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Ca doit faire une semaine que je ne suis pas venue ici. Manque de temps. Mais ça doit vous fatiguer que je le répète à l'infini. En même temps vous n'êtes pas obligés de me lire, cette partie du site n'est rien d'autre qu'une extension de mon bureau, une fenêtre sur mes chantiers, certainement pas un vrai journal et encore moins un espace fait pour vous divertir.

J'ai reçu un mail étrange, hier. D'une élève du lycée de Reims où je me suis rendue dernièrement. "J'avais l'impression que vous n'étiez pas très contente de cette rencontre car vous n'avez pas réellement montré vos émotions". 250 corps dans un amphi, face à moi, encore heureux que je l'ai contrôlée, mon émotion. Sinon je crois que je serai tombée dans les goldens. Ca peut paraître paradoxal, vu que ça semble l'avoir déçue, mais ça m'a soulagée, savoir que maintenant, depuis quelques années, je suis capable de maîtriser ce qui sort, ce qui apparaît. Plus de tremblements, plus de panique visible, plus de pleurs dans les toilettes, plus d'envie de mourir dès qu'on me touche le bras. Je ne suis pas devenue tactile pour autant, ça me dégoûte toujours épouvantablement, les gens tactiles, les effusions. Mais je gère mieux, voire carrément bien. Son mail m'a rassuré, en fait.

Je rencontre des lectrices, en ce moment. Beaucoup étaient là lors des cinq représentations d'Eden matin midi et soir. Elles sont chouettes, mes lectrices. Les jeunes sont très lookées, avec une connaissance de la littérature impressionnante pour leur âge, et une grande sensibilité. Quand j'ai du temps, je prends un verre avec certaines à la maison. J'ai besoin de nouvelles rencontres en ce moment. Sinon je vais finir rabougrie, fermée sur le même cercle, j'ai pas envie de ça.

Les chantiers avancent. L'oratorio, surtout. C'était nécessaire que j'ai les premières scènes finies, de façon à proposer le projet à des chanteuses précises. Là, je vais devoir faire une courte pause. Je dois écrire deux fictions radiophoniques pour France Culture, un diptyque autour de mon personnage récurrent, Clotilde Mélisse. Le titre générique est In texto veritas, les pièces s'appellent Au commencement était l'adverbe et Le retour de Charlie Orphan. J'ai un mois et demi pour les faire, autant dire que je dois speeder. Le thème portera sur la création littéraire.

J'ai trouvé, grâce à l'astucieuse Sophie Couronne, le mot pour mon essai, celui qui remplacerait autofiction pour situer au mieux ma démarche. Je crois bien que c'est autoréalisme. Parce qu'en fait, c'est ça que je fais. Mais bon, j'attends d'avancer sur l'essai pour développer sérieusement le concept.

Sinon, et ça n'a rien à voir, un mot pour mes petites sorcières : le choc en retour existe toujours, il suffit d'être patiente. L'ennemi croit vous atomiser, et puis le temps fait son devoir. Les faiseurs se heurent à la soudaine lucidité de ceux qui s'étaient fait avoir; la malédiction fauche, et parfois dans la chair, tous ceux qui contre vous avaient abusés de leur pouvoir. Faites confiance au choc en retour, c'est lui votre meilleur allié. Après, c'est certain, c'est difficile de na pas s'énerver entre temps, puisque ça peut prendre des années. Cette semaine j'ai eu deux preuves concrètes de régulation : je pense qu'à l'avenir je crierai moins quand on me blesse, je me contenterai d'attendre que la sorcellerie fasse son boulot. Mais bon, l'ennemi, en même temps, permet aussi de faire d'intéressants personnages de fiction. Mais IRL, je m'y engage, je ne perdrai plus d'énergie. On n'est pas là pour s'égarer en vaines batailles, l'important c'est de gagner la guerre.