#273
Relu Paradoxia de Lydia Lunch pour la soirée No wave du 21 octobre chez Mycroft. J'en aime infiniment l'exergue : "Aucun nom n'a été changé afin de protéger les innocents. Ce sont tous des putains de coupables".
Travaillé à l'essai sur l'autofiction de nombreuses heures, j'ai dépassé la panique liée à la dead line qui se rapproche, ça va être chaud mais jouable. Je ne travaille pas l'essai comme je travaille mes romans, maintenant j'en suis certaine, je constate. Tous les chapitres sont entammés, plan détaillé interne, je suis obligée de savoir parfaitement où je vais, pas de place pour l'impro lyrique, pas le lieu. J'aurais acquis pas mal de trucs niveau méthodologie en route, même si c'est un essai totalement littéraire, pas universitaire du tout.
Trouvé une citation de Philip Roth : "Le vrai écrivain n'est pas celui qui raconte des histoires, mais qui se raconte dans l'histoire. La sienne, et celle, plus vaste, du monde dans lequel il vit". Je vais l'utiliser dans l'essai.
Un dernier extrait de We are l'Europe de Jean-Charles Massera, après j'arrête, sinon je vais recopier tout le bouquin.
"La nana qui trouve que des fois t'es quand même barré dans des trucs pas très intéressants
- Des fois t'es quand même barré dans des trucs pas très intéressants non ?
- St-à-dire ?
- Bah j'sais pas quand tu sors tes ptites vis, tes forets, quand tu vas achter une boîte spéciale pour ranger toutes les chevilles que t'as ramnées la smaine dernière…
- Tu veux dire quand j'bricole… ?
- Par exemple…
- Mais tu voulais qu'on mette une étagère.
- OK, mais t'as pas fait QUE l'étagère ! Je sais pas, c'est un état d'esprit aussi.
- Donc toi tu trouves qu'y avait pas besoin d'repeindre la cuisine…
- Ben st-à-dire que ça devient un peu obsessionnel quoi.
- Donc tu trouves pas kc'est mieux, kl'appart est plus agréable. Non, pour toi c'est « j'suis obsessionnel » point.
- Écoute avoue kt'es quand même barré dans des trips pas très intéressants. Et puis on a un peu l'impression qu'y a plus ksa non ?
- Comment ça ?
- J'sais pas tu lis plus, tu…
- On fait plus souvent l'amour…
- Non ça ça fait longtemps que… Enfin j'veux dire on a pas attendu ktu prennes un abon'ment chez Casto pour s'apercevoir que tu m'désirais plus !
- Non t'es chiée d'dire ça !
- Bah écoute, excuse-moi, mais ça fait combien d'temps ktu m'as pas pénétrée ?
- Décidément là aujourd'hui c'est la totale ! Attends là, qu'est-squi spasse ? C'est quoi l'problème ?
- J'sais pas c'est un état général, t'es…
- Tu m'méprises en fait.
- Mais non.
- Bah attends « tes ptites vis », la boîte que j'ai achtée pour les chevilles…
- Naaannn mais c'est une façon d'parler…
- Oui mais y a visiblement quelque chose qui va pas. Quelque chose que tu m'reproches, et qui apparemment date pas d'aujourd'hui.
- Tu t'intéresses plus à grand-chose. Ça tu peux pas m'dire le contraire : tu lis pas d'journaux, aller au cinéma ça t'gonfle… Tu t'enfermes dans des petites choses quand même non ? On peut pas dire que tu t'ouvres sur le monde.
- Tu dis ça à cause de la perceuse ?
- Non mais ça OK elle était pas chère, ça évitait d'faire chier ton frère avec ça, c'est pas ça. Non mais laisse tomber."
