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La seconde chose je disais donc avant-hier, c'est qu'il se passe enfin un truc un peu concret pour contrer la fascisation en vogue. Celle qui sévit sur internet en toute quiétude. Celle où se vautre avec emphase un tas de profils alarmants. De la chemisette brune cultivée à la dinde acéphale.
Ca fait des mois et beaucoup plus, en y regardant de près beaucoup plus, que ça grouille posément, sans que personne ne s'en inquiète, ni réagisse vraiment, même pas un trolling spontanné dans les commentaires des bloggeurs concernés, ou à peine. Il y a quelques mois, au détour d'une conversation avec une journaliste doté de cerveau, ce qui est plus rare qu'il n'y paraît, j'avais abordé la question. Elle m'avait proposé de faire un papier, une enquête. Pour expliquer un peu en quoi consiste la nébuleuse de Haut et Fort. Les propos qui y sont tenus, les poses de rigueurs, leurs liens, la composition de leur communauté, leurs références, et bien sûr leurs idoles, Dantec en premier plan depuis son glissement de l'an dernier. Les blogs, les sites, les revues papier. J'ai réfléchi un peu, en fait assez longtemps. Et puis j'ai décliné, pas du tout par lâcheté, ni par manque de données, d'analyse potentielle ou d'arguments. Juste parce qu'un papier, un dossier, ça leur enverrait des clients, pas que des hits temporaires de curieux abandonnant leur cécité, mais vraiment de clients.
Les trentenaires sont de droite, économiquement de droite, et presque même idéologiquement. Les beaux principes des socialistes, l'acceptation du libéralisme comme une fatalité, chez les trentenaires ça ne donne que ça. Je me souviens en 2001, au moment du procès Technikart /Chronicart où j'avais pris parti, au moment où dans la maison d'édtion on bossait sur Le cadavre bouge encore et un projet multimédia avec certains de la même équipe et les Schizotrope, donc Dantec, de Michel Surya qui me disait au sujet des plus jeunes d'entre eux : "Ils sont de droite mais ne le savent pas eux-mêmes, c'est ça le pire". Michel Surya a souvent raison, je ne l'écoute pas assez. Les vrais militants, les vrais intellectuels de gauche, ceux qui connaissent le terrain comme les textes, ils se laissent très rarement avoir. Et ils doivent être très fatigués parce qu'être Cassandre c'est pas franchement une position très confortable. Surtout face aux pisseuses, parce que j'étais bien ça. Une pisseuse arrogante complètement bouchée. Je me revois au bureau un lundi de printemps présenter mes excuses après le coup fatal des beaux 17%.
Promenez-vous sur le net, écoutez les trentenaires, pas les parisiens open-barisés, bien sûr, pas les artistes maudits ni ceux qui traînent dans les lieux hype ou pire les institutionnels. Sarkozy c'est le sauveur, dans sa hotte plein de chouette jouets, vive les chaussettes à clous à la Saint Nicolas.
On peut lire des choses bien, aussi, sur la droite, chez les auteurs de gauche. Qui habitent dans le marais, mais qui sont drôlement punks. "L'intelligence est à droite" par exemple, c'est signé Virginie Despentes cette jolie phrase intéressante.
Alors voilà. "Servez-vous des armes qu'ils vous ont donné pour les détruire" c'est tiré de Vidéodrome et ça s'applique très bien à la démarche d'un site qui s'est ouvert il y a peu et qui mérite vraiment d'être plus que cité.
Ca s'appelle Consanguin et ils ont tout compris. Ils connaissent bien l'ennemi, en maîtrisent tous les codes, référents et syntaxe inclus. La langue de l'ennemi, donc. Et sa structure mentale. Du coup ça marche très bien, ça fonctionne, je veux dire. Et ça a vraiment le mérite d'exister. Ca prouve aussi que la résistance c'est toujours très concret, du travail de fourmi et pas que le cul posé dans un café branchouille à refaire le monde à coups de bières et de citations de philosophes morts.