#81
Dix jours ce n'est pas grand-chose mais bien optimisé ça relève du suffisant. Devise appliquée scrupuleuse : à chaque problème sa solution. C'est plus qu'un mantra depuis un an et ça marche bien mieux que le chimique. Les attaques de panique, le Séropram est là pour les neutraliser, mais ce que je voudrais à terme ce n'est pas qu'elles s'avortent, c'est qu'elles n'existent plus. A chaque problème sa solution, ça marche plutôt pas mal, dispositif mental très proche du click and play, distanciation obligatoire, le système limbique ferme sa gueule et les neurones s'en portent mieux.
J'ai trente-trois ans. Le risque principal de la trentaine entamée, je le connais parfaitement. Des options de vie sont verrouillées, les barbelés peuvent être blessants, certaines clefs restent hors de portée, d'autres sont égarées dans les douves, des coffres enkystés triples tours le revers, les pénalités, la sortie des donjons par la porte de secours ça ne rapporte pas. Et tout ce paie un jour. Chairement puisqu'en kilos. La partie est trop avancée pour envisager bien des choses, des choses comme des cheat codes en deus machina ou une arme magique transmise par l'auxiliaire au détour d'un plateau. Il y a des types et des degrés de compétences qui ne relèvent plus de l'envisageable, il faudra donc combiner sans.
On peut rebooter, c'est vrai, bien sûr et heureusement. De manière générale. Reprendre un nouveau personnage, redéfinir un environnement, une temporalité externe et intérieure, le champ d'interaction, la thématique des quêtes. Mais le biotope me convient, la narration aussi, les PNJ, les autres joueurs. Ca fait sept ans que j'ai commencé, la prise en main n'était pas simple, j'ai reconfiguré des tas de fois et perdu très gros aux enchères. Pourtant c'est là que ça se passe, pour moi. C'est ce jeu là, c'est évident. D'ailleurs j'ai décidé de poursuivre. Poursuivre à la trentaine entamée, le risque principal, je connais la chanson. Couplets rancœur, refrain regret : on appelle ça la frustration. Dans le crâne ça confit et après le sens critique il est tout ensuqué, on ne peut plus penser et encore moins agir, juste produire un crachin d'aigreur, avoir la voix d'un ciel breton et l'âme recouverte de paraffine.
Alors. A chaque problème sa solution. Explorer d'autres niveaux sans changer de serveur nécessite réflexion et une boussole psycho-géographique. Analyse des points d'expérience. Comptabilisation fromagère des savoirs et des faire et des intransitifs. Redéfinition des objectifs, redistribution des campements et recensement des effectifs. Et puis, surtout : tenter d'améliorer le gameplay.
Le deuil des devenirs il ne fait pas souffrir et finalement l'orgueil n'en est pas affecté. Les étages interdits, trop hauts, circuit bouché, quel que soit le domaine sur lequel l'immeuble s'érige ce n'est plus un problème. Creuser une solution, se demander comment faire disparaître la terre, regarder Cthulhu bien en face et s'en faire une descente de lit.