#221

J'ai trouvé une méthode de travail. Au lever je bosse sur l'essai, l'après midi je vais au Mac Val ou j'ai des rendez-vous, le soir je me consacre au roman. Ça avancera en parallèle, aucun parasitage possible. L'essai est sur l'autofiction, le roman est de la fiction pure. Au réveil je suis plus apte à réfléchir qu'en fin de journée, et la nuit l'apnée est courte mais possible, je peux tenir ce rythme, il est parfaitement adapté.

L'atelier au Mac Val est vraiment agréable et intéressant à faire, j'ai dix personnes, des ados et quelques adultes. A partir d'une œuvre de la collection, ils créent une pièce sonore chacun. Je les vois chaque samedi, mercredi et jeudi. Le samedi, tous peuvent être là. En semaine, ils sont moins. C'est comme une bulle étrange, il y a de la communication, il se passe des trucs, c'est très beau. Hier Félix Jousserand est venu, il a dit des textes devant notre petit groupe. Un des ados : "ça m'a fait comme un haut le cœur". C'était un texte très dur, urbain, sec, anémié. "Ça m'a fait comme un haut le cœur". Je suis contente de vivre ça, de voir des gens être touchés. J'essaie de leur transmettre des références historiques, quelques astuces perso de cuisine, et surtout le goût de la tambouille. Pour l'instant, ça a l'air de marcher. Bon, bien sûr j'en ai un qui refuse d'écrire, une résistance dingue, pas un mot non, pas la langue. Félix, qui est resté me donner un coup de main pendant la période pratique de l'atelier, a essayé de lui donner d'autres pistes, mais pas la voix, pas la voix même sans la langue. Non plus. J'essaie de comprendre pourquoi il bloque, si son refus signifie quelque chose, ou si c'est juste qu'il a la flemme. C'est très compliqué, les ados. L'exercice est compliqué, de toute façon. Il faut les aider à produire une œuvre , pas les orienter, ni les influencer. Les pièces qu'ils ont choisis dans la collection sont majoritairement très politiques, mais il ne le perçoivent pas toujours, ils en ont parfois l'instinct, néanmoins. J'essaie pour de leur montrer le maximum d'outils et de matériaux qu'ils ont à leur portée. Leur expliquer que chaque geste doit être motivé, mais qu'en même temps, bah oui des fois ça s'impose tout seul, ce qu'il faut faire. Le terrain, ça a ça de bien aussi : ça fait faire des mises au point sur sa propre pratique, rationaliser au maximum, aussi. Pour pouvoir transmettre au mieux.

Ai été aux mardi littéraires, ça s'est bien passé. Pascale Casanova m'a dit que je ne faisais pas vraiment de l'autofiction. L'avant veille, une écrivaine que je respecte infiniment m'a conseillé de trouver un autre mot pour qualifier mon travail. Mercredi, Christiane Terrisse, une lacanienne que j'aime beaucoup a finit son mail par une tournure quasi identique. En vérité, je vous le dis, c'est un complot smiley de je rigole mais encore un et je pète un plomb. Cet après midi je suis allée à l'enregistrement de La grande librairie en redoutant que François Busnel s'y mette à son tour. Mais en fait non. Et heureusement parce je ne savais plus très bien où j'habitais. Je suis peut-être entrée sur ce territoire par effraction, mais je tiens à lui, terriblement. Je vais discuter avec des spécialistes pour mettre au clair certains points. Sur l'autofiction, sur la biofiction. Bernard Stiegler pour le rapport individu / collectif, Je / Nous. Christiane Terrisse pour le fameux "Dès l'origine, le Moi est pris dans une ligne de fiction". Xavier Houssin, Philippe Gasparini, d'autres encore. Je vais mener l'enquête. Qu'est-ce que ça veut dire autofiction aujourd'hui? Pourquoi je m'acharne à définir mon geste comme autofictif? Je vais prendre des notes de conversation, faire des cuts de mails, ouvrir le chantier la plomberie mise à nu. J'ai un fil rouge, maintenant, tressé par petites séquences. Mon plan se développe plus sérieusement. Je voudrais que ce soit joli. Je doute de renouveler l'exercice un jour, alors j'ai pas envie de le bâcler.

J'avance aussi doucement sur Juste après Cassiopée. Je suis sur le premier chapitre, le profil et la psychologie des personnages sont à peine définis, il y a encore beaucoup de boulot préparatoire. Je cherche encore ma Mathilde, en fait, j'ai besoin de l'affiner. J'ai la trame et la forme, pas de plan, un flux, un monologue. Je posterai les premières pages quand elles seront définitives. J'espère sous peu.