#167
C'est Eric Arlix qui en a eu l'idée. Je ne sais plus quand c'était, cet hiver sûrement. On était parti du constat qu'aucune des revues littéraires actuellement en place ne correspondait pas à ce qu'on lit et défend. Au début, je voulais qu'on appelle ça Extraction. C'est un peu poussiéreux et plus adapté pour une collection qu'une revue. Mais heureusement, Eric a pensé à There Is No Alternative, TINA, donc.
Le noyau dur s'est constitué très rapidement, je crois qu'en trois jours c'était réglé. Une semaine maximum. C'est ça que j'aime bien chez Arlix, cette ultra efficacité. Il connaissait Jean-Charles Massera depuis longtemps, avait publié le premier livre de Dominiq Jenvrey et Emily King, on aimait le boulot d'Hugues Jallon, le côté politique de son travail, aussi. Eric a pris contact avec Guy Tournaye, ça nous paraissait important qu'il participe de près. Pour que le côté critique littéraire soit assuré, on a fait appel à Jean Perrier.
TINA, c'est pas une revue de potes. J'ai déjà participé à une revue tournant autour de la notion de communauté, j'avais plus envie de ça. On n'est pas un groupe d'amis qui fait une revue pour s'occuper, se placer, exister. D'ailleurs, à part dans le numéro 1, parce qu'il fallait se positionner clairement, la majorité d'entre-nous ne publiera pas frontalement. On est là pour animer, soit chercher les thématiques, commander et dégoter les fictions, lire des bouquins, en discuter et après en rendre compte.
L'idée c'est de proposer une revue qui s'intéresse aux formes de résistance contemporaines, à la recherche littéraire, aux expérimentations. Aux maisons et aux auteurs qui ne sont pas mis en avant comme ils le méritent, aussi. Donner des pistes différentes, aider le lecteur à voir autre chose. TINA c'est un format poche aux coins arrondis, un joli petit objet, une sorte de guide++ pour 10 euros.
TINA se présente en trois parties. D'abord, la partie Fictions. On y trouve des textes inédits d'auteurs confirmés (Lutz Bassman, l'artiste Claude Closky, Patrick Bouvet pour le numéro 1 ; Maryline Desbiolles sera dans le 2) ou déjà publiés (Ian Soliane, Guy Tournaye, Karoline Georges pour le numéro 1). Il y a un extrait d'ouvrage à paraître, ce coup-ci c'est un chapitre des Mains gamines d'Emmanuelle Pagano, chapitre vraiment très beau, comme le roman.
Il y a une partie Labo aussi, où se trouvent des auteurs encore non publiés (Emilie Notéris et Nina Yargekov dans le 1). Je suis particulièrement contente que cette dernière y figure. J'étais rentrée en contact avec elle dès ses premiers posts sur son blog Cuisine Interne. Une voix tellement singulière. Son manuscrit, je l'ai suivi tout au long de ses différentes versions, et je suis très heureuse que finalement il soit publié l'hiver prochain chez POL. Une histoire éditoriale qui se finit bien, c'est rare. Mais je pense que quand vous verrez en février la teneur de ce roman génialissime, vous comprendrez pourquoi. Des comme ça, on en voit passer un tous les cinq ou dix ans. Nina Yargekov, c'est une grande de l'expé en devenir, faut la surveiller de près, c'est moi qui vous le dit. Emilie Notéris sera publiée bientôt, elle aussi. Eric Arlix la sort dans sa collection Et Hop chez IMHO. Dans la série le renouveau des filles, elle se pose un peu là. Elle a également une voix propre, déjà dégagée des Surmoi, organique et installationniste à la fois. Ce que je peux être fière du boulot fait dans la partie Fictions, c'est dingue.
