#158

En octobre, je dois rendre un texte pour la nouvelle maison d'édition littéraire fondée par Jeanne-Marie Sens et Hubert Tonka, L'une & l'autre. Je pensais que ce serait publié dans un recueil, mais en fait chaque récit sortira à part. Ca fait donc comme un petit livre, et je suis très contente. Ca sera mon quatorzième objet. Dans ma maison sous terre sera le quinzième, Eden matin midi et soir le seizième, je me dis que l'année prochaine je peux faire ma demande pour la Villa Médicis sans être complètement hors profil. J'aimerais vachement aller à la Villa Médicis en 2010, c'est un peu mon obsession en ce moment.

J'ai beau avoir tout le mois d'août pour la faire, le texte pour L'une & l'autre, je n'avais pas l'esprit tranquille, impossible de boucler les travaux plus urgents, ça me faisait bloquer. J'ai trouvé l'idée il y a quelques jours, et le titre, aussi.

Mélanger un sujet de fille avec l'autofiction telle que je la pratique, en profiter pour m'atteler à un thème limite chik litt, donner dans la psycho et le symbolique à bloc. Là je suis sûre de m'amuser. Essayer de faire un truc joli à partir d'un traumatisme de pouffe, en gros. Parce que tout part de . Je vais écrire une nouvelle sur mon rapport aux chaussures, sur ce que les chaussures représentent pour les femmes qui les accumulent dans le dressing. En partant de la paire que je ne peux pas acquérir, alors que j'en suis amoureuse depuis que je les ai vues il y a des mois.

J'ai quelques pages, je poste les premiers paragraphes (qui seront sûrement touchés d'ici la fin de l'été). Je vais appeler ça Narcisse et ses aiguilles, et maintenant que j'ai mes rails je peux le mettre de côté et me concentrer sur Cerisy.

"C'est une histoire banale, celle d'une acquisition qui relève du phantasme pour raisons budgétaires. L'histoire d'une frustration qui ne sait pas se gérer et qui cherche un refuge, quelle qu'en soit la nature, la matière et la forme. Est-ce que 30 500 signes ça pourra être assez.

C'est une histoire de deuil, un deuil particulier, celui d'une possession qui n'aura jamais lieu. Appliquer le renoncement et pratiquer l'oubli : la frustration vacille, la frustration s'éteint. Il en reste parfois quelques traces charbonneuses dans un coin du cerveau. Du cerveau, pas du cœur. Pourquoi mes ventricules sont en plein brasero, ça encore, je demande. Le sang confit d'envie, des grumeaux aux artères.

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Splash Patent Paintdrip Pump (ad lib.)

C'est à peine une histoire, c'est juste un épisode. Honteux et psychotique, mais qu'il faut consigner. Parce qu'ainsi se présente le pacte d'écriture. Tout vu, rien inventé. Poursuivre de texte en texte la rigueur de la démarche, et tant pis si mes pas parfois se font trébuchements.

Un article de mode, une paire de chaussures qui restent hors de portée ; Tantale dans la vitrine, Cendrillon amputée. Une paire de chaussures, un article de mode : quoi de plus futile, n'est-ce pas. Pourtant je le ressens, désormais je le sais il manquera quelque chose. Pas que dans mes placards. Dans la reconstruction de mon identité. Et bah oui, carrément."