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#272
Demain, sort aux Editions Verticales We are l'Europe, le dernier livre de Jean-Charles Massera. C'est avec lui que j'ai échangé des mails pour le revue TINA. We are l'Europe, qui tourne aussi au théâtre, c'est l'objet le plus efficace et le plus drôle que j'ai eu entre les mains depuis un bail. Je fais un montage d'extraits pour vous donner une idée de la forme, du jeu sur les registres et du contenu.
"Le mec qui savait même pas pour la Roumanie
- Moi l'entrée d'la Roumanie dans l'Union européenne, franchment, j'suis contre. J'veux dire…
- Non, mais ça y est c'est fait.
- Ah ? Ah bon… "
*
"LES NOUVELLES BEATITUDES
[FONDS DE GARANTIE LIBIDINALE]
AU 1ER JANVIER 2009
9.1 Heureux les pauvres en projets de life, car la Civilisation désintégrée par la Mondialisation des échanges et des informations est à eux (elles) !
9.2 Heureux et heureuses les dépouillé(e)s du contrôle d'une partie de leur life, car ils et elles verront que l'iPhone c'est un téléphone trop bien avec vidéo, MSN, Internet et tout !
9.3 Heureux celui qui chante trop bien et qui est trop beau, car de toute façon tout ce qui était directement vécu par un mec trop craquant s'est désormais éloigné dans des téléphones trop bien avec vidéo, MSN, In-ternet et tout !
9.4 Pareil, heureuse celle qui chante trop bien et qu'est trop belle, car de toute façon tout ce qui était direc-tement vécu par une meuf trop sympa s'est désormais éloigné dans des téléphones trop bien avec vidéo, MSN, Internet et tout !
9.5 Heureux et heureuses les mecs et les filles qui kiffent trop mon téléphone trop bien avec vidéo, MSN, Internet et tout, car plus ils ou elles contemplent mon téléphone trop bien avec vidéo, MSN, Internet et tout, moins ils ou elles vivent ; et plus ils ou elles acceptent de se reconnaître dans les images dominantes de besoins à la con, moins ils ou elles comprennent leur propre existence et leur propre désir.
9.6 Heureux et heureuse celui et celle qui est trop dégoûté(e) d'avoir acheté l'iPhone 8 go à 399 euros ça fait même pas 1 mois et qui a vu qu'hier il était à 99 euros et le nouveau 16 go à 199 euros, car il ou elle ne s'appartient plus !
9.7 Heureux et heureuses les convaincu(e)s que l'Europe postcoloniale avec son système qui est en train de partir en sucette et ses images dominantes de besoins à la con est un continent porteur de civilisation, de progrès et de prospérité, car ils et elles poursuivront l'œuvre accomplie dans le cadre de la Mondialisation des échanges et des informations, en assurant la continuité de la désintégration de l'héritage culturel de l'Europe qui ne pèse désormais plus rien dans les affaires mondiales !
9.8 Heureux ceux et celles qui assurent la continuité de la désintégration de l'héritage culturel de l'Europe en étant trop dégoûté(e)s d'avoir acheté l'iPhone 8 go à 399 euros ça fait même pas 1 mois et qui avaient vu qu'hier il était à 99 euros et le nouveau 16 go à 199 euros, car ils et elles contribuent à la préservation et au développement de loisirs misérables et de projets qui sont de plus en plus navrants !
9.9 Heureux et heureuses ceux et celles qui aimeraient savoir ce que vous pensez des larges aréoles chez une nana, si ça vous dégoûte ou pas, car le désir de choses qu'en réalité on ne désire pas vraiment soumet les mecs et les filles trop dégoûté(e)s d'avoir acheté l'iPhone 8 go à 399 euros ça fait même pas 1 mois et qui avaient vu qu'hier il était à 99 euros et le nouveau 16 go à 199 euros dans la mesure où la Mondialisa-tion des échanges de téléphones trop bien et des informations sur les nanas qu'ont de larges aréoles les a totalement soumi(se)s !
9.10 Heureux et heureuses ceux et celles qui trouvent que les bouquins genre où t'as des mecs et des nanas qui critiquent le système c'est trop prise de tête, car ils et elles ne verront vraiment rien !