La deuxième partie de TINA est la partie dossier. Dans ce numéro, le thème est La littérature occupée. Un texte littéraire de Pascale Casanova, Une Lettre à TINA de Christian Salmon, des textes de Jean-Claude Moineau, Dominiq Jenvrey, Sandy Amerio, Jean-Charles Massera, Pascal Mougin, Thomas Clerc, Eric Arlix et moi, pour ce numéro 1. Pour le 2, dont le titre sera Décryptages, on va voir ça définitivement mardi. Il va de soi que mon texte, vu le sujet, est une parodie de fiche Wikipedia de la République Bananière des Lettres.
La troisième partie est la rubrique Veille. Des courtes, ou moins courtes, notes de lectures de livres, revues et sites. Un entretien, aussi. Cette fois-ci c'est avec les Editions Tristram, pour le numéro 2 ce sera avec Lydie Salvayre.
L'Edito a été posté par Eric sur le blog de TINA il y a quelques temps, je le linke. Je pense que rien ne peut être plus clair pour présenter la ligne éditoriale et politique de la revue. Cet édito a été écrit collectivement, il est plus long que ce qui est en ligne.
Nous sortons notre numéro 1 fin août, et vous pouvez vous abonner dès maintenant.
lien permanent
#166
Mise en ligne de la lecture de J'habite dans la télévision. Ai déjà reçu la couverture pour le poche, elle est très bien.
N'ai strictement rien foutu ce week-end. Hier non plus. J'essaie de jouer la ligne de basse d'un vieux classique, pour l'instant ça donne de la purée inaudible. La reprise rigolote, c'est pas pour demain.
Je relis TINA et j'en donne, promis j'en parle au prochain post.
lien permanent
#165
Poursuite de la mise en ligne des lectures, aujourd'hui c'est le début des Juins ont tous la même peau. J'ai réalisé deux choses : après le coup du clinamen contagieux sur les premiers textes, Certainement pas et Les juins reprennent en choeur "tartre" et "stalactites". Je dois avoir des lubies par périodes. J'ai également constaté que le titre de la pièce que je suis en train d'écrire, Eden matin midi et soir, était contenu dans un des premiers chapitres des Juins. Ca m'a fait tout bizarre, une cohérence sans faire exprès.
François Bon a, avec une rapidité stupéfiante (mais après m'avoir demandé, qu'on entende pas ma phrase de travers), intégré S'écrire mode d'emploi au catalogue de Publie.net. Je suis très contente, c'est clair qu'il fait de mon PDF ultra-basique un vrai objet numérique. Les actes du colloque seront publiés en version papier dans quelques mois, c'est assez génial que le texte puisse circuler en parallèle dans de bonnes conditions.
lien permanent
#164
Mise en ligne de la lecture du premier chapitre de Corpus Simsi. Ca avance toujours. Pas de solution trouvée pour les sous-rubriques presse, par contre. Des amis pensent que je dois mettre au moins les interviews, que c'est une clef d'entrée. Le problème, c'est que sous les livres, c'est pas cohérent, les interviews. Du coup je laisse mûrir et je verrai ça à la rentrée.
Relu hier mon texte fait pour le Mac Val, ai très envie d'en faire une pièce sonore, de lire intégralement le texte avec des effets d'ambiance derrière, et une clochette qui dit quand tourner la page, comme sur les 45 tours pour enfants de jadis. J'attends que la directrice rentre de vacances pour avoir les autorisations.
lien permanent
#163
Mise en ligne de la lecture du premier chapitre de Certainement pas. L'exercice commence à m'amuser sérieusement. Mis à part Le Cri et J'habite, que j'ai beaucoup fait tourner en lecture et en perf, je ne me souviens de rien. Du coup, je galère ma race, j'ai aucun texte en bouche, je redécouvre mes textes jusqu'à leur incipit, c'est assez rigolo.
C'est un truc très utile dans mon travail, la mémoire bousillée par les médicaments. Je crois que je l'ai déjà dit, mais ça permet d'obtenir un recul du jour au lendemain. Je ne me souviens jamais de ce que j'ai écrit la veille, sur quoi j'ai travaillé, oui, quelle partie. Mais le contenu des paragraphes, les phrases maîtresses, rien du tout. Là, c'est vraiment divertissant, j'ai l'impression d'avoir un texte inédit à lire chaque jour.
