#177
Ca bosse sans moi. J'ai du mal à l'admettre, moi qui ai besoin de tout contrôler, mais c'est un fait. Je suis à la maison et l'équipe d'Eden matin midi et soir est à la Ménagerie de Verre. Après la lecture sur table, où il était nécessaire que je sois présente pour les retouches du texte et certaines indications, ils sont passés sur le plateau et je ne sers plus à rien. J'y retournerai vendredi, avec le musicien. C'est normal, et c'est très bien comme ça, mais ça me perturbe. J'avais prévu de travailler avec eux durant trois semaines, j'avais dégagé le planning. Du coup, je vais m'avancer.
Quand je ne travaille pas, je deviens dingue. J'ai l'impression d'être vide lorsque je ne produis rien. C'est un truc qui est venu sur le tapis il n'y a pas très longtemps, la notion de surproduction. Un reproche qu'un ami m'a fait, indirectement. Les romans, les textes courts, les perfs, les pièces sonores, flux tendu. Trop, pas normal. Inéluctablement je fonce dans le mur, il y aura des ratés remarquables, un déraillement, l'échec. J'entends bien, seulement la notion d'échec, je m'en fous. Je ne travaille pas pour faire œuvre, j'effectue une suite d'essais qui ont une cohérence interne. Je ne m'éparpille pas, je multiplie les terrains d'investigation, nuance. Si le rythme est soutenu, c'est pour raisons cliniques, et je préfère faire une perf accessoire plutôt que de retourner à l'HP. L'important, c'est de ne pas abîmer un livre à cause des chantiers parallèle. Ca n'a jamais été le cas, au contraire.
Cette année, comme finalement la Ménagerie de Verre ne me prendra pas de temps, j'ai définis mes ateliers. L'essai sur l'autofiction à rendre dans un an, des morceaux avec Félix Jousserand et une performance texte-son avec The Penelopes. En parallèle, j'ai en charge un work shop de pièces sonores au Mac Val, d'octobre à janvier. Je dois rendre un texte sur Vian à la revue Europe le mois prochain. Je n'accepte plus rien d'autre. J'ai un projet sur les jeux vidéo pour dans assez longtemps, je vois le directeur de collection ce soir.
La question qui se pose, c'est : est-ce que je peux passer une année sans toucher à la forme roman. Ca sera la première fois que ça m'arrive, en neuf ans. J'espère que je vais trouver dans l'essai des moyens de déconstruire et m'amuser un peu. Je n'en suis pas certaine. C'est pour ça que j'ai besoin des perfs, des chantiers annexes. Faire juste un essai, ça va m'étouffer. Peut-être qu'un Plaidoyer pour l'autofiction serait plus adapté qu'un Politique de l'autofiction. Je ne sais pas.