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Jacques Brou est un auteur on ne peut plus singulier, qui travaille sur les flux et reflux de la pensée. C'est leur restitution qui compose ses livres. Si vous n'avez jamais lu Jacques Brou, vous manquez quelque chose. Quelque chose comme une expérience de lecture infiniment particulière.
Son dernier opus, La machine à être, 773 paperolles trouvées dans la poche d'un homme, vient de sortir aux Editions è®e. A partir de ces 773 fragments, comme autant de réflexions, remarques et ressentis, c'est un homme qui se dessine, de l'intérieur.
"... j'avais entrepris de me nettoyer l'imaginaire afin qu'il ne restât nada ou que l'âme (c'est la même pour tous)... 315". "
"...vivre fendu, mourir dans les formes; l'obscur ouvert, grandir parmi le pire; gronder; s'écouler indolore dans l'autre monde en hémorragies somnifères; s'écrouler au bord à tort; renoncer jusqu'à s'aplanir; amincir sa vie inframince; éviter de brûler; épaissir son corps anéanti... 347."
"... j'écrivais des livres assez courts dans lesquels il ne se passait rien; ce qu'ils avaient de meilleur, c'était précisément les trous qui les criblaient; c'est par là qu'ils respiraient, qu'ils aspiraient à eux mêmes... 466."
Les 21 premières pages sont accessibles sur le site de l'éditeur. Vous pourrez vous rendre compte de la façon dont la langue s'y déploie.
La machine à être est suivie d' Un projet abandonné sous le canapé, court texte extrêment compact, qui démontre que Jacques Brou sait ciseler toutes les formes, et que chez lui, on est toujours face à un individu qui fait acte de littérature.