Je passe mon tour sur Monologue pour épluchures d'Atrides, ça va demander un travail de montage de maboule, les premières pages sont pleines d'italiques correspondant à une chanson fragmentée. Je vais le faire, mais à la fin, le texte est pas terrible et ça va me prendre des plombes. En plus, j'ai pas envie de chanter aujourd'hui, il fait trop chaud.
J'ai mis à jour mon Wired, j'ai pris une décision, ça fait plus d'un an que j'hésitais, parce qu'il parle en général en bien de mon boulot, et je ne voulais pas que ça fasse renvoi d'ascenseur : j'ai mis le blog de Berlol en lien. C'était absurde, c'est un des meilleurs site de lecteur qui soit. Bien sûr au moment où je fais ma maj, il linke mon texte de Cerisy, mais bon, c'est pas très grave. Je vais pas attendre demain pour l'ajouter, c'est débile.
A part ça, je récupère le numéro 1 de TINA demain, je vais en parler plus avant quand j'aurai l'objet en main. Je suis super contente que cette revue voit le jour, elle répond à une vraie carence.
lien permanent
#162
Mise en ligne de la lecture du premier chapitre de La Vanité des Somnambules. La mise à jour se fait doucement, je pense qu'un ou deux ajouts de ce type par jour, c'est un bon rythme.
Je me pose des questions sur le site à venir, sa structure. Est-ce que c'est important de conserver la sous-rubrique presse sous les livres, je ne sais pas. Je n'ai jamais pris le temps de scanner les articles et de les rentrer. C'est un boulot considérable et vraiment chiant. Est-ce que ça sert à quelque chose, en soi, déjà. Est-ce que l'internaute est vraiment curieux de lire les papiers, je n'en sais rien. Moi, ça ne me tenterait pas trop. Bien sûr, il y a le facteur flemme, mais aussi un problème de fond. Est-ce que ça a tant d'importance que ça, un article, si je donne des clefs comme les premières pages écrites et les lectures?
L'idée, c'était que mon site me serve d'archivage et de bureau. Je retrouve tout par son biais, les dates, les noms des collectifs, ça m'est utile. Mais est-ce que les papiers le sont? Les articles de presse, si je les garde, c'est pour en faire des photocopies au moment de remplir des dossiers, pour le CNL, par exemple. J'ai pas besoin d'avoir un double sur mon site, je les ai dans des pochettes. Supprimer la rubrique presse, ce serait pas la mort, par contre me fader huit ans de papiers à scanner, si.
Tout à un sens, ceci dit. Les photos, si je n'en mets pas, à part celle de la rubrique bio, qui est passablement pixellisée, c'est par choix. Le corps de l'écrivain, on s'en fout un peu. Si j'enlève les archives presse, enfin le peu qu'on m'avait mis en ligne sans que je me fatigue, ça peut faire genre la réception des critiques, on s'en fout un peu aussi. Ce qui n'est pas faux. Mais parfois, les articles se tiennent bien, et proposent une analyse du texte qui n'est pas inintéressante. C'est un peu compliqué, comme décision. Je ne peux pas laisser un truc aussi peu complet en ligne, et en plus je réalise que j'ai pas de scanner. Bref, je verrai.
J'ai hâte de remanier le site. Le nouveau design va être parfait, signé François Alary. L'univers sera très Dévastée, comme si le site était habillé par eux. J'espère que tout sera près cet automne. J'ai pas d'actu en septembre, mais ça me motiverait comme un cartable neuf pour la rentrée des classes.
A part ça, je fais de la basse depuis hier. Autant dire que je fais du bruit avec une basse. C'est un cadeau des Pénélopes, je m'amuse comme une folle. J'utilie un archer pour faire des fonds, je monte des boucles, j'arrive pas à refaire les mêmes séries de notes deux fois de suite, je vais prendre des cours à la rentrée. Je vais utiliser la basse pour mes pièces sonores, pour l'instant j'ai pas d'idée de texte, alors je fais du son, j'engrange.