9.11 Soyez dans la joie et l'allégresse avec votre civilisation désintégrée et votre système qui est en train de partir en sucette, car tout ça devrait bientôt finir par péter.
9.12 Mais malheur à vous, qui commencez à vous poser deux ou trois questions de base, mais pas sur votre life, sur des choses un peu plus générales comme ça, car vous verrez à quoi vous participez exactement !
9.13 Malheur à vous si vous voyez à quoi vous participez, l'utilité de ce que vous faites, où on en est collec-tivement tout ça, car vous verrez comment vous pouvez essayer de vous reconstruire à partir de là.
9.14 Malheur vraiment, car OK c'est fini, mais ça va bien se passer."
*
" La nana en revanche pour qui c'est clair
- Pour moi c'est clair qu'on arrive à la fin d'un truc. Mais tu l'sens dans plein d'choses… J'vois rien qu'au bureau…"
*
"Le mec qu'a quelques problèmes
avec son tapis d'bain
par rapport à cette histoire d'environnement
- Bon moi j'dois avouer que j'ai quelques problèmes par rapport à cette histoire d'environnement. Par exemple quand y faut kje lave le tapis d'bain, c'est un vrai problème parsque bon pour des raisons d'hygiène tu peux pas l'laver avec les serviettes, les slips ou les culottes. Et en même temps c'est un truc que tu laves à 60° - enfin si t'as pas de caoutchouc dsous ! Donc dans scas-là qu'est-sque tu fais ? Bah tu laves ton tapis d'bain tout seul ! Donc c'est vrai ksa fait une machine de 5 kg pour laver un seul truc ! Et j'ai l'même problème avec les serpillières."
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#271
Une longue pause. J'écrivais trop ailleurs et je n'avais plus envie. D'ici, parce que de la toile, de la notion de réseau. Fatiguée de surfer sur les mêmes liens et blogs. Même plus divertie par Janine Colère. Lasse d'entendre IRL des à demain sur Facebook. J'avais besoin de off, plus de communication. Je n'ai utilisé le net que pour consulter vaguement mes mails, et surtout effectuer des recherches. J'ai également coupé tous les autres médias. Je reprends le feuilleton collectif aujourd'hui.
Il va se passer des choses, encore, et dès samedi. En parallèle, j'écris mon essai, je suis à J-17 pour le rendu, je suis en flux tendu, apnée totale. Ai juste passé quelques jours dans le Sud pour le festival ActOral, trois interventions. Dont une performance avec Sophie Couronne, Waterlilith, qui constituera à terme une pièce sonore de 40 minutes.
Un chapitre tiré de l'essai en cours, dont le titre définitif est La Maléfiction.
"La carte n'est pas le territoire
Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman. Il ne vous faudra jamais l'oublier. Ceci est un essai. Le Petit Robert dit : Essai. Ouvrage littéraire en prose, de facture très libre, traitant d'un sujet qu'il n'épuise pas ou réunissant des articles divers. Ceci est un livre de bonne foi, lecteur. Qui traitera d'un sujet parfaitement épuisant. D'un Je qui se dissèque pour mieux se recomposer. D'un Je qui s'interroge et qui doit prendre une forme, libre, très libre. Saison 13, reprise de l'épisode. Les aventures de Chloé Delaume au pays de l'Autofiction. C'est de ça, surtout, qu'il s'agit. Je ne triche pas vraiment, ce n'est pas un roman. Juste un essai, une tentative, qui n'émane que d'une praticienne.
Praticienne de l'autofiction, c'est comme ça que je me définis. Depuis maintenant dix ans. Seulement, bien sûr à ma façon. Une façon qui pour moi fait sens. Qui parle à qui de quoi comment. Alors un bref insert histoire-géographie.
