#256
Il est minuit et demi. J'ai le choix entre deux chantiers. Poursuivre ma discussion avec Jean-Charles Massera pour TINA ou reprendre mon essai. Autant le dire tout de suite : dans les deux cas, je suis dans la merde.
Jean-Charles m'a poussée dans mes retranchements. J'ai voulu défendre la notion de roman, expliquer en quoi la forme roman faisait encore sens aujourd'hui. Sa réponse est très drôle, et m'a laissée KO. J'ai voulu chercher des arguments d'autorité, j'ai contacté des auteurs qui font ce que je pensais être du roman expérimental, ils m'ont tous répondu qu'ils faisaient bien de la littérature expérimentale, mais du roman que nenni. Voire même plutôt crever. Je ne sais pas comment m'en sortir. J'ai l'impression d'être toute seule à me raccrocher à un vieux machin agonique, complètement plombé et parasité par la linéarité et le divertissement. Pourtant, je sais que ça fait encore sens. Je le sais, mais n'arrive pas à l'expliquer. En fait, je déteste le terme de "fiction" pour définir un texte. Je trouve ça encore plus flou, et définitivement pire. J'espère le coincer là dessus, mais de toute façon théoriquement il est plus fort, et c'est pas certain qu'il utilise ce mot, en plus. Ca fait depuis hier soir que je bloque, il va falloir résoudre ça, répondre, répondre quoi, vraiment je suis paumée.
Parce que je n'arrive pas à faire du théorique, je suis allée regarder comment Angot se débrouillait. A cause de mon essai sur l'autofiction. Une partie du coeur. Ce n'est pas un essai, c'est un court texte. Qui interroge Je est un autre. Sauf que pour Angot, Je est un autre invoque inexorablement l'inceste. Dans son cas, ça se tient. Mais ça ne fait guère avancer mes affaires. Je crois que c'est bien fait pour moi. Depuis le début de cette histoire d'essai, je cherche des béquilles, comme si je n'assumais pas de penser par moi-même. En plus, les béquilles invoquées se dérobent. Les auteurs et artistes que je contacte refusent de collaborer. Ils veulent bien que je parle d'eux, mais pas avec eux. Si ça continue, l'essai ça va être les aventures de Chloé Delaume qui accumule les vents. C'est l'éditeur qui va être content. L'éditeur, putain, l'éditeur. Va bien falloir que sous peu je lui montre quelque chose. J'ai 50 pages de notes totalement désorganisées. Je refais mon plan toutes les semaines. J'ai l'impression de devenir folle.
Là, tout de suite, j'ai très envie de fuir en cherchant une nouvelle idée de roman. Comme ça j'aurais la sensation de travailler à un truc capital en jouant les grosses autruches. Sauf que c'est pas le moment. Alors, je ne sais pas trop. Je pensais qu'en passant par ici, ça clarifierait les choses. Je fais souvent un post avant d'attaquer un chantier, ça me permet de faire le tri. Cette fois ci, je crains que ça ne marche pas mais alors pas du tout.
Du coup, je crois bien que je vais faire de la musique smiley de désertion absolue.