comment je me suis disputé (ma vie intellectuelle)

Il s'est passé du temps. Quelque chose comme quinze jours. J'avais trop de travail et puis besoin de vacances, sans compter le décès de mon ordinateur, puis le rachat d'un neuf et son installation. Ca c'est pour le fallacieux. Pour le reste l'empirique contre attaque, ça va de soi.

J'ai observé attentivement les messages et les textes répondant à cette farce qu'est Pop Philosophie. Les points les plus épineux ont été soulevés un peu partout, surtout pas Philippe Boisnard. Et puis.

Ai constaté que tout ça était très parisien, et que comme toute affaire impliquant dix personnes le soufflé retombait en moins de trois semaines. Entendu des remarques finalement pertinentes, y compris sur le forum de Technikart. Je pensais m'atteler au tir sur ambulance, mais au fur et mesure de l'investigation j'ai constaté que ça se résumait à moins encore qu'une salve sur corbillard : pour fusiller quelqu'un faut quand même qu'il existe. Et force est de constater que c'est même plus le cas.

J'ai attendu aussi à cause d'un portrait de Kacem qui devait sortir dans Libé. Je voulais réagir au contenu du papier et ne pas faire de redites, au cas où le parti pris soit lucide. Aujourd'hui y a Cauet en quatrième de couv alors je ne vais pas non plus passer ma semaine là-dessus, à guetter le moment propice.

Ce qui est certain, c'est que Pop Philosophie n'intéresse pas grand monde, et lorsque c'est le cas les réactions sont pour le moins étranges. La franche hilarité que ça s'appelle. J'avoue que je ne m'y attendais pas. Surtout de la part des gens sérieux. Kacem a créé un concept, c'est vrai. Il se nomme la lolattitude. Maintenant que Raffarin peut plus sortir Lorie, Villepin peut toujours agiter Kacem, ça a l'air de très bien marcher.

« Pour des raisons stratégiques, comme disait Nietzsche, il faut se choisir des ennemis dignes de soi », dit page 29 de cet ouvrage l'intellectuel exceptionnel salué par Philippe Nassif. Je pense ne pas faire acte de prétention en affirmant de fait qu'il est un peu minable, mon ennemi sur ce coup-là. J'irais même jusqu'à dire que je préfère Zeller, au moins il parle français et incarne des trucs très concrets et dangereux. Bien plus dangereux pour moi, enfin pour ce que je défends, que le philosophinou qui trône six pieds sous terre depuis un sacré bail.

L'important finalement, dans le révisionnisme biographique de Kacem, c'est pas tant qu'il fasse croire aux cent vingt lecteurs maximum qui ont eu et auront cet opus dans les pattes qu'il a lu Lautréamont au berceau, qu'EvidenZ est une revue qui a fait date et eu une influence quelconque, qu'il m'ait trouvé un éditeur, que la lecture de Virginie Despentes ait eu une influence capitale sur certains choix de ma vie, ni que j'étais une créature abandonnée de tous qu'il a sorti du ruisseau et le l'HP. Ce qu'il faut en retenir c'est que lorsqu'un auteur est rejeté des médias, tout ex-situ soit-il il ne s'en remet pas. Que la postérité est la seule obsession à laquelle se raccrochent les poseurs pouêteux maudits, et que pour se l'assurer rien ne vaut un coup de pouce. D'où la nécessité de se créer in vivo une grosse mythologie, à défaut d'obtenir un respect spontané et discret. A noter que quand la première occurrence qui ressort sur soi dans Google est une collaboration avec la revue Cancer!, question mythologie ça en impose vraiment. Mais les problèmes d'éthique c'est une toute autre histoire...

J'avais dit un feuilleton, je comptais vraiment le faire. Mais j'ai pas très envie de m'abaisser à ça, à son petit niveau de déballage public, même si les faits seraient vrais, ce qui ferait la différence. Je préfère m'en tenir à lui foutre une mandale IRL quand l'occasion se présentera. Et accessoirement à ne plus me taire et encore moins le préserver quand les questions portant sur lui me seront posées. J'ai mieux à faire, vraiment. Une fiction pour France Culture et un découpage pour eux des Chants de Maldoror, justement. Peut-être parce qu'à trente ans passé l'important c'est ce qu'on est en train de faire, et pas l'exhibition mythomaniaque et nostalgique d'une précocité si fanée qu'elle est depuis longtemps devenue poussière.