#198
Grosse réunion TINA samedi, chez moi. Ce que j'aime avec le comité, c'est qu'on est efficace, rien à voir avec ce que j'avais connu plus jeune, avec une autre revue. Ca ne digresse pas, ça ne se ruine pas la gueule en refaisant le monde dans un café, il n'y a pas de chef, de hiérarchie, juste des compétences diverses. Ca bosse, point à la ligne. Parce qu'on a passé l'âge, aussi, tout simplement. C'est pas mal d'être vieux, en fait. On ne s'égare plus du tout, on va à l'essentiel, on n'a pas besoin de la revue pour vivre des trucs, on vit assez comme ça, chacun. De toute façon une revue qui se la joue bande de potes ou bien communauté, j'aurais pas supporté, j'ai trop donné il y a dix ans. J'ai pas de temps à perdre avec la gestion des affects, l'inter-relationnel, tout ça, ça me gonfle au-delà de l'entendement. On va avoir un super numéro 2, je pense.
Après le départ des Tinaciens, j'ai commencé à travailler sur mon essai. C'est pas facile, ce chantier. J'ai récupéré mon corpus. Là j'ai commencé Défense de Narcisse, de Philippe Vilain. Un essai sur l'autofiction écrit en 2005. Je lui aurais bien piqué son titre, vu que mon parti pris sera un plaidoyer pour l'autofiction. Ca va peut-être tout simplement s'appeler comme ça, Plaidoyer pour l'autofiction, j'aurais voulu un truc plus joli, plus poétique, mais je ne trouve pas. Je peux pas encore jouer sur Narcisse, à cause de Narcisse et ses aiguilles, le petit texte pour l'Une & l'Autre qui va sortir dans quelques mois. Je ne peux pas avoir du Narcisse plein la biblio, c'est clair. Je suis quand même un peu emmerdée.
Dans mon corpus, j'ai plein d'essais, presque que ça. J'aime pas lire des essais. Je trouve ça toujours trop sec, direct, pas assez joli. Rapidement je m'ennuie. L'impression de suivre un cours. La difficulté pour moi, ça va être d'éviter de laisser la fiction me déborder, j'ai bien vu dès le brouillon de l'introduction je commence à injecter de la fiction, je ne sais pas si je ne vais pas discrètement détourner l'exercice. En même temps, ça va pas être trop possible, détourner l'exercice, parce que y a quand même l'éditeur, Laurent de Sutter, qui va me griller. Je dois rendre mes 120 pages en septembre, j'ai le temps, mais je me méfie. Un roman de cette taille-là, ça se gère en trois mois, mais l'essai je sens que ça va être une autre histoire.
J'ai promis avant-hier de poster quelque chose sur Attila Jozsef, poète hongrois, (1905-1937). Il s'agit de A coeur pur, recueil de 22 poèmes sorti il y a quelques jours chez Fiction & Cie. Il y a un CD avec, lectures de Denis Lavant, mise en musique par Serge Tessot-Gay. Plutôt que de recopier un poème en vers, je préfère signaler un court texte, le 19e de l'ouvrage :
"Créer ne signifie rien de moins pour le poète que de former le monde, l'univers humain, la qualité humaine, à l'aide de ceux qui, ayant d'autres préoccupations en vertu de la division sociale du travail, partagent l'activité du poète en l'accueillant avec amour. Car l'œuvre ne vit pas tant par l'artiste que par ceux et celles qui aiment l'art et l'aiment par besoin d'humanité. Certes, nombreux sont ceux à qui ces paroles semblent une sorte de prédication. Laissons-les - derrière leur cynisme, ce qui se cache, c'est bien la peur de la force brute, de la violence, ou de la confiance qu'ils mettent en celle-ci. Nous, poètes d'aujourd'hui, ne pouvons faire autre chose que dire nos plaisirs, nos peines et entrer en lice pour la liberté sous toute forme et partout, où, brandissant les mots d'ordre du bien-être économique et leurs armes, les éternels adversaires des poètes tentent d'amener "les masses" à se détourner jusqu'au fond de leur âme des exigences humaines les plus justes, de la liberté et de leur aspiration à la liberté".