#58
Dans moins de trois heures partir pour l'hôpital alors bien sûr je ne dors pas. Tu t'en étonnes un peu, une feinte, un sale cache-cache, la peur tout simplement. Je dis chaque jour écrire ma propre vie maîtriser ma fiction intime et personnelle, si ça se trouve dans trois heures nouveau chapitre commun rédigé d'un ailleurs, d'un ailleurs à la con qui se croit la vérité, aucune prise dessus, aucune. Impuissance².
Queneau parlait souvent de l'autoprophétie, il y a un an, c'est ça un an, Hypercourt thématique axée sur les cervelles et toi dedans, ton texte épileptique et moi qui pérorais métaphore vieilles tumeurs. Voilà le mot. Tumeur. Dans ta tête si ça se trouve y a un petit bout de mort qui a faim de cerveau et je ne peux rien n'y faire, attendre seulement attendre, comme si c'était possible de se plier patience quand le danger existe, quand la chute guette grignote, quand l'impasse se fait viande. Mais mon cher, le bonheur n'est pas gai. Mais alors pas du tout.
Je ne sais pas quoi faire à part t'accompagner, et ce verbe me panique connotation trop blanche, blouses murs couloirs et chambres jusqu'à l'euthanasie. Des chansons sur l'amour qui s'effondrent creux de cœur, c'est tout ce qu'il se passe il me faudrait une âme forte, une âme vigoureuse, un esprit herculéen, je suis tétanisée mais ce n'est pas le moment, non, pas le moment du tout, savoir dire droite violente le drame ne passera pas, le drame n'entrera pas ni dans ton crâne ni aux pénates, tu verras mon tendre ange tout se finira bien. Finira ça non plus je ne peux plus le dire, à peine le prononcer sans crainte cobalt tapie grouillante à l'estomac. C'est tellement difficile de ne plus avoir de dieu vers lequel se tourner quand l'angoisse est d'enclume.
Le jour se lève, ça m'apprendra.