#77
Ne rien mais alors strictement rien branler pendant deux jours consécutifs sans être scotchée au fond du lit avec une mine de grippe aviaire, je ne sais même plus l'effet que ça fait et ça commence à me courir. Entre les coups de fils et les mails j'ai l'impression de taffer dans une entreprise, genre assistante d'une meuf qui ferait je ne sais quoi, mais mal.
Le quatrième de couv, je me suis demandé si je n'avais pas été subitement lobotomisée en l'écrivant ; à la relecture le lendemain, j'ai constaté que j'avais mailé à Verticales un truc tout pourri avec une phrase pas en français en guise de sublime conclusion. Une panique au sens propre. La stupéfaction aussi, putain non ça ne le fait pas, en autant de jours ça ne l'a pas fait, c'est pas sorti, tu sais plus faire même plus faire ça, juste un putain de quatrième ma pauvre fille c'est que le début. Allo Elise au secours je veux Jeanne oh merci Yves je suis désolée pardon Bernard. A chacun son boulot pas tout porter toute seule, normal qu'ils disent, normal. Yves : tu es la personne la moins lucide pour parler de ton travail en ce moment. C'est un fait, je le note, j'en ai la preuve incontestable, je n'y arrive plus du tout, je veux une journée de silence coupée de toute forme de communication surtout portant sur mon travail. J'assure plus du tout, je poliote et j'ai la syntaxe de Yoda à partir d'une heure du matin, y compris devant témoins ce qui est plus que gênant.
Je suis effectivement la personne la moins lucide pour parler de mon travail en ce moment. Ca ne pouvait pas mieux tomber, puisque le truc à la BNF arrive, et que le manuscrit commence à circuler. Les tous premiers contacts autour du bouquin, je suis en forme et cohérente, une merveille. Tout à l'heure j'ai perdu le titre. Pour de vrai et au téléphone, un blanc, trois longues secondes et une inquiétude relative qui engloutit tout l'intérieur. Mais en ce moment j'ai l'excuse béton. Jememarie c'est un truc qui sauve tout. Franchement, c'est infiniment plus efficace que le décès du grand père en Bretagne, les gens sont très compréhensifs, comme si vous ne pouviez qu'être folle, échevelée et au bord de la crise d'hystérie. Moi j'aimerais bien être hystérique, c'est que j'arriverais à parler et à sauter dans tous les sens. Là, je voudrais juste jouer au zoo et aller chez le fleuriste y commander un nénuphar. Mais ça, c'est pas franchement possible. Ca ne s'arrête jamais, je ne contrôle plus le rythme. Ne pas sacrifier la semaine prochaine, disparition autant que possible, sinon le jour J manquera de tamanoirs.