#235
J'ai eu 36 ans aujourd'hui. Pour cadeaux, je n'ai pas eu de robe couleur du temps, mais beaucoup plus précieux. Le livre, d'abord, arrivé un peu en avance, reçu par la poste dimanche soir. Il sera disponible au Salon du Livre sur le stand de Joca Seria. L'album, ensuite, écouté en boucle depuis hier. Les pantoufles de vaire, version pvc pour finir.
C'était une journée assez chargée. J'ai rencontré Bernard Stiegler dans l'après-midi, pour mon essai. Son concept d'individuation recoupe une de mes intuitions au sujet de l'autofiction. Nous avons discuté, il va m'être très utile, nous nous revoyons en mai. Je pense que ce n'est pas pour rien que l'autofiction a été nommée en 1977, et que le terme perdure depuis. C'est encore une intuition, mais je vais creuser de ce côté là. Et finir par trouver au final un autre mot pour définir ma pratique, un mot qui me correspondrait plus, un mot que je vais inventer. Je ne vais pas pouvoir retravailler à l'essai avant quinze jours, il y a le Salon, puis les représentations d'Eden matin midi et soir où je dois être présente, des textes à rendre, des rendez-vous, aussi. Mais je commence à baliser le terrain, le manuscrit doit être rendu en octobre, je vais y aller lentement mais sûrement.
Enregistrement ce soir d'une émission un peu particulière de La grande librairie. Pour le Salon du Livre, un numéro spécial, beaucoup d'écrivains invités, un exercice imposé. Le thème était la bibliothèque idéale. Nous devions tous parler d'un classique qui nous semblait important d'avoir en rayon, et citer un livre, toujours classique, que nous ne pouvions pas supporter. On n'avait droit qu'aux auteurs morts, alors je suis allée chercher Boris Vian, L'écume des jours. On pouvait s'y attendre. Pour le livre détesté, j'ai pensé tout d'abord au Journal d'un séducteur de Sören Kierkegaard, parce que c'est le livre que j'ai le plus jeté contre le mur durant la lecture de toute ma vie. Il m'a toujours fait profondément gerber, ce texte. Même si gnagnagna l'auteur lui-même gnagnagna autodérision lucidité sur soi, on ne me la fait pas, ce n'est pas une excuse.
Finalement, j'ai choisi le roman qui m'a fait le plus mourir d'ennui, à savoir Julie ou la Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau. Ce que je peux trouver ce livre chiant, c'est dingue. Narrativement c'est d'une mièvrerie à se pendre, stylistiquement c'est atrocement convenu pour l'époque, et je dois avouer que je n'aime pas du tout le XVIIIe siècle, à part Sade et Laclos. Ce que j'ai pu souffrir à la fac quand on se tapait les Lumières, un cauchemar.
Demain je vais au Louvre pour choisir une œuvre à partir de laquelle je dois écrire un texte. Lors d'une visite publique nocturne dans deux mois, je le lirai devant l'œuvre en question. Je n'ai aucune idée de ce que je vais choisir. Peut-être un bijou. Ce qui est bien avec cette commande, outre le fait que ce soit intéressant à faire, c'est que je vais avoir une carte pour rentrer au Louvre quand je veux. Je connais mal ce musée, ça fait des années que je n'y ai pas mis les pieds.
Je voulais mettre un extrait du joli texte de Marc Pautrel, Je suis une surprise, mais je n'arrive pas à mettre la main dessus ce soir. Il doit être dans le sac de voyage qui a servi pour Bron et que je n'ai pas encore vidé. Je mettrai un extrait en ligne demain, là je vais me coucher.