#228
Week-end de repos, endeuillé par la fermeture d'Inventaire-Invention. J'ai appris ça par le blog de Marc Pautrel. Il y a quelques années, j'avais rencontré Patrick Cahuzac, il m'avait proposé de lui donner un texte. Je n'ai pas eu le temps, mais j'y pensais de temps en temps, une forme courte, quelque chose de très expérimental, presque poétique, j'avais envie de ça, je me disais un jour je lui donnerai quelque chose de spécial. Je n'en aurais jamais l'occasion, ça m'attriste. Autant que ça m'attriste de voir cette maison fermer. Un creuset, cette maison, cette revue, aussi. Des forces vives. Je regarde leurs livres que j'ai chez moi, Patrick Bouvet, Philippe Adam, Pierre Alféri, François Bon, Jean-Michel Espitallier, Arno Calleja, Jérôme Game. Désormais des collectors, mauvais sourire. Je pense à une bloggeuse qui affirme que je dénonce juste la production contemporaine merdique sans jamais citer d'auteurs qui à mon sens valent le coup. Un regard à leur catalogue, elle aura une partie de la liste. Thierry Guichard me demandait l'autre jour pourquoi je ne montais pas ma propre maison, je crois qu'il ne se rendait pas compte de mon rapport à l'administratif, de l'énergie que je n'ai pas, aussi. Là, c'est encore une preuve que l'édition indépendante ne peut pratiquement plus survivre, parce qu'à moins de tourner sur un fond propre ou du mécénat, la maison est à la merci de la politique menée au CNL et au Conseil Général dont elle dépend. Et dire qu'ils n'étaient même pas déficitaires...
Aujourd'hui, journée passée à élaborer un projet dont dépendra mon année 2010. Je m'applique. A partir de demain les rendez-vous s'enchaînent, je vais devoir mettre mon essai de côté, j'y ai d'ailleurs pas retouché depuis des jours. Heureusement, la date de rendu est en fait en octobre, je ne suis plus paniquée.
Ai terminé aussi la relecture d'Eden matin midi et soir, qui sort en mars aux Editions Joca Seria. Le texte de la pièce sera donc disponible en même temps que ses représentations à la Ménagerie de Verre. Le BAT (bon à tirer, la maquette phase finale) part demain chez l'imprimeur. Je suis super contente, l'objet va être très joli. Les illustrations et la couverture sont de François Alary, c'est à lui que je dois tous les dessins de mon site. C'est un texte dur mais drôle, sur le suicide. Les Martin, qui dirigent la maison d'édition, ont fait exprès de mettre l'achevé d'imprimé au 10 mars, pour que ça soit mon cadeau d'anniversaire. Je vais donc avoir deux cadeaux d'anniversaire très spéciaux cette année : La République des Meteors, le prochain album d'Indochine, sort la veille. Non seulement il y a Les aubes sont mortes dessus, le texte que j'ai écrit pour Nicola, mais en plus Peggy M, la graphiste du groupe, a utilisé une photo de moi parmi les très nombreuses qui ont servies au grand montage que constitue la pochette de l'album. Je suis sous Boris, en haut à droite. Bon ok, vous vous en foutez, mais moi ça fait vingt-six ans que j'écoute ce groupe, alors c'est normal que je sois hystérisée par la situation. En plus ici, c'est quand même chez moi, donc je parle d'Indochine si je veux. Non mais.
Lu ce jour le fragmentaire Cambouis d'Antoine Emaz, très beau livre sorti en janvier dans la collection Déplacements, au Seuil.
"Le silence provoque une sorte d'implosion du mot; il n'est plus saisi qu'à peu près dans la suite, il pèse surtout en soi et résonne de tous ses possibles de sens, de mémoire. En prose, c'est l'inverse, le mot est d'abord saisi dans le continu, un lié; il participe au flux et, de ce fait, sa bande passante est réduite à son sens dans la phrase. Même les procédés de mise en relief, en prose, ne créent pas un arrêt équivalent à ce que peut donner le mot isolé, en vers. En simplifiant, on pourrait peut-être dire qu'en vers il y a une saisie verticale du mot, alors qu'elle est horizontale en prose."
(...)
"Disons que le poème est une forme qui enferme du vivant.
Disons que le vivant ne peut s'enfermer dans une forme.
Disons que le poème est une forme morte du vivant.
Disons que la poésie est peut-être ce qui circule à travers un tas de peaux mortes, de mues multiples, de momies parcheminées, depuis des siècles.
Disons que la poésie n'avance pas; elle indique dès le début et sans fin un point crucial de l'être vivant où la réalité serait réconciliée avec la parole.
Disons que la poésie est un ratage nécessaire parce que pression insistante là où ça fait mal : nous ne pouvons faire un monde de mots, et nous ne pouvons, muets, faire un monde. (...)"