Certaines des lectures mises en ligne seront montées avec de la musique. Les textes issus des collectifs, principalement. J'ai rencontré un lecteur qui m'a composé cet hiver un morceau qui va avec Je suis le 21. Je ne retrouve plus le cd (Guillaume, si tu me lis...). J'ai dans l'idée de poursuivre le concept, que les musiques puissent être faites par d'autres que moi.
lien permanent
#161
Mise à jour du site avant les travaux de rentrée. Trois lectures enregistrées. Une assez longue du début des Mouflettes d'Atropos, une très courte du Cri du Sablier, parce que j'ai plus le texte chez moi, obligée de m'en remettre au peu qui était sur le site, ce sera rectifié quand je choperai le roman, et une courte mais spéciale pour Mes week-ends sont pires que les vôtres.
Je me suis rendue compte de deux choses : à l'époque (ça a sept-huit ans, ces textes), j'étais extrêment malheureuse et je vénérais le mot clinamen.
lien permanent
#160
Rentrée ce week-end. Tout s'est très bien passé, y compris le colloque. La sensation de ne pas bosser pour rien, ça m'a fait ça comme effet, Cerisy. J'ai mis le texte en lien permanent sur le site, via la rubrique bio. Les gens qui débarquent ici, ou qui veulent se renseigner sur mon travail, le mieux c'est qu'ils lisent la conférence, c'est certain.
Reprise des activités. Recontacter les gens, répondre aux mails, pas eu de connexion pendant plus de quinze jours.
Ai beaucoup travaillé en rentrant. Un peu sur la pièce, pas mal sur le projet de livre pour Verticales l'an prochain. J'attends de voir Bernard Comment pour peaufiner Dans ma maison sous terre, je dois rendre le manuscrit au Seuil le 15 septembre.

#159
J'ai du mal à travailler ce soir. Les phrases sont moches, obstinément. Que ce soit pour la pièce, la nouvelle ou le colloque. Il y a des jours comme ça, ça ne sert à rien de forcer.
J'ai besoin d'immersion totale. Là mes voisins fêtent un anniversaire. Au début j'étais presque envieuse, tellement ils avaient l'air de s'amuser. Et puis ils se sont mis à chanter La rirette la rirette, suivie d'une histoire de curé de je ne sais plus quelle ville de France, et là j'ai eu très peur, vu qu'ils ont moins de trente ans. Je n'arrive pas à me concentrer, la musique me perturbe, la leur, la mienne. J'ai même essayé la télé.
Aujourd'hui, rendez-vous avec la comédienne et le metteur en scène d'Eden matin midi et soir, au bureau de presse des Devastée. C'est dans leurs collections qu'on prend les costumes, enfin la ou les tenues pour Adèle, le personnage du monologue. Je crois qu'on a trouvé. Ca me donne des idées, de visualiser le corps d'Adèle, celui de Anne Steffens recouvert par les Dévastée. Ca me donne des idées qui donnent des phrases pourries, mais des idées quand même.
Demain je me lèverai tôt et passerai la journée en autiste. Comme ça je suis certaine d'y arriver avant 14h. J'ai un timing super serré, je ne peux pas me permettre de jouer à la duchesse qui a perdu l'inspiration. Mais c'est quand même un truc bizarre, qu'il y ait des jours avec et des jours sans. Heureusement que ça n'arrive qu'une à deux fois par semaine. A part pour le son. Là, j'étais tellement axée écriture que j'ai pas fait de son depuis trois mois. J'aimerais que ça revienne.
Je vais faire des lectures d'extraits livres pour le site, d'ici la rentrée. Un à deux extraits par livre, pour tous. Peut-être que parfois ça se prêtera à l'habillage sonore. Et puis mettre en ligne la perf telle qu'elle va être faite à Dijon avec les Pénélopes. C'est une extension de Dans ma maison sous terre. Je l'enregistrerai et l'intégrerai genre en août.
