#20
Il ne se passe plus rien ici, mais un tas de trucs pires ailleurs. Phase terminale de la crève hivernale, par exemple. L'éructation permanente via auto-trangulation pulmonaire, ça occupe. Un peu déjà. C'est pas si mal, un peu. Un travail alimentaire, du foie gras dans les épinards, rester face à l'écran autant d'heures que ce peut. Essayer de passer la barre des 58,5. Incompréhensible, la difficulté à descendre, apnée sur la balance mais rien. Faudrait coincer le pc sur le guidon d'un vélo d'appartement, ça a du déjà se faire, aux grands maux les grands moyens. Faire travailler le corps, pas les mollets. Une demi heure de marche par jour, elle a dit la dame. Calcul du nombre de mètres effectués par heure : 11,5 grand maximum. C'est plus de la cellulite que je vais me colter si ça continue, c'est le grand Jabba en guise d'arrière-train.
Alors on se dit puisque pour le corps c'est foutu, hygiène existentielle incompatible avec l'interface pourrissante, faire travailler le cerveau, et vite. La liste scotchée au mur c'est plus un rappel pour mémoire déficiente, c'est même plus une menace, c'est une sorte de vortex. Fixer la liste et conclure que vraiment, mais alors vraiment y a un énorme bug. De la part des commanditaires. De la part de la glotte qui a craché mais oui pour le 23 janvier mais oui pour le 17 février mais bien sûr pour le 3 avril mais avec plaisir pour la mi-mai mais sans problème pour début juin. Avec ça un quarante feuillets, avec ça une bande son d'une heure, avec ça re-cinquante feuillets.
C'est pas de la panique. La panique, le cri de Pan, au moins un truc se passe. Et là dans ma caboche, il ne se passe rien. Ah si. Je communique. J'arrête pas de communiquer. J'émets à mon tour. Emettre c'est le début de la fin. L'ascension du parasitatage interne, tourné vers l'extérieur, la boucle polluée, les boomrangs ça achèvent leur course toujours en coup du lapin.
Si je me remettais à l'autofiction, ça serait super simple. Limpide. La facilité avec laquelle on s'écharpe les croûtes, admirer la petite sanie sous jacente, tout ça, comme c'est adorable cette souffrance, comme c'est touchant le paradigme mercurochrome, n'est-ce pas.
J'ai peut-être pas les épaules ou l'estomac pour ça, pour trouver. Et chercher comme un basset à poil dur, c'est pas ce qu'on fait de plus excitant de nos jours. Finalement.
J'avais dit que j'utiliserais cette rubrique pour dire des trucs. En fait j'ai plus que les mots, tous seuls, tous creux, je communique avec des gens, je cause plus au Petit Robert, quand je dis le mot truc ça correspond juste à quatre lettres, point.
Une phase, qu'ils disent. J'ai rien branlé de sérieux depuis deux mois. Une phase. J'aimerais bien les y voir, constat en live des parois de la phase, qu'ils comprennent que c'est pas juste des ecchymoses que ça fait dans le crâne, que c'est le puit d'Alice, que je ne suis objectivement pas certaine qu'elle ait un fond, une fin, la phase.
Trop d'équilibre nuit, qu'ils disent aussi. Ce qu'ils peuvent être bavards en y regardant bien. Agoniser ça fait bosser, travail-torture-mépris, arrondissez les angles et tout sera crevé. Si les ventricules sont en forme, prévoir une panne de cervelet. Possible. Quoique. En fait ce qu'il me manque, c'est un mauvais objet. Mauvais objet = excellent sujet. On fait comment pour les commandes, transposer, triturer jusqu'au détournement. Je suis devenue infiniment gentille c'est pas bon pour la race des obsessionnelles, les schtroumpfs sans le gnap gnap. Alors je vais ouvrir la fenêtre, en attendant la mouche Tsé Tsé. Avec un peu de chance elle visera pile la jugulaire.
Faut bien qu'il se passe quelque chose. Il se passe toujours quelque chose au moment où c'est terminé. Sinon ça sert à rien de m'avoir fait autant le coup du deus ex machina.