#237

Hier, c'était la première d'Eden matin midi et soir. J'ai été tendue toute la journée. Pas parce que je ne faisais pas confiance à ma comédienne, je l'ai choisie et elle assure vraiment. C'est juste que le théâtre implique une réception directe, vivante, violente, même. Juste avant qu'on rentre dans la salle, quand j'ai compris que 94 réservations ça faisait autant de corps, j'ai littéralement paniqué.

Quand on écrit, on ne subit jamais les réactions immédiates des lecteurs. Bien sûr il y a les lectures publiques, les perfs, où là on sent si ça passe ou pas. Mais là c'est tout un spectacle, c'est différent. La moindre faiblesse du texte, la retombée de la tension, on la vit dans la salle, c'est tangible, ça peut être violent.

Juste avant que ça commence, assise en haut des gradins de la grande salle de la Ménagerie de verre, mon corps ressemblait à du bois, j'étais tétanisée. Qu'est-ce qui m'a pris d'écrire ce texte, d'avoir eu l'idée de le montrer, le suicide au fond, la condition interne de ceux qui se suicident, qui ça peut bien intéresser.

J'avais peur que les gens partent, s'ennuient, ne trouve aucun intérêt à mon histoire d'Adèle thanatopathe, se demandent ce qu'ils foutaient là, à louper la Nouvelle Star pour se fader ma prose. Et puis ça a été magique, la mise en scène de l'espace mental recouvert de paillettes, Anne sublime dans le rôle, la salle tellement réceptive, la sensation que tout le monde a parfaitement compris de quoi je voulais parler.

La pièce se joue encore jusqu'à samedi 28 mars, il semblerait que pour s'y rendre il vaut mieux réserver.