A part ça, je l'ai peut-être déjà dit ici mais je ne m'en souviens plus, je suis assez contente parce que J'habite dans la télévision va sortir en poche en janvier, chez J'ai Lu. Je vais pouvoir choisir la couverture, voire en proposer. Je ne suis pas capable de la réaliser moi-même, je ne suis pas graphiste et suis nulle en montage. Si quelqu'un a une idée chouette, il pourrait me l'envoyer, et si elle me plait, je pourrais la proposer à l'éditeur.

#158
En octobre, je dois rendre un texte pour la nouvelle maison d'édition littéraire fondée par Jeanne-Marie Sens et Hubert Tonka, L'une & l'autre. Je pensais que ce serait publié dans un recueil, mais en fait chaque récit sortira à part. Ca fait donc comme un petit livre, et je suis très contente. Ca sera mon quatorzième objet. Dans ma maison sous terre sera le quinzième, Eden matin midi et soir le seizième, je me dis que l'année prochaine je peux faire ma demande pour la Villa Médicis sans être complètement hors profil. J'aimerais vachement aller à la Villa Médicis en 2010, c'est un peu mon obsession en ce moment.
J'ai beau avoir tout le mois d'août pour la faire, le texte pour L'une & l'autre, je n'avais pas l'esprit tranquille, impossible de boucler les travaux plus urgents, ça me faisait bloquer. J'ai trouvé l'idée il y a quelques jours, et le titre, aussi.
Mélanger un sujet de fille avec l'autofiction telle que je la pratique, en profiter pour m'atteler à un thème limite chik litt, donner dans la psycho et le symbolique à bloc. Là je suis sûre de m'amuser. Essayer de faire un truc joli à partir d'un traumatisme de pouffe, en gros. Parce que tout part de là. Je vais écrire une nouvelle sur mon rapport aux chaussures, sur ce que les chaussures représentent pour les femmes qui les accumulent dans le dressing. En partant de la paire que je ne peux pas acquérir, alors que j'en suis amoureuse depuis que je les ai vues il y a des mois.
J'ai quelques pages, je poste les premiers paragraphes (qui seront sûrement touchés d'ici la fin de l'été). Je vais appeler ça Narcisse et ses aiguilles, et maintenant que j'ai mes rails je peux le mettre de côté et me concentrer sur Cerisy.
"C'est une histoire banale, celle d'une acquisition qui relève du phantasme pour raisons budgétaires. L'histoire d'une frustration qui ne sait pas se gérer et qui cherche un refuge, quelle qu'en soit la nature, la matière et la forme. Est-ce que 30 500 signes ça pourra être assez.
C'est une histoire de deuil, un deuil particulier, celui d'une possession qui n'aura jamais lieu. Appliquer le renoncement et pratiquer l'oubli : la frustration vacille, la frustration s'éteint. Il en reste parfois quelques traces charbonneuses dans un coin du cerveau. Du cerveau, pas du cœur. Pourquoi mes ventricules sont en plein brasero, ça encore, je demande. Le sang confit d'envie, des grumeaux aux artères.
Splash Patent Paintdrip Pump
Splash Patent Paintdrip Pump
Splash Patent Paintdrip Pump (ad lib.)
C'est à peine une histoire, c'est juste un épisode. Honteux et psychotique, mais qu'il faut consigner. Parce qu'ainsi se présente le pacte d'écriture. Tout vu, rien inventé. Poursuivre de texte en texte la rigueur de la démarche, et tant pis si mes pas parfois se font trébuchements.
