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Bettina Rheims, en fait, j'aimerais bien l'avoir pour grande soeur. Une douceur incroyable, une intelligence aussi. Et quelque chose de protecteur, d'infiniment protecteur, elle n'est pas derrière l'objectif elle est comme à côté de vous quand elle appuie sur la poire noire. L'ambiance n'a rien à voir avec l'hystérie habituelle, le rapport de force, la hiérarchie auquel on se heurte en studio. Enfin pour le peu que j'en ai vu. Une équipe, comme une famille, un clan où chacun a son rôle, une dynamique collective, naturelle.

La maquilleuse est une artiste. Un travail sur le corps, des fards oranges et verts appliqués pour une marbrure discrète, les veines redessinées au crayon bleu sur la gorge et l'intérieur des bras. Poudre blanche sur la peau, des touches vives et légères, finesse de chaque touche. Impressionnante, la Maya.

Jean Colonna, j'en avais peur. Idiote. Imposant physiquement, de la chantilly d'homme. A l'étage les robes Chanel, la naphtaline suffocante, un grenier Ali Babaien. Voir toutes les perles cousues main, le travail effectué sur la moindre parcelle de taffetas. Cimetière soie et satin, sensation de profanation.

Pour le reste je ne sais pas. Je ne m'attendais pas à ça, confiance immédiate pour un control-freaks c'était pas gagné et pourtant. Comme si la pose avait été un acte d'amour. Bettina Rheims dans ce projet reprend les femmes des toiles et des dessins de Schiele pour leur notion d'abandon. Facilité à se livrer, pas que le corps, tout entière, désir très profond de vraiment lui donner ce qu'on peut, tout ce qu'on peut. L'entendre chuchoter que c'est ça, que c'est beau, que c'est ce qu'elle veut et plus encore.

Face au grand polaroïd, réaliser le boulot, la qualité folle du boulot. Se reconnaître à peine, voir dans la photo une oeuvre d'artiste et certainement pas soi-même. Se dire qu'on a participé à quelque chose d'unique, de précieux, de fragile et rare. C'est pas de la satisfaction, c'est beaucoup plus étrange que ça. J'ai l'impression d'avoir été utile, un composant dans le processus créatif. Ca fait un petit serrement au coeur et ça me rend complètement niaise à chaque fois que j'y réfléchis.

Urgent : s'engueuler avec quelqu'un ou trouver un homme à abattre, sinon je vais me dire que la vie c'est très chouette, que tout est formidable et c'est pas avec ça que je vais bosser au mieux.