#139

A Bucarest c'était génial. Je crois que c'est mon meilleur souvenir de déplacement, et pourtant j'ai vécu quelques voyages de travail très bien. C'est lié à l'accueil du personnel de l'Institut français, j'ai pas été abandonnée une seconde, on m'a même emmenée au musée d'art contemporain et on a fait des restos terribles. Ca se voit grandement sur la balance, d'ailleurs.

Le niveau intellectuel est très élévé là-bas, les journalistes et écrivains que j'ai rencontré connaissaient tous leur Deleuze et leur Derrida sur le bout des doigts, ça m'a beaucoup impressionné. J'ai eu un gros coup de coeur pour mes éditeurs, qui ont publié Bourdieu et Adorno, bref c'était du lourd. Ca m'a fait un bien fou.

La ville est très étrange, confrontation physique du communisme et du capitalisme, architecture totalitaire et énormes pubs pour Coca-Cola sur les immeubles. Trottoirs boueux et défoncés, grandes maisons recyclées en librairies ou en cafés, beaucoup de vie, de résistance. Le salaire moyen est de 300 euros par mois, la vie est dure, très dure, mais les gens s'organisent, la population est très courageuse, travailleuse et débrouillarde. Le leitmotiv c'est "rien n'est impossible".

Je suis contente d'être allée en Roumanie, parce que je ne vais pas voyager de si tôt. Le plan Mobile Art tombe à l'eau, finalement mon texte n'a pas été retenu par le client, je n'irai pas à Hong Kong, dommage. D'un autre côté l'expo étant sans cesse repoussée, à tous les coups ce serait tombé à un moment où ça perturberait l'écriture de mon manuscrit, donc ce n'est pas si grave que ça. C'est quand même ma priorité absolue, le manuscrit.

Je lis très peu en ce moment, à cause de ça. Je préfère regarder des films, ça me perturbe moins. C'est difficile d'avoir un regard de simple lecteur quand on écrit en parallèle. Quand le livre est un peu chiant, on réalise le temps perdu; quand il est top on culpabilise de ne pas être capable de faire aussi bien. Et puis surtout, ça parasite, le crâne est perturbé par d'autres ritournelles.

Jeudi j'organise chez Mycroft ma troisième cession mensuelle de lectures. Cette fois ce sont de jeunes auteurs qui ne sont pas encore publiés. J'espère que ça va bien se passer pour eux, certains ont un peu la trouille, c'est la première fois qu'ils font entendre leur texte. Je suis très contente de ma sélection et j'espère qu'il y aura du monde. Je les ai repéré via internet ou l'envoi de leur manuscrit, à part Grégoire Courtois aka Troudair je ne les connaissais pas avant lecture, d'ailleurs lui aussi je l'ai rencontré après l'avoir lu. Les textes sont très différents, ça va du barré complet au très dur. J'ai même un jeune auteur de 19 ans qui m'a envoyé ses textes par mon site.

Sur ce, je retourne à mes morts, parce que j'en suis qu'à la page 67 et ce serait bien que je garde un rythme soutenu.