Enclavé dans les terres du Roman, avec pour contrées voisines le Royaume de l'Autobiographie, l'Ethiquistan et les Laboratoires de l'Est, le pays de l'Autofiction a été fondé en 1977 par Serge Doubrovsky. Il n'ait pas dit qu'il est vraiment fait exprès. Loin de lui l'idée d'ériger un empire sur ce qui était un terrain vague. En créant le terme autofiction, il tentait de définir son propre travail, les enjeux de sa démarche et son positionnement.
Serge Doubrovsky est né en 1928, il est écrivain et critique littéraire. Lorsqu'il invente le concept d'autofiction, il répond, d'une certaine manière, à une question posée deux ans auparavant par le théoricien de l'autobiographie Philippe Lejeune dans Le pacte autobiographique : « le héros d'un roman déclaré comme tel, peut-il avoir le même nom que l'auteur ? ».
En 1977, Doubrovsky publie Fils. Anaïs Nin, elle, meurt. Je rapproche fréquemment ces deux informations, mais on me répond toujours : je ne vois pas le rapport. Cela me contrarie.
En 1977, Serge Doubrovsky inscrit ces lignes en quatrième de couverture : « Autobiographie ? Non, c'est un privilège réservé aux importants de ce monde, au soir de leur vie, et dans un beau style. Fiction, d'évènements et de faits strictement réels ; si l'on veut autofiction d'avoir confié le langage d'une aventure à l'aventure d'un langage en liberté, hors sagesse et hors syntaxe du roman, traditionnel ou nouveau. Rencontres, fils de mots, allitérations, assonances, dissonances, écriture d'avant ou d'après littérature, concrète, comme on dit musique.»
Le pays de l'Autofiction a pour Constitution un texte littéraire, ce qui ne facilite pas la tâche aux Services de l'Immigration. Alors, souvent, ils se contentent d'appliquer la définition du Petit Robert « Récit mêlant la fiction et la réalité autobiographique ». D'où l'explosion démographique de ces dernières années.
Parce qu'il a inéluctablement été annexé à la République Bananière des Lettres, le pays de l'Autofiction est envahi par un tas de gens. [(Des gens du Village + des gens du Château + des gens du Village qui voudraient rentrer au Château + des gens exclus du Château obligés de retourner au Village) x Vous n'êtes pas du Village, vous n'êtes pas du Château : vous n'êtes rien]².
Toujours en raison de sa nature, l'appellation « autofiction » n'est jamais d'origine contrôlée. Ce qui fait que les productions écrites circulant sous cette étiquette se multiplient, du Village au Château. La critique parfois s'en inquiète, mais le débat est si fatigant qu'elle préfère elle-même galvauder si ça peut faire plaisir et faire gagner du temps. Le lectorat, quand à lui, n'y comprend rien du tout. Et s'en tamponne, accessoirement. Ce qu'il veut, au mieux c'est un livre. Et au pire : un divertissement.
De temps en tant quelqu'un s'énerve et tente avec vigueur de faire le ménage de printemps. Ca donne grands colis entourés de ficelle, où les autobiographies (Le Petit Robert : « Biographie d'un auteur faite par lui-même ») égarées rejoignent les biofictions (Alain Buisine : «Récit chronologique de la vie d'un individu particulier ») sans domicile fixe, et, surtout, tout un tas de produits issus de l'industrie éditoriale. Des produits qui ne confient pas le langage d'une aventure à l'aventure d'un langage en liberté puisqu'ils n'ont même pas de langue, des produits sages, non pas écrits mais rédigés. Des livres sans allitérations, assonances, dissonances, puisque des romans sans musique.
Le pays de l'Autofiction impose un pacte particulier : le Je est auteur, narrateur et protagoniste. C'est la règle de base, la contrainte imposée. La transgresser, c'est changer de genre. Or là-dessus, tout le monde ment. Il faudrait s'accorder. Cesser de qualifier d'autofiction des récits personnels où l'héroïne porte un autre nom que son auteur, par exemple. Interrompre l'adoubement des faiseurs dont le Je ne se met pas en danger, n'invertit pas la langue, se contente de transposer, entend le terme d'aventure sans en interroger la notion de liberté. Ne pas réduire l'autofiction a une démarche thérapeutique, le lectorat pris en otage, encastré derrière le divan.
« Fiction, d'évènements et de faits strictement réels ». Ce n'est pourtant pas si compliqué pour qui le ressent de l'intérieur. L'Autofiction, une expérience qui mêle la vie et l'écriture. Puisque Tout vu, donc inventer. Il ne peut en être autrement. A cause de la mémoire, de l'impossibilité à s'en remettre à elle.
1977, Colloque de Cerisy, Roland Barthes : « Je vis dans une sorte d'embrumement, dans l'impression qu'il me faut sans cesse lutter avec ma mémoire, et cette brume de la mémoire. C'est une réflexion qui pourrait avoir des suites pour l'écriture ; l'écriture, ce serait le champ de la brume de la mémoire.».
« Fiction, d'évènements et de faits strictement réels ». Alors, fictionnalisation de soi, de son propre rapport au monde. La clef se retrouve plus tard, en 1989, dans Le livre brisé de Serge Doubrovsky :
«JE ME MANQUE TOUT AU LONG... De MOI, je ne peux rien apercevoir. A MA PLACE NEANT... un moi en toc, un trompe-l'oeil... Si j'essaie de me remémorer, je m'invente... JE SUIS UN ETRE FICTIF…».
Une fictionnalisation de soi, lucide. Assumant ce qui échappe au soi par l'inconscient. Loin, très loin de la crédulité de l'autobiographie. Crédulité de l'auteur, qui pense que sa mémoire est sa meilleure alliée et qu'il peut se livrer comme il va à confesse. Crédulité du lecteur, qui gobe tout rond le pacte teinté d'une vérité toujours javellisée. Comme si les souvenirs stockés dans le cortex n'étaient jamais soumis aux modifications, à la reconstruction. Comme s'il était possible de lui faire vraiment confiance.
Certaines autobiographies empestent la mauvaise foi, sens sartrien du terme. Une fuite, une démarche qui ne sert au final qu'à masquer au sujet la vérité de sa totale liberté, au sein de ses choix et actes, afin d'échapper à l'angoisse de la responsabilité. L'autobiographe écrit sur sa propre vie. L'autofictionnaliste écrit avec. L'usage de la fiction lui impose une totale liberté, et sans cesse il est mis face à sa responsabilité. L'autofiction ne permet aucune absolution.
Reprenons.
Doubrovsky : « Si l'on veut autofiction d'avoir confié le langage d'une aventure à l'aventure d'un langage en liberté. ». Confier : remettre au soin d'un tiers en se fiant à lui. Se fier au langage bien plus qu'à la mémoire et bien plus qu'à soi-même. Aventure : Ce qui arrive d'imprévu, de surprenant, ensemble d'évènements qui concernent quelqu'un, entreprise dont l'issue est incertaine, ensemble d'activités, d'expériences qui comportent du risque, de la nouveauté, et auxquelles ont accorde une valeur humaine.
L'autofiction est un genre expérimental. Dans tous les sens du terme. C'est un laboratoire. Pas la consignation de faits sauce romanesque. Un vrai laboratoire. D'écriture et de vie."
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#270
Je prends l'avion dans treize heures. Cette nuit, dernière promenade dans les jardins déserts. J'aurais vécu quelque chose de très fort, parce qu'à beaucoup de moments, la solitude. Que j'ai su remplir. Je n'ai pas connu l'ennui. L'accablement à cause de la chaleur qui englue le cerveau, la pensée en grumeaux, oui. La panique du sans l'autre, aussi. Mais pas l'ennui. Ce qui constitue une victoire personnelle.
J'amorce le cinquième chapitre de l'essai, mais je sens que les chapitres, leur taille, ça ne veut plus rien dire. Soit il va y en avoