates. Lily la Tigresse, Clochette, le Capitaine Crochet. Il a lors d'une bataille tranchée la main du Capitaine, cette dernière a été avalée par un énorme crocodile, qui, depuis, suit Crochet dans ses moindres déplacements. Son monde est en mouvement : sans cesse de nouveaux jeux et de nouveaux défis, de nouveaux personnages, aussi. Il est le seul immuable au Never-Neverland.

Il a l'allure d'un garçonnet de treize ans, peut perdre son ombre, et est d'une profonde cruauté, sans jamais en avoir conscience. Loin des traditionnels héros de la littérature enfantine, Peter Pan est totalement égocentré, peu capable d'empathie, obsédé par l'enfance éternelle. Il attire Wendy au Pays Imaginaire, non pas par amour, mais pour qu'elle lui raconte des histoires et s'occupe de lui, et des enfants perdus, comme le ferait une mère. Il ne prend pas non plus en compte les sentiments de la fée Clochette. Peter impose ses lois et règles, où grandir est un interdit. Parfois, il exécute lui-même ses compagnons lorsqu'ils s'approchent de l'âge adulte, car c'est « contraire au règlement ». Il oubliera les Darling après avoir pourtant partagé bien des choses avec eux, pendant que John et Michael vieilliront dans le souvenir.

La mémoire et le devenir adulte sont refusés par Peter Pan. C'est la raison pour laquelle son nom est devenu un syndrome. Concept développé par le psychanalyste Dan Kiley en 1983, le syndrome de Peter Pan caractérise les enfants qui ont peur de grandir, et les adultes qui refusent et redoutent les responsabilités. Le syndrome de Peter Pan n'est pas reconnu comme étant une maladie mentale, juste d'un mimétisme de fuite : le parent référent réagissait par la passivité.

Les aspects les plus sombres de Peter Pan ont souvent et atténués, voire gommés, dans la plupart des adaptations réalisées à partir du roman de Barrie. Le film d'animation de Walt Disney en 1953, est le plus populaire d'entre elles, présentant Peter Pan comme un enfant astucieux et joueur, qui entraine les Darling dans un monde merveilleux, où les combats avec les pirates jouxtent les tribulations magiques et exotiques, avant de les ramer chez eux. Les adaptations cinématographiques, comme celles de Steven Spielberg en 1990, de P.J. Hogan en 2003, ou de Marc Forestier en 2004, proposent une suite ou reproduisent la trame de Peter Pan. Mais la peur de grandir, comme la peur de la mort, sont minimisées. Loisel, dans sa série de bande dessinée Peter Pan, retrace l'arrivée de Peter au Pays Imaginaire avec une violence et une rugosité qui fait écho à l'œuvre originelle et à son contexte d'écriture."