#278
C'est vendredi, la nuit, la performance au Mac Val c'était la semaine dernière. Ca c'est très bien passé et il y avait du monde. Le marathon est terminé. Désormais je travaille sur Juste après Cassiopée, à mon rythme. Là, c'est la phase de recherche pure, les premiers tâtonnements ; définition des personnages, de l'intrigue et surtout l'ébauche de la structure. Je la voudrais complexe, un peu ludique. J'hésite à tresser une trame autofictive en plus, ça peut parasiter l'histoire. Difficulté à me dire que je vais construire une histoire, cette fois. Mais ce n'est pas parce que je viens de finir un essai sur l'autofiction que je dois être prisonnière du genre. J'avais prévu depuis longtemps de travailler sur ce projet de roman où le Je ne serait pas le mien, où les Je seraient des voix autres, pas vraiment étrangères, mais construites de toutes pièces avec des bouts de moi, pas seulement des bouts de moi, imaginer davantage, projeter, aussi. J'ai envie de fabriquer un objet plus proche de Certainement pas que des livres autofictifs déjà commis.
Mon plan se voit toujours modifié en cours d'écriture, je crois que c'est impossible de s'en tenir à ce qui est prévu, on est toujours rattrapé, dépassé, par le flux. C'est justement ça qui est excitant : savoir que l'on ne peut pas savoir. Ni comment au final sera l'ouverture du livre, et encore moins à quoi ressemblera le chapitre final. Ce que je vis en ce moment, c'est de loin ce que je préfère. Je tourne autour de mes thématiques, je dessine, gomme, rectifie les traits de mes personnages, je détermine les lieux où se dérouleront les scènes. Je dois prendre des décisions fondamentales, aussi. Les descriptions, par exemple. C'est mon point faible. En tant que lectrice, sauf chez Balzac, ça me gonfle au-delà de l'entendement. En tant que praticienne, je suis nulle en description, je ne prends aucun plaisir à l'exercice, passe des heures sur deux paragraphes pour n'en garder qu'une ligne, du coup ça sent toujours un peu la sueur et le contreplaqué. Mais je ne suis pas certaine qu'il soit absolument nécessaire que j'améliore ce point, je veux dire que je devienne capable de faire des descriptions traditionnelles. Sauf que du coup, pour planter le décor et les persos, va falloir trouver des astuces, des formes. Alors j'essaie des trucs. Pour l'instant c'est très moche et ça ne fonctionne pas bien.
J'ai des pistes, quand même. Un système qui pourrait marcher, mais pour ça il faut que je l'applique concrètement, que je fasse plusieurs feuillets pour vérifier si ça tient le coup. Certaines intuitions doivent être immédiatement vérifiées, il arrive d'avoir une idée formelle très forte mais qui ne tient pas la route quand la langue vient à être injectée. La langue, d'ailleurs, j'hésite encore. Baroque vs clinique, deux voix donc deux styles bien distincts. La question reste : doit-il y avoir un narrateur omniscient, et comment le faire intervenir.
Bref, je m'amuse bien. J'ai un an pour écrire ce livre, j'ai dégagé le temps qu'il faut, plus que d'habitude, d'ailleurs. J'ai décliné toutes les propositions d'interventions, quel qu'elles soient, pour les mois qui viennent. J'ai envie d'être hantée par ce projet, comme ça avait été le cas avec Dans ma maison sous terre. Jusqu'ici, le maximum que j'ai mis pour un roman, c'est sept mois. En général, je passe quatre mois sur un livre. Je ne fais que l'écrire, en autiste absolue. J'ignore comment ça va se passer avec celui-là. Si je vais m'enfermer ou si je serai capable d'avoir une vie sociale en parallèle. Ca va dépendre de quoi je vais devoir me nourrir.
A propos de vie sociale, le prochain Mycroft aura lieu le 17 décembre. J'ai décidé de faire quelque chose de plus amusant que d'habitude. Du coup, il va se passer plein de trucs. Ce sera une soirée baptisée Le bon esprit de Noël. Chacun doit apporter un livre de poche qu'il a envie de faire découvrir. Il est conseillé de venir avec son livre déjà empaqueté, sinon je vais faire atelier papier cadeau comme une truffe en début de soirée. Mais bon, je vais prévoir quand même. De 19h à 20h, on entasse les cadeaux sous le sapin qui sera de petite taille rapport à celle de la galerie. De 20h à 21h, je ferai deux lectures, des extraits de La vie sur terre de Baudouin de Bodinat, lectures qui ouvriront les deux sets d'un concert très unplugged donné par Jean-Luc Le Ténia, dans la mesure où il n'y a pas de micro. Mais chacun sait que Le Ténia a la voix qui porte. J'ai demandé à Jean-Luc de choisir ses chansons les plus drôles : le texte de Bodinat étant à se pendre, s'il interprète ses jolies chansons tristes je vais être responsable d'un accroissement de suicides dans le XIème arrondissement. Après le concert de Jean-Luc Le Ténia, il y aura un live de Toog chez Udo. Les deux univers musicaux n'ont rien à voir, Le Ténia sera en guitare sèche, Toog est plus électro-pop, mais il y a une fausse naïveté qui les rassemble. Enfin je trouve. De toute façon j'ai envie d'essayer. L'important c'est que des livres et des textes circulent tout en passant une chouette soirée où les gens se rencontrent autour de la littérature.
C'est vendredi, la nuit, je ne suis pas chez moi. Je suis en résidence pour cinq jours dans un lieu assez particulier : l'hôtel Lutetia . Je dois écrire une nouvelle qui s'y passe, pour les éditions Cadex. Nous sommes trois auteurs à faire cette expérience. J'ai pris le parti de ne pas quitter l'hôtel de tout le séjour, pour être en totale autarcie. Je vais visiter les recoins, les cuisines, discuter avec le personnel et consulter le livre d'or, je suis arrivée en fin d'après-midi, je ne sais pas encore vers quoi va tendre le texte. Je pense que j'y verrai plus clair demain, je voudrais écrire le texte sur place, même si j'ai un délai de quinze jours pour le rendre. Je voudrais tricoter une vraie nouvelle, avec une chute. Du coup je vais devoir consulter Igor. Il est très fort en histoires et en chutes. De toute façon il est très fort. C'est mon héros.