#280
D'habitude, ça arrive en mars, à cause de mon anniversaire. La pulsion de mort est diffuse, le sursis de la chair flagrant, me subir est insupportable. Alors je m'impose un coma, réinitialisation, à l'ouverture des yeux le disque dur valide sa défragmentation; le pyjama est bleu, le pavillon accueillant. D'habitude, ça implose, c'est tourné contre moi, juste contre moi toute seule. Et puis. Parfois. Tous les cinq ans, en fait, si on fait une moyenne.
Un phénomène cyclique, l'appel de la rupture, l'excitation vorace de la tabula rasa. L'envie de tout envoyer valser, tout, absolument tout et tout le monde. Faire sauter la baraque, jeter à terre le réseau social, atomiser quelques couïllidés au passage, couper des ponts à la tronçonneuse, exterminer tout rapport jugé déséquilibré ou toxique. Regarder comme ça flambe bien quand on y met du sien. Prendre un plaisir infini à disperser les cendres à travers la saison. Et puis. Se sentir libre face au désastre, Karl Krauss : "La situation est désespérée mais elle n'est pas grave". Repasser par la case crevarde, observer qui soutient et qui passe son chemin, avoir de grosses surprises, faire le tri. S'octroyer le luxe d'être officiellement ignoble, pousser le snobisme à vomir toute la vérité, tant pis si sa texture est celle du vitriol. Etre méchante, un peu, parce que ça fait du bien. Se recentrer grâce au massacre, dormir à peine et toujours avec un couteau. Etre cruelle, beaucoup, parce que c'est distrayant. Faire en sorte que chaque jour soit une narration inédite, imposer le statut de personnage secondaire à un maximum d'innocents, les rendre responsables de la médiocrité du scénario.
Se heurter à la solitude. A la vraie, celle qui s'accompagne de bruits blancs, pas la légère qui draine l'ennui. Biffer les regrets et tenir bon. Et puis. Une énième nuit et en chanson. La lassitude et puis le manque, surtout, le manque de lui.
Je suis rentrée à la maison.