#176
Ce week-end il faut finir Nymphea est fabula, le texte pour les Cahiers de l'Institut. C'est un témoignage du nénuphar. Je mets le début ici.
"Il n'était pas malheureux, il avait de la peine. C'est ça que je ne pouvais pas supporter. Il restait là, au bord de l'eau, il attendait. Quand c'était l'heure il allait sur la planche et s'arrêtait au milieu. Il regardait l'eau, me voyait. Quand l'heure était passée, il revenait sur le bord et regardait la photo. Il devenait très faible. Je craignais qu'il fasse un faux pas, qu'il me rejoigne, il se penchait trop. Je redoutais ce face à face. Ce n'était pas de ma faute, après tout.
Je suis coupable, je ne nie pas. Sans moi rien ne serait arrivé. Non, rien. Un amour infini, puisque sans dénouement. Du soleil et des rires, quelque chose de sucré à vous filer le diabète. Une histoire qui charrie des sourires d'orchidées à s'en rendre l'écume bien plus belle que vos jours. Mais c'est dans ma nature de manger les poumons. J'ai été fait comme ça, pour être l'adversaire accroché à sa chair, du récit le premier motif du basculement. Où m'a-t-elle attrapé, je suis de lait caillé, je suis le châtiment pour toutes les petites filles qui refusent de grandir. Je suis fleur de thorax épanoui alvéoles, mes pétales, mon complexe, s'irriguent en souterrain. Ses segments apicaux englués de fatum engageaient mes rhizomes à toujours s'enfoncer, et plus profondément. Mon âme, car j'en ai une, en souffrait atrocement.
Je suis un parasite aux corolles empesées de culpabilité. Et ça, tout le monde l'ignore. Je n'ai pas pu témoigner. La parole, on ne la donne jamais aux métaphores ; ma sève est un venin opale et silencieux. J'ai pris conscience très tôt que j'étais dans un corps qui ne me méritait pas, pas ça, non, pas moi. J'efflorais à l'orée d'une doucereuse perfection, aussi du côté droit j'ai fait de la musique, mes feuilles en xylophone reprenait son prénom. Elle s'est mise à tousser, et alors j'ai compris. Je suis le glyphe Jaguar, monstrueux Crocodile. Je porte en moi les gènes de la dévoration. "