Un article de mode, une paire de chaussures qui restent hors de portée ; Tantale dans la vitrine, Cendrillon amputée. Une paire de chaussures, un article de mode : quoi de plus futile, n'est-ce pas. Pourtant je le ressens, désormais je le sais il manquera quelque chose. Pas que dans mes placards. Dans la reconstruction de mon identité. Et bah oui, carrément."
lien permanent
#157
Cette année, ils sont forts. Question générateur de fictions, ils assurent leur race chez Endemol. Je regrette de ne plus avoir ma chronique au Matricule des Anges, j'aurais pu faire un chouette sketch. Vous me direz, je pourrais faire un effort de temps en temps, et l'écrire ici. Ce serait sympa pour le lecteur qui s'est fadé mes quatre mois de dépression, un petit sketch sur Secret Story. Le problème c'est que j'ai pas le temps de suivre l'émission. Quand je dis suivre, je veux dire suivre sérieusement. Primes, quotidiennes, mais surtout 24/24. Sinon on passe à côté des options prises au fur et à mesure par la prod, on rate la première phase du processus de fictionnalisation. On peut beaucoup s'amuser à partir des montages, mais on passe à côté de ce qui est capital.
Faire une note quotidienne sur l'écriture dans le vivant, ça m'aurait bien plu. J'aurais pu faire des tas de blagues, mettre en parallèle des citations de philosophes morts, ça m'aurait vraiment diverti. Et puis qui sait, les gens qui passent se seraient fait moins chier qu'avec un hublot sur le laboratoire. Parce que Remarques & Cie, ça devient de plus en plus ça et de moins en moins un blog. Bon, en même temps, j'ai jamais dit que c'était un blog, et puis en plus je fais ce que je veux. Mais bref.
Je n'ai vu que le prime et deux quotidiennes, plus la seconde partie de celle d'aujourd'hui. Redoutable, celle d'aujourd'hui. Cette année, ils sont forts, je vous dis. Quand je me suis rendue compte que je n'allais pas pouvoir ne serait-ce que visionner les quotidiennes, j'ai ressenti une grande frustration. J'ai échafaudé des plans diaboliques, mais rien à faire. La perf dans une semaine, le départ pour Hyères ensuite, là bas préparer le colloque, repartir plus loin dans le Sud, aller au colloque, rentrer à Paris fin juillet. Pendant ce temps écrire deux nouvelles et finir la pièce. Non j'exagère, pour ça j'ai jusqu'à fin auôt smiley de je vais me pendre. Il faut se rendre à l'évidence, je n'ai pas de temps de cerveau disponible pour suivre, même uniquement sur TF1, Secret Story 2. Autant vous dire que c'est un drame. Heureusement qu'il reste Koh-Lanta. Et encore je vais en louper au mois deux, d'après mes calculs.
A chaque problème sa solution, là c'est Igor qui l'a trouvée. Elle a pour nom William Rejault. Je peux partir tranquille, je suis certaine qu'il saisira parfaitement les fictions en cours pendant mes ouvrez les guillemets vacances fermez les guillemets. En plus j'éviterai Castaldi.
A part ça, je me suis engagée à faire une rectification sur un de mes anciens posts. La température sous terre est constante, 13°. Ce n'est pas on, mais cette vieille hyène alcoolique de Jean Debats qui me l'a appris. Cela devait être précisé [Ndlr : Jean, pitié ce coup-ci n'appelle pas avant 13h smiley de supplication].
lien permanent
#156
Pour Cerisy, vraiment, l'exercice est périlleux. Le poids du contexte, déjà. Les colloques, c'est vraiment pas mon truc. Je ne suis pas une intellectuelle, je ne sais pas théoriser. J'ai lu avec une grande attention l'essai de Philippe Gasparini, mais ça n'a servi qu'à me complexer davantage.
Quand j'étais à la fac, je consultais souvent les actes de colloques de Cerisy. Tous les étudiants en Lettres Modernes ont connu ça, ou alors c'est qu'ils s'étaient inscrits uniquement pour avoir la Secu. L'idée d'y participer me terrifie. Il y a Doubrovsky en personne, Vincent Colonna, Philippe Forest, Hubert Lucot. Heureusement pas le même jour que moi, c'est déjà ça, enfin, c'est ce que je me dis.
Le texte que je vais lire va être consigné dans les actes du colloque sur l'autofiction. Ca veut dire que si je me plante, il restera une trace à vie. Je redoute affreusement d'être la gogole de service.
J'en avais parlé avec Marie Darrieussecq, quand je l'ai rencontrée cet hiver. J'étais déjà terrorisée. Elle m'a dit un truc chouette, que je me répète sans cesse dès que je panique trop. "Tu es écrivain, tu peux faire ce que tu veux". Ce que je veux, pour Cerisy, c'est un texte littéraire, pas une intervention traditionnelle. De toute façon je suis incapable de faire une intervention traditionnelle, pas par pose, mais par manque d'outils.
Ca fait huit ans que je publie. Le sentiment d'usurpation s'est estompé quand j'ai rentré dans ma bibliographie mon treizième livre, et que j'ai reçu la bourse du CNL, celle qui n'est pas simple à avoir. Là, ça a validé le fait que c'était mon métier, ou quelque chose dans le genre.
J'ai commencé à écrire le texte de la conférence, cet après-midi. Le colloque est dans trois semaines, mais j'ai pas tant de temps que ça. L'intervention dure une heure, ça fait pas ma de feuillets. Ceci dit, je suis contente de lire, parce que j'aime ça, les lectures. Alors je me dis que c'est juste un texte, un texte qui s'appelle S'écrire mode d'emploi, et qui raconte comment je bosse. Un peu comme j'avais fait il y a deux ans à la BNF, mais de façon différente, plus axée sur l'autofiction, ma pratique de l'autofiction.
Il y a un chapitre là dessus dans Dans ma maison sous terre. Parce que je me suis heurtée à un problème écriture / vie. Normalement je lie les deux. Je voulais assister à une thanatopraxie, pour un chapitre précis, mais ma psychiatre m'a dit : j'en fais une contre-indication. J'ai longuement hésité et puis j'ai obéi. Elle me promettait la venue d'un nouvel épisode psychotique si je passais outre. J'ai déserté la littérature par crainte que ma vie se barre en couille, je ne sais toujours pas si ce n'est pas de la lâcheté. Ce qui est certain, c'est que, quelque part, j'ai brisé mon pacte de lecture.
Le début du texte pour Cerisy, c'est ça :
"Je m'appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Je le dis, le redis, sans cesse partout l'affirme. Je m'écris dans des livres, des textes, des pièces sonores. J'ai choisi de devenir personnage de fiction quand j'ai réalisé que j'en étais déjà un. A cette différence près que je ne m'écrivais pas. D'autres s'en occupaient. Personnage secondaire d'une fiction familiale et figurante passive de la fiction collective. J'ai choisis l'écriture pour me réapproprier mon corps, mes faits et gestes, et mon identité.
Je m'appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Je maîtrise le récit dans lequel j'évolue. C'est mon mode de contrôle, de contrôle sur ma vie. La vie et l'écriture, les lier au quotidien. Injecter de la vie au cœur de l'écriture, insuffler la fiction là où palpite la vie. Abolir les frontières, faire que le papier retranscrive autant qu'il inocule. Ca ne m'intéresse pas d'être juste écrivain.
Je m'appelle Chloé Delaume. Je crois que tout le monde l'a compris. Mon prénom est celui d'une héroïne de Vian, décédée fin d'ouvrage cancer du nénuphar. Mon patronyme aussi, je l'ai échafaudé. L'arve et l'aume d'Artaud, sa traduction d'Alice. J'ai dit : ce nouveau Moi ne fera pas que raconter. C'était en 99, mon corps était à la campagne. Bientôt il serait prêt à expérimenter.
Ce sera un témoignage. Je ne théorise pas. Je suis les mains gantées dans mon laboratoire, je manipule le ressenti, les souvenirs, la fiction. Je fais des tentatives, je ne suis même pas dans l'œuvre, juste dans la recherche. Certains objets s'avortent dans des précipités, d'autres résistent mieux à la publication. Je ne m'en préoccupe pas. Je les défends à peine. Seuls m'importent processus, tuyauteries, protocoles. J'explore, un point c'est tout.
Je pratique l'autofiction. J'utilise, comme mes pairs, le vécu comme matériau. Dans mon laboratoire je suis organisée, le passé à la cave et sur les étagères chaque souvenir étiqueté s'avère prêt à l'emploi. La mémoire est menteuse, la moindre réminiscence est toujours reconstruite, je ne fais confiance qu'au verbe pour en extraire toujours l'initiale quintessence. En médecine chinoise, le cœur est relié à la langue.
Parfois la vie suffit à nourrir le procédé. Parfois la vie précède, la vie marque le corps et le corps retransmet. A la langue d'effectuer le travail de conversion. Les mots comme la syntaxe doivent rester organiques. Je ne crois pas aux vertus de l'imagination."
lien permanent
#155
Eden matin midi et soir avance, j'en suis, d'après le metteur en scène, à la moitié. Le texte sera court, parce que le spectacle doit faire 50 minutes et qu'il faut des respirations.
Relu Suicide, d'Edouard Levé. Trouvé deux pistes intéressantes pour mon travail.
"Ta vie fut une hypothèse. Ceux qui meurent vieux sont un bloc de passé. On pense à eux, et apparaît ce qu'ils furent. On pense à toi, et apparaît ce que tu aurais pu être. Tu fus et resteras un bloc de possibilités."
"Quand on m'annonce un suicide, je repense à toi. Pourtant, quand on m'annonce que quelqu'un est mort d'un cancer, je ne repense pas à mon grand-père et à ma grand-mère, qui en sont morts. Il le partagent avec des millions d'autres. Tu es propriétaire du suicide."
A part ça, je dois écrire mon intervention pour le colloque de Cerisy sur l'autofiction, qui se tient dans quelques semaines. Je meurs de trouille.

#154
J'ai fini Dans ma maison sous terre. Ca y est. Plus aucune nuit à plonger les mains dans mes morts et ceux des autres, ça va changer. Je n'en pouvais plus. Aucun livre ne m'a à ce point grignoté le cerveau, c'était une expérience vraiment épuisante psychologiquement. J'attends sagement les rétours de mon éditeur, il me reste deux mois et demi pour peaufiner la bestiole.
C'est la première fois que je rends un objet qui ne doit pas être imprimé sous quelques semaines, à part pour Les mouflettes, mais le premier c'est normal, ça ne compte pas. Là ça va être nouveau, finir un texte fin juin pour une sortie janvier. N'avoir aucune idée de l'état d'esprit dans lequel je me trouverai quand le livre sera en librairie. Si ça se trouve il sera loin, le livre. Je serai en train d'en écrire un autre, très éloigné, c'est certain, je ne prends plus à bras le corps l'autofiction d'ici un bail, ça m'a laminée.
Nous sommes en train de boucler le numéro 1 de TINA. On a eu notre premier papier dans Livres Hebdo vendredi. Je ferai un post sous peu pour vous en dire plus sur la revue.
Après le bouclage, avancer sur Eden matin midi et soir. Je dois avoir fini fin août, on rentre en labo en septembre. J'ai envie de terminer avant, écrire le texte en apnée. C'est nécessaire vu le sujet. D'autant que j'ai pas envie de passer l'été à réfléchir sur ce qu'est le suicide. Ca aura été d'un gai, les chantiers 2008, dingue.

#153
Plus qu'un chapitre et Dans ma maison sous terre est terminé. Là fin d'une longue période, j'y travaille depuis cet automne. Je suis en train d'écrire les dernières pages, 176 et petites soeurs. J'ai super envie d'y mettre une citation de Lacan, mais ça ne rentre pas, et si je la case pas quelque part je vais être frustrée. Alors je la poste ici :
"Le débile soumis à la psychanalyse devient toujours une canaille".
J'adore ce mec.
