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Rythme diurne. Légère amélioration des neurotransmetteurs. Listing des causes du dérapage. Sous évaluation de la part de l'héritage. Décès de la mère à 34 ans. Moi née le 10 mars 73. Préservation donc impossible à l'approche de la date citée. Pièce manquante du puzzle, plein centre. Survivre au-delà de l'âge de la mère, nouvelle donne et perturbation. Ma haine de la psychanalyse aboutit à la cécité. Fatigue physique à endiguer, mais dans le crâne rangement, tiroirs, tris, tours de clef. Bientôt, oui, très bientôt, debout, verticale et plus forte. Soulagement et libération. En marge j'ajoute : Alors la guerre. Je me retrouve, me reconnais. Dernier rite de passage dans la jungle mémorielle. Restera la maternité, plus tard, beaucoup plus tard. Quand toutes les plaies seront asséchées et aucune suture apparente.
Habitation du corps, travaux internes, recherche de l'équilibre sens propre. Au-dedans retrouver mes marques. Aucun bleu en point cardinal, juste s'emplir à nouveau, s'étirer de l'orteil droit à l'auriculaire gauche. Plus d'abcès au plexus solaire. Respiration soutenue, le médecin constate : tension basse, cœur battements trop rapides. Repos, il dit ils disent : repos. Mais moi je voudrais vivre et surtout travailler. Le souci évident c'est que toutes les heures et demi le corps tremble, le cerveau se ferme. Négocier encore et toujours avec la viandasse et son sang, épuisant mais j'ai l'habitude. Cesser l'écoute, la complaisance. Je n'aspire pas à la limacerie, quand bien même serait-elle validée par une kyrielle d'emblousés blancs.
Amorce des retours sur les mois de travail effectués depuis l'automne. Le temps de l'écriture et celui des lecteurs, non pas des journalistes, mais vraiment des lecteurs, point de rencontre qui se profile. A présent j'en suis sûre et je peux l'affirmer : les papiers je m'en fous. Ce n'est pas de la déception, je n'ai jamais eu à me plaindre. Les articles, ça va, même s'ils ne comprennent majoritairement pas grand-chose à ce que je farfouille, y compris quand ils aiment. En faisant la V2 du site, je vois les piles d'articles qu'il faudrait compiler, retaper et scanner, intérêt relatif, je repousse. Les dossiers de presse ça sert surtout à tenter d'obtenir des bourses. C'est très important au début, à l'époque de ses premiers livres, parce que ça valide l'existence, l'existence de l'ouvrage, du travail effectué, mais je n'en suis plus là. Sept ans à présent, donc constat. Les plus anciens ouvrages continuent leur vie de livres, j'ai la chance de ne jamais avoir eu de pilon, et aucun journaliste n'y est pour quelque chose. La critique littéraire n'existe plus tellement, à part sur internet où sont les vrais lecteurs. Problème de formation que je ne m'explique pas. Un journaliste d'info doit pour être engagé avoir fait l'EFJ, des stages, montrer preuves, attester de ses capacités. Les critiques littéraires n'ont plus fait Lettres Modernes, aucune maîtrise ni connaissance en matière d'historicité, de corpus, de liens, de savoir. Il suffit d'investir les lieux les plus branchés et s'y faire des amis pour signer son contrat. Alors les opinions des pigistes incultes, je ne vois sincèrement pas comment leur accorder la plus petite importance. On ne parle pas la même langue, on ne vit pas dans le même monde, et eux n'ont nulle émeute dans leur bibliothèque. D'ailleurs ils n'en n'ont pas, ils revendent tout chez Gibert.
Depuis que la V2 est en ligne, je reçois beaucoup de messages. Beaucoup, c'est plus de six par jour. C'est énorme pour moi, pour ce que je suis, ce que je fais, et ce que je vais faire encore. Je dois ici répondre de façon collective, espérons que personne n'y verra de la pose, et que ceux qui se reconnaîtront ne m'en voudront pas trop de ne pas leur renvoyer de message personnel. J'ai trop de courrier professionnel à gérer parallèlement, et je ne suis pas tellement en forme, alors je vais au plus simple et rapide. Merci, déjà. Infiniment. En général et en particulier. Savoir que certains anciens textes, y compris les courts mis en ligne peuvent toucher encore pour de bon. Je dois attendre la réponse de Sébastien Raimondi pour savoir si je peux ou non mettre Mes week-ends sont pires que les vôtres en PDF sous peu, ou si, ce dont je doute, il pourra le rééditer. C'est cher et ce n'est pas la peine, je pense. Les téléchargements vont bon train ici même, j'en suis vraiment heureuse. Surtout pour Fiscal Paradise Digest, sans ce PDF ce travail resterait enfermé dans les caves des musées et de la BNF. Je n'ai pas encore eu le temps de recopier les textes parus dans EvidenZ, ils sont longs, et en plus pas toujours bien tournés. J'ai eu la tentation de la retouche à maints moments en relisant mes plus anciens travaux. Je ne l'ai pas fait par honnêteté, mais dans certains c'est pas permis, le même adjectif trop fois par page, une honte, et des tournures enclume, l'horreur. J'ai découvert la tentation du révisionnisme littéraire. C'est super dur d'y résister.
La plus jolie nouvelle de mars, pour moi c'est la sortie de La dernière fille avant la guerre. Parce que je peux rendre à César, et que je vais pouvoir assumer bien des choses de façon officielle. Suivre un groupe depuis 25 ans, vivre avec tout contre les tympans et trouver le moyen de toucher à mon tour celui d'où vient le bien. Ici je sais que viennent surtout des littéreux, des lecteurs très sérieux qui écoutent de la musique chic, expérimentale, bon moi aussi hein, merde, l'un n'empêche jamais l'autre. Alors ils ne doivent pas tous très bien comprendre, mes lecteurs réguliers, pourquoi c'est Indochine que j'ai pris pour ma fiction chez Naïve et pas les Mary Chain ou Diamanda Gallas. Pourtant il est comme d'habitude, ce livre. C'est de l'autofiction pur jus. Je vous rappelle que l'autofiction c'est pas juste un truc de bonnes femmes qui ont des histoires d'amour chiantes. C'est important de le préciser, parce que depuis quelques mois, y a comme qui dirait eu maldonne.
La dernière fille avant la guerre, c'est probablement de tous mes livres celui qui aura dans ma vie le plus de jolies répercussions. Une longue chanson pour Indochine, un objet de fan mais tellement pas seulement. Un peu comme mon livre sur Vian, mais en nettement plus rigolo. Et puis j'ai ému Nicola, et ça c'est mon plus beau cadeau. Mon beau cadeau d'anniversaire, Nicola pour mes 34 ans qui lit dans le miroir ce qu'il y a dedans. Sur le Salon du Livre, cette année je n'aurai, je pense, pas l'impression de me rendre benoîtement au rituel vomitif de la République Bananière des Lettres. Parce qu'avec un peu de chance, je rencontrerai des gens, des vrais indochinois qui comprendront vraiment ce que j'ai mis dans le livre et ce qu'il s'y joue pour moi. C'est tellement exotique que j'ai presque hâte d'y être.