Parce qu'il est temps

J'ai hésité un temps. Pas énormément, mais un temps. D'abord parce que poster régulièrement, pour ne pas dire quotidiennement, c'est un exercice compliqué. On ne s'improvise pas blogueuse. Quoi qu'on en dise, quoi qu'on en fasse. Le blog c'est une pratique en soi. Un rapport au temps particulier, un rapport aux lecteurs aussi. Je ne suis pas versée dans l'immédiateté. Et encore moins dans la libation directe au lectorat. J'ai pas de rapport au lectorat d'ailleurs. Et ça me va très bien en fait. Un blog ça veut dire aussi un rapport à l'image, la capacité de dire avec une image ou un montage d'images, fixes ou animées. J'ai pas de rapport à l'image non plus. J'ai pas beaucoup de rapports, finalement.

Un blog ce n'est pas qu'un journal. De toute façon je ne tiens pas à tenir un journal. Je n'en ai jamais tenu. Et puis tenir un journal en ligne, juste un journal, c'est pas mon truc non plus. Dire je régulièrement, avoir dit je jusqu'à épuisement ne sous-entend pas que le je palpite suffisemment pour donner. Donner quoique ce soit. Quoique ce soit de plus, et sans le plus en question le contenu d'un journal reste une accumulation d'anecdotes existentielles qui font le terreau de tout ce que j'exercre dans les textes de la littérature industrielle. Le support n'excuse pas tout, pas de ligne molle sous un prétexte fallacieux, surtout pas.

J'ai hésité longtemps parce qu'à chaque fois que j'ai envie, voire besoin, de dire quelque chose, quelque chose que j'aimerais qu'on entende, vu ma capacité à communiquer avec mes congénères ça ne dépasse pas les six récepteurs. Chats compris. Alors je dois écrire un livre, faire une performance, transformer ça en matériau de travail. Et c'est pas tellement pratique, de devoir tout transformer en matériau de travail dès qu'on veut dire un truc. Et puis ça ne s'y prête pas toujours. Il y a bien les chroniques, j'en ai fait une cet été à la demande de Loïc di Stephano, le directeur de La Chasse au Snark qui tient la rubrique littéraire du mag en question. La Chasse au Snark est une maison spécialisée dans la littérature du 19e siècle, publications d'inédits de Pétrus Borel ou Nerval, ultra compétente dans sa branche. Mais en dépit de mon estime pour le commenditaire, y a comme une incompatibilité évidente avec la couleur du site hébergeant.

Alors je vais faire ça. Refonte du site parce qu'en six mois j'ai du faire quatre maj, laissant tout le boulot à mon webmaster qui mérite au passage la canonisation. Après le ménage de printemps une rubrique restait vide, je vais appeller ça Remarques & Cie et mettre les trucs que j'ai envie de dire pour pas toujours rien dedans. Pas de remplissage guignolesque histoire de se plier à l'update, pas d'image histoire de tout court, pas d'aujourd'hui c'est dimanche la température est en dessous des normales saisonnières j'ai acheté du jambon au Franprix j'ai croisé Philippe Sollers au Flore et mon syndrome prémenstruel me met de fort méchante humeur.

Voilà.