#265
Au début j'ai cru que mes voisins étaient devenus fous. De l'opéra très fort, en plein milieu de soirée. Je me suis dit qu'à Paris ça braillait de la techno dans les appartements lors des vendredi soirs, et qu'à la Médicis il fallait bien que les trucs fassent plus couleur locale. J'ai commencé à me méfier quand les sopranos ont cessés pour laisser jouer du Vivaldi, puis un tas de morceaux qui servent généralement à remplir les compiles spéciales auto-radio et fournir les BO des pubs pour assurances. Ca venait de l'extérieur. J'ai sursauté à la première détonation, genre soudain j'ai trois ans et très peur que la bombe ne me tombe sur la gueule. Sur les collines de Rome, ce soir, feux d'artifice.
Quelques lueurs parviennent jusque dans le jardin, mais la musique meringuée relève de l'insupportable. Ce n'est pas pittoresque, c'est juste vraiment pénible. Je ne sortirai pas au milieu des touristes entongués hululant regarde oh la belle bleue. Je resterai cloîtrée, cette nuit, comme tous les jours. J'ai pris trop de retard à errer dans la ville, il est temps de passer aux choses vraiment sérieuses.
Lu dans la revue Sorcières, grimoire féministe des années 70, ce texte d'Adelaïde Blasquez, Pavane pour un Je défunt :
"Ecrire pour suicider Je. Mais qu'est-ce à dire? Mais concrètement? Et puis d'abord, qu'est-ce que c'est que ça, Je? Tâtonnons.
Je a un nom. Et Je ne veux pas le savoir. De nom, Je n'en veut pas. Se prétend innomable, ça ne facilite les choses pour personne. Par exemple, prononcer ou entendre ledit nom en public met Je au supplice".
J'ai écrit pour suicider mon Je. Celui qui avait un nom que je ne voulais pas savoir, dont la prononciation me mettait au supplice.
Ce soir, pour couvrir les bruits de la fête et me soutenir dans mon travail, j'écoute une grande, très grande dame.