#75

Igor pense que je suis en phase up du cycle, et je crois bien qu'il a raison. Comme quoi une bonne colère, des antibio, un peu de lumière pour rebooster la sérotonine et hop. Ca m'arrange assez, très clairement. C'est que mine de rien j'ai du boulot. Le 29 juin lecture de textes de Guyotat et de Salvayre au Musée Zadkine, j'ai toujours pas choisi les textes, ni l'angle. J'hésite sur beaucoup trop d'entrées, sur les échos tissables et les correspondances. Je voudrais quelque chose de fluide, un cheminement évident. J'ai prêté Coma à Julien et je viens de constater qu'à force de faire tourner l'intégrale des Salvayre j'en ai plus trop sur l'étagère, ce qui ne s'avère pas très pratique. A régler cette semaine, sinon je vais merder et ce serait fort dommage.

Je commence à flipper surtout pour le 2 juillet. « Leçon de littérature » à la BNF, je suis mal à l'aise depuis le début. Bon déjà, j'ai été invitée par Cécile Wajsbrot. De 1997 à 1999 j'ai été critique littéraire au Matricule des Anges. J'ai arrêté dès que j'ai commencé à publier mes textes en revue, parce que la double casquette c'est mal. Ingérable, plus exactement. J'ai défoncé pas mal de livres. Avec le recul je me demande même si je n'y prenais pas du plaisir. Si je n'en rajoutais pas un peu, histoire de faire rigoler le chef qui trouvait mes collègues trop gentils. C'est affreusement classique, remarquez. C'est d'ailleurs pour ça que ça craint, les critiques qui sont praticiens, ou pire qui aspirent juste à l'être. Pas encore capable de pondre le bouquin qu'on ressent bien présent tout au fond, ça rend la lecture très sévère. J'écrivais sous un autre nom, souvent les auteurs malmenés ignorent parfaitement que c'était moi. J'en ai pas fait des masses non plus, de critiques. Et puis en les relisant, putain que c'était mauvais. L'archétype de la licenciée de Lettres Modernes. Bref. Cécile Wajsbrot, j'ai pas été gentille avec. Du tout. Depuis que ça m'arrive d'avoir à mon tour des papiers rédigés par des licenciées de Lettres Modernes, des fois j'ai comme un petit remord. Pas pour ce que je disais des livres, si je l'ai écrit c'est que je l'ai pensé, c'est plutôt à cause de l'ignorance crasse des retombées humaines potentielles. Ca peut faire mal aux gens, un article violent, ou juste un brin salop. J'y pensais vraiment pas, l'auteur n'existait pas, pour bosser sérieusement, sans Damoclès Otis, c'est la seule solution. Mais depuis qu'elle m'a contactée, je ne suis pas extrêmement à l'aise, demain je vais la prévenir parce que c'est malhonnête, et qu'au premier contact IRL je risque d'être obnubilée.

Le problème de fond, avec le truc de la BNF, c'est que je suis censée parler de mon travail à moi pendant une heure. Devant des gens, déjà, et puis pour France Culture puisque c'est rediffusé. Ca me fait un peu peur, c'est un exercice pour auteur confirmé, même si j'ai des positions très tranchées, c'est quand même assez épineux. D'où tu parles sinistre pouffiasse, ça risque un peu de tourner en boucle dans ma caboche, cette interrogation. Mais bon. En même temps, je passe le même jour qu'Oliver Rohé, il a fait que trois livres et puis il a mon âge. N'empêche qu'on se pointe après Butor et Volodine. Ca calme sa race, dans le genre casting. J'ai débrieffé avec Arlix, je vois bien deux trois axes à traiter, et puis Cécile Wajsbrot qui en plus est vraiment formidablement adorable dans ses mails (culpabilité²) m'a filée quelques pistes. Limite des fois je suis pas au courant de ce que je fais, comme quoi il est plus qu'évident que je suis loin d'être confirmée.

J'ai repris le travail aujourd'hui. Pas encore textuellement, les mots sont tous petits, les phrases en embryons, je ne veux pas forcer ça ne servirait à rien. Une petite nuit de bidouilles sonores, exactement ce qu'il me fallait. Je peaufine la bande son finale de J'habite dans la télévision, j'essaie de mixer correctement et c'est le truc le plus chiant du monde, les niveaux et surtout les parasitages faits exprès, c'est super compliqué à rendre. Vu que ça sera sur le site, je vais devoir le mettre en mp3. Je perds de la qualité, j'entends plus certains micro couacs que j'ai mis des heures à créer, c'est relativement frustrant. J'ai un passage entier que je vais devoir changer, c'est juste du chaos noise après la compression. Je vais demander de l'aide, je pense. Je manque de maîtrise, de technique et de logiciels. A chaque problème sa solution, doit y avoir un truc, pas possible autrement. J'ai repris aussi le morceau en duo avec Jean-Luc Le Ténia, mais là c'est un autre problème puisque c'est une chanson, et que même avec tous les pluggins du monde mon contre chant reste trop pécrave pour pouvoir être utilisé. Pas très envie de brailler dans le micro à cinq heures du mat, je ferai les prises dans la journée, je préfère faire peur aux chats que de réveiller Igor.

Il me reste dix jours de forum, j'étais plutôt de bonne humeur, mais certains m'ont ressortis l'option punching ball et j'ai fui. J'ai fait mes heures mais pas plus, sinon je crois que là ça sortait. Ils ne se rendent pas du tout compte des efforts que je fournis en matière de diplomatie. Je crois même qu'ils me prennent pour une gourde, tellement je suis laxiste et que je reste calme. De toute façon je me suis fait une raison. Heureusement que les habitués, je les vois quelques fois en vrai et qu'ils savent un peu qui je suis, sinon ce serait trop schizoland. C'est vachement dur, souvent, de devoir se justifier quand la seule réponse évidente est mais vas donc mourir connard. Là-dessus faut rajouter le fait que visiblement j'ai l'air d'une stagiaire à l'antenne, j'ai pas le corps adapté à la télévision, ils me donnent 25 ans et un CV de truffe. Pourtant je m'amuse bien, souvent. Le problème c'est vraiment d'être le réceptacle de certaines frustrations. J'en ai un qui en boucle me remets mon boulot perso sur le tapis, il a rien lu mais c'est pas grave, je suis une forumancière sotte et donc une mauvaise écrivaine, je ne pige rien parait-il aux bienfaits que peut avoir la téléréalité, donc mon prochain bouquin ne peut qu'être vaseux. Ca va être compliqué en septembre, je le sens. Ils ne liront pas livre mais sauront qu'il est sorti, déjà qu'une rentrée c'est nerveusement pas ultra top, je redoute les vannes mais à un point. Heureusement que question promo je suis pas la reine des sunlight, sinon ça serait vraiment ardu.

D'ailleurs je corrige le bon à tirer demain. Le coursier devait passer aujourd'hui, mais j'en ai pas vu la couleur. Faut que je rédige le quatrième de couverture, c'est toujours un peu angoissant. Ceci dit pour une fois, chose incroyable, je suis capable de présenter un synopsis. Je raconte une histoire, lol de lol n'est-il pas. Un roman résumable, putain même pas j'y crois, mais en fait tout arrive. Pas certaine que ce soit bon signe, mais le fait est que jusqu'ici pour la première fois de ma vie quand on me demande de quoi ça parle je m'en sors avec des phrases normales. Sans user d'expressions du genre « dramaturgie de l'autofiction » ou « expérimentation narrative ». Pourtant je trouve qu'il est nettement plus couillu que mes livres précédents, peut-être plus sérieux aussi, finalement. Mais en prenant de l'âge la tuyauterie est plus discrète. Efficace je ne sais pas, je n'ai que des retours de gens que je connais bien, alors ça compte pas trop. En même temps ne rêvons pas, je vais encore avoir droit à elle est mignonne et courageuse mais j'ai lâché à la page 10, je ne comprends rien à ce qu'elle raconte. Du temps du Cri, c'était page 4, si je vis jusqu'à 80 ans j'ai peut-être des chances qu'un critique des Inrockuptibles achève un jour un de mes ouvrages.