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Si je poste si peu, c'est à cause du projet sur lequel je travaille depuis deux mois. Le secret peut être levé. Il s'agit de Mobile Art. C'est une exposition itinérante dont le curateur est Fabrice Bousteau. Dans la structure linkée, réalisée par l'architecte Zaha Hadid, il y a plus de vingt pièces d'artistes contemporains. Gutta, Michael Lin, Loris Ceccini, Buren, Tabaimo, Léandro Erlich, Sylvie Fleury, Blue Noses, Araki, Pierre et Gilles, David Levinthal, Wim Delvoye, Fabrice Hyber, Lee Bul, Yang Fudong, Sophie Calle, Stephan Shore, Kami et Yoko Ono.
Le principe de l'expo est très particulier. Le visiteur aura un Ipod au creux des oreilles. Le parcours sera un Soundwalk. Je dois écrire le texte qui sera lu par Jeanne Moreau, un texte aux antipodes des pratiques muséales. Un texte de fiction, qui lie les pièces sans les expliquer. Un texte qui met l'accent de façon poétique sur le ressenti.
C'est extrèmement complexe à réaliser, nous sommes tout près du but, mais j'en suis à la huitième version. C'est une expérience de travail harrasante, déstabilisante, mais qui m'apprend beaucoup. Le fonctionnement n'a rien à voir avec le tricotage d'un texte publié. La façon de bosser non plus, et Fabrice Bousteau est très dur, rien à voir avec les gentils éditeurs toujours contents de ce que je rends. La version finale est toute proche, on a une séance de travail tout à l'heure, je redoute de devoir refaire une kyrielle de séquences, mais bon, on verra bien.
Le vernissage sera à Hong Kong, fin février, ça me fera voyager, je suis plutôt contente. Après un tas de villes, le Mobile Art se posera à Paris, sur le champ de Mars, dans deux ans.
J'ai mis de côté Le livre des morts jusqu'à la fin de ce travail. Je prendrai du temps pour faire ce livre. Beaucoup de temps. Faire une pause me fait beaucoup de bien. J'ai trop écrit l'année passée, je dois me laver de quelques tics, je commençais à m'écouter, la machine stylistique commençait à tourner à vide. J'ai besoin de me remplir jusqu'à en déborder.
Ce qui est bien avec le projet Mobile Art, c'est que ça m'a totalement déconnecté de la République Bananière des Lettres, en pleine période de carnaval. Je n'ai rien suivi des prix, ni des guerres intestines. Je ne vais pas m'y replonger. Je trouve ça confortable de ne plus y prèter attention. J'ai bien moins d'anecdotes, mais plus envie de vomir. Je ne lis plus la presse qui se dit spécialisée, je ne m'intéresse plus au commerce des livres, je prends beaucoup de recul, et je m'en porte mieux.