#220
Hier, journée off. C'est de ça dont j'avais besoin. J'ai vu Dorine_Muraille, nous avons discuté, en fin de soirée amorcé les paroles d'une nouvelle chanson, aussi. Il m'a fait écouter ses derniers travaux, c'est une tuerie.
Cet après midi j'ai écrit le premier chapitre du Moi de Mars, mon essai sur l'autofiction qui me paralysait comme pas permis. J'ai trouvé une solution, des chapitres courts, sur des thématiques liées au genre, sur des lectures, également. Une promenade dans mon crâne, en quelque sorte. Je viens de l'envoyer à Laurent de Sutter, mon éditeur sur cet objet. Je sens que le processus est enclenché, je suis contente, je vais pouvoir aborder plein de trucs qui me semblent essentiels. Le travail par chapitres va me permettre de travailler régulièrement, au fil des idées, en parallèle du reste.
Le reste est assez envahissant, pour écrire tranquillement s'entend. Je commence demain mon atelier au Mac Val, j'ai dix séances jusqu'à la mi-février. La promo continue, aussi. Je suis vraiment soulagée d'avoir trouvé ma piste pour l'essai, ça me pesait, m'inquiétait terriblement.
Je copie colle mon premier chapitre, qui se veut introductif, ça va de soi.
"Au commencement
Ceci sera une tentative. Une tentative d'explication. Qu'est-ce que pour moi l'autofiction, en quoi consiste cette pratique, que signifie-t-elle aujourd'hui. J'ai dit : pour moi. Là-dessus, j'insiste. Parce qu'il m'est impossible de généraliser. Je ne suis pas universitaire, je ne suis pas théoricienne, je ne suis qu'une écrivaine travaille sur son Je, le creuse et l'amplifie en fonction des chantiers.
Livres, textes et pièces sonores. Y décliner ce principe qui fait l'autofiction, tricoter la fiction et l'autobiographie. Le vécu comme matériau, injecter du Tout vu, et, parfois, inventer. J'aimerais un pourcentage, pour pouvoir quantifier. Ca dépend des objets, alors faire une moyenne. Ca rationaliserait peut-être ma démarche. C'est parfois important de rationaliser.
Si j'écris cet essai, c'est pour moi-même saisir les enjeux qui m'animent. Définir le territoire dans lequel j'évolue. Cela fait maintenant dix ans que j'ai fait de l'autofiction le terrain, le terreau, de mon Je décliné. Concentrée sur la langue, l'expérimentation, toute à l'apprentissage de méthodologies, je ne me suis accordée aucun temps réflexif quant au genre qui m'héberge, me structure, me nourrit. J'ai bien sûr décidé, et cela depuis le début, de m'inscrire dans cette veine. Mais mes motivations ne relevaient que de l'instinct. J'ignorais tout concept lié à l'autofiction. A peine avais-je conscience de ses pièges et dangers. J'aspirai naïvement à mêler concrètement vie et littérature, mes référents d'alors se trouvaient dans un ailleurs privilégiant le verbe, le jeu, tout autre chose. Autre chose où le Moi était escamoté, n'avançait que masqué. Ou s'imposait furieux, frontal, sans ambigüité possible, dénué de toute forme romanesque, de toute empreinte de la fiction.
Je n'étais pas non plus idiote, j'avais lu des auteurs qui se consacraient au genre. Des lectures éclairantes, marquantes, mais nullement fondatrices, au sens où elles sont arrivées après, après Vian et Artaud, après que j'ai compris ce que signifiait physiquement le mot littérature. Je reviendrai sur ces lectures, sur ces souvenirs de lecture. Ici, plus tard. Lorsqu'il s'agira d'évoquer les textes qui m'ont appris combien le terme autofiction ouvrait un champ large des possibles. Aux morts comme aux vivants, j'aime pouvoir dire merci.
Ecrire un livre sur l'autofiction, c'est un peu comme m'ouvrir le crâne. La pensée en caillots, comment la fluidifier. Alors faire des chapitres, un par flux traversé. Parler de cette discipline, la raconter. De l'intérieur. Le témoignage d'un Moi qui utilise le Je pour dire et pour lutter. Une clef parmi tant d'autres, peut-être pas la bonne pour qui recherche une thèse sérieuse et appliquée. Il y a eu tant d'ouvrages sur l'autofiction. Un énième pour quoi faire, je ne peux me résoudre à compiler ici une suite d'informations, de données, d'analyses, toutes brillantes puissent elles être. Sinon je ne dirais rien, je rapporterai seulement. Ce n'est pas beau de rapporter, et ce n'est pas mon travail. Mon travail c'est de faire acte de littérature. De l'esthétique garder la préoccupation.
Une clef parmi tant d'autres, qui force quelques serrures. On entre toujours en soi par effraction."