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Une idée. C'est juste une idée. Imaginons qu'un beau matin, lasse de trimballer ses valoches de maisons qui l'empapaoutent en maisons qui se font empapaouter, mémé finisse par définitivement conclure que, puisqu'elle a la malchance de publier en cette époque de mutation éditoriale, et que tout ce bordel la fatigue au-delà de l'entendement, elle va se démerder toute seule. Imaginons.
Question 1 : Un roman d'une centaine de pages grand minimum est-il aussi lisible en PDF qu'en version livre?
Question 2 : La disparition de l'objet physique peut-elle constituer un trauma pour l'auteur?
Question 3 : La disparition de l'objet physique peut-elle nuire à l'accès au texte, sachant qu'un quart des lecteurs d'Autofiction Imbitable Qui Se La Joue répondent non merci monsieur mais d'ailleurs comment avez-vous eu mon adresse électronique aux mails leur proposant du Viagra bon marché?
Question 4 : La suppression de l'éditeur, du diffuseur, du distributeur mais aussi de fait du libraire est-elle :
a) A éviter dans la mesure où la martyrologie doit rester l'apanage des poètes maudits.
b) Inéluctable à terme alors chacun sa merde.
c) Inéluctable à terme mais c'est pas une raison pour y participer.
Question 5 : La mise en place d'un système Paypal doit-elle fonctionner autour :
a) D'un prix modique mais fixe à chaque téléchargement.
b) D'un système de donation libre et non obligatoire.
Question 6 : Quel que soit le mode opératoire choisi, l'auteur peut-il espérer bouffer autant de mois qu'avec ses à-valoirs?
Question 7 : Quelle gueule ça fait, un journaliste, quand on lui envoie les épreuves d'un PDF?
Question 8 : Quelle gueule ça fait un libraire-journaliste quand on lui envoie les épreuves d'un PDF en lui expliquant qu'on est désolée de ne plus participer à l'économie de marché et que sous peu si tout le monde fait pareil il n'aura plus qu'à faire caissière au Franprix de l'angle, mais que bon en même temps à force de vendre des merdes pour que ça boutique tourne faut pas trop s'étonner non plus que toute charité chrétienne déserte les esprits?
Je dois vraiment y réfléchir. Parce que je commence à fatiguer très sévèrement. Sur le blog de Pierre Assouline j'en vois qui bavardent gentillement, y en a qui noircissent le tableau, d'autres qui font preuve d'une inconscience limite ça mériterait des baffes, et pendant ce temps-là moi j'attends. Et la patience, c'est pas mon truc. Mais alors pas du tout du tout.
Bien sûr j'ai rien dans les tiroirs, j'ai fini à peine un chapitre, on peut me dire de me la fermer, que quand le roman sera fini alors là on pourra parler, éventuellement se plaindre ou non, prendre les mesures qui s'imposent. Depuis le début du bordel, la seule chose qui intéresse les gens, enfin le peu qui s'y intéresse, à ces rachats de groupe à groupe, à cette autophagie gerbante, c'est les chiffres, combien de gains de perte, combien de démissions et de licenciements, qui déménage où pour combien, qui rachète qui pour quel contrat, qui a baisé qui à quel prix. A croire que les auteurs qui fondent au soleil vert c'est plus de la chair humaine.
Alors oui, je fatigue. Même en étant censée être préservée je fatigue. Parce que c'est des putains de conneries. Je ne suis pas préservée du tout, préservée ça veut dire protégée épargnée abritée garantie de la destruction. C'est pas moi qui l'invente, c'est dans le Petit Robert. Garantie de la destruction. Ca veut dire quoi exactement. Pas de livres éventrés au pilon? J'ai besoin de personne pour ça. Préservée de quoi. C'est une question, la neuvième ce soir tant qu'on y est. Ca va faire un an que ça dure. Je ne sais pas trop ce qu'ils s'imaginent, dans les bureaux de La Martinière, sûrement qu'ils ne s'imaginent rien, ils ne savent pas imaginer, ils comptent et ils calculent, c'est tout ce qu'ils savent faire.
Le syndrome de Stockholm c'est pas franchement mon truc, et leur petite cuisine sordide de groupe à groupe, je suis désolée, mais qu'on aille pas me dire qu'elle ne grignote rien, qu'elle épargne les nerfs et ne parasite pas le cerveau, qu'on peut bosser tranquille dans un contexte pareil, que les auteurs sont de braves gars complètement à la ramasse, déjà bien contents de se voir publiés quelque part, alors pourquoi pas n'importe où, vraiment n'importe où, auprès de n'importe qui, aux côtés de n'importe qui, n'importe qui au pays du n'importe quoi.
Cet après-midi, dans le Château de la Star Ac que j'observe via le 24/24, Raffie leur a donné leur prochain exercice pour les évaluations. La promo de cette année ayant le charisme d'un fer à friser et un niveau général qui fait passer le Jean-Pascal de la saison 1 pour un génie, la prod a décidé d'aller à l'essentiel. Les nuances on verra quand ils sauront débiter plus deux phrases sans loucher sur le prompteur et se planter de caméra le soir du prime. Trois types de chansons au choix, réduites à "une émotion forte" qu'ils sont tenus de faire passer. La tristesse, la joie, la colère. C'est pas franchement gagné. Pour la colère y a Puisqu'on est jeunes et cons de Saez. La prod espère qu'en braillant Saez les petits garçons retrouvent leurs couilles et quelque chose dans l'estomac. Comme j'ai vachement d'idées ce soir, je ferais bien une proposition à Alexia Laroche-Joubert qui est quand même bien emmerdée avec son audience pas terrible et sa quinzaine de mongoliens.
Puisqu'au rythme où ça va Endemol rachètera sous peu tous les groupes d'édition pour mettre en place un pôle de divertissements déclinables sur multiples supports, ça serait bien qu'à l'avenir la prod fasse faire un stage aux mômes du côté de chez Hervé, Antoine, Arnaud, et tous les autres. Bon c'est sûr que ça fera moins de droits pour Universal dès qu'ils ouvrent la bouche. Mais au moins ils sauront en quoi ça consiste physiquement, vraiment physiquement, la colère.