#275

Trouver le titre a constitué une expérience maboulisante. Finalement je me suis arrêtée sur La règle du Je. Le mot autofiction apparaîtra dans le sous titre, c'est l'éditeur qui choisira la formule. Moi je verrais bien Autofiction: un essai, mais c'est peut-être lourd pour un sous-titre, il préfèrera simplement Essai sur l'autofiction, si ça se trouve. Franchement, les sous-titres, j'ai pas d'avis. C'est pour clarifier le produit, l'orienter vers sa cible, je sais parfaitement que c'est nécessaire, mais je ne suis pas très efficace.

Il me reste un chapitre à écrire. Une seconde annexe, le portrait de mon lecteur idéal. Le manuscrit a déjà fait un premier aller retour avec mon éditeur et mon comité de lecture perso. En plus de l'éditeur, je cible quelques proches ou connaissances capables de m'apporter leur point de vue par rapport à l'objet en cours. Pour l'essai, ça a été plus difficile de les choisir que quand il s'agit d'un roman. En plus l'autofiction, soyons lucide : tout le monde s'en fout complètement.

Je pensais pouvoir reprendre une vie sociale après l'essai, mais j'avais oublié que j'avais une perf prévue au Mac Val le 28 novembre. Je dois bosser dessus avec une jeune vidéaste, initialement sur la question de genre. Ce qui signifie que je suis censée encore me fader de la théorie. Seulement là, après l'essai, la théorie, je n'en peux plus. J'ai envie de tricotages en analogies, de pensée en escaliers, de mots qui rebondissent et d'un sujet plus ancré dans le symbolisme. Comme pour ma dernière perf j'ai travaillé sur le personnage de Lilith, là on va s'atteler aux Sorcières.

J'ai passé mon après-midi dans le studio 111 de France Culture. Le diptyque qu'ils m'ont commandé est en train d'être enregistré. Dans un premier temps, le volet 1, Le retour de Charly Orphan est réalisé par Alexande Plank, avec Eric Elmosnino dans le rôle de Charly Orphan, et Anouk Grimberg dans celui de Clotilde Mélisse. Ca a été très agréable, et intéressant, le dialogue avec les comédiens. La musique sera une création d'Aurélie Sfez, à partir du thème de Clotilde composé pour la BO de Dans ma maison sous terre. Elle va en studio demain. Les textes sortiront aux Editions Joca Seria en mars, je ne sais pas encore sous quel titre. Pour France Culture, Le retour de Charlie Orphan et Au Commencement était l'adverbe sont sous In texto veritas. Je pense que pour Joca Seria ce sera sous l'appellation Deux aventures de Clotilde Mélisse.

A part ça, j'ai un an pour faire mon prochain roman au Seuil, chez Fictions & Cie. Je constate que les auteurs sont pour l'instant préservés. Au niveau des attachées de presse, j'en perds une que j'aimais beaucoup, Gwenaelle Dréan, à la fois très professionnelle et extrêmement humaine. Mais il me reste Julia Polack, son assistante. J'espère qu'on ne va pas me réaffecter à quelqu'un l'an prochain sans Julia. C'est devenue une copine, elle vient même aux lectures Mycroft, enfin je veux dire, elle s'intéresse pour de vrai à la littérature contemporaine et à l'expé. Je n'ai pas encore mes chiffres définitifs quant aux ventes de Dans ma maison sous terre. Je suis a priori autour d'un petit peu plus de cinq mille. Ca m'a permis d'avoir un avaloir mieux que d'habitude sans avoir eu à demander.

Je devais encore un livre aux Editions Verticales. J'avais signé le contrat il y a plusieurs années avec Bernard Wallet. Bernard Wallet n'y est plus, j'ai un infini respect pour Yves Pagès et son travail, mais je n'avais pas de motivations pour rester. Un livre chez Fictions & Cie, un livre chez Verticales, un livre chez Fiction & Cie, ça me filait le tournis par avance. Je sors en parallèle trop d' objets dans des structures indépendantes pour ne pas avoir de maison mère pour mes romans les plus disons, traditionnels.

Le Seuil a racheté mon contrat à Gallimard, auquel est rattaché Verticales. On me dit que ce n'est pas une bonne idée de mettre tous mes oeufs dans le même panier, d'autant que le staff du Seuil va à Montrouge, et tout le tralala. Bon. Le Seuil, le groupe, c'est la crise. Mais à mon niveau, ça ne change rien. En imaginant que ce soit la pire des apocalypses, que, aller poussons bien le bouchon, soyons désinvoltes, paranoïa & Cie, Bernard Comment saute, c'est quoi la conséquence. J'aurai un toto qui ne comprendra rien à ce que je fais en guise d'éditeur, et qui me refusera un livre que du coup j'irai publier ailleurs. Trop grave. Je peux avoir un bouquin plombé à la sortie, aussi. Plus grave. Mais bon, hein le dysfonctionnement de la structure de diffusion j'ai déjà donné avec Certainement pas. La Martinière se fait racheter par un groupe pire? Je signerai un contrat chez un autre groupe pour racheter mes avaloirs à Danone, que voulez-vous. C'est déjà le bordel. J'ai connu deux éditeurs hébergeant qui ont fait faillite, j'ai participé à des comités de lectures pour des collections avortées, je vois tout le monde ramer et j'ai arrêté de m'acheter des escarpins.

Ne plus avoir un pied chez Gallimard, c'est se couper de Folio. Mais de toute façon je ne vends pas assez Les Mouflettes d'Atropos et Le Cri du Sablier, ils en n' ont rien à foutre de me mettre en poche, chez Folio. Les auteurs de chez Verticales qui finissent en Folio, c'est les classiques et les bancables, pas mon profil. Au moins chez Fiction & Cie, ça finit en Points Seuil. Parce que chez Points Seuil, ils s'intéressent à mon travail en dehors des chiffres. Les Juins ont tous la même peau, ils savaient que ça vendrait pas beaucoup, mais ils sont contents de l'avoir publié.

J'ai donc un an pour faire un roman. Ce roman sera Juste après Cassiopée, et sera une histoire d'amour. Puis ce roman sera décliné en oratorio. L'oratorio sortira peut être juste en cd ou en livre-cd, je n'en sais foutrement rien. Ce que je sais, c'est que je vais d'abord écrire le roman, inventer une structure narrative bien complexe, me prendre la tête comme pas permis. Je peux prendre mon temps, et je ne vais pas me gêner. Je ne me mets plus de chantiers annexes sur le dos, je finis novembre sur les Sorcières, et en décembre, je passe à Cubase. Une pause d'un mois, ça je vais m'y tenir.

En attendant il y a TINA, demain j'interviewe Jean-Jacques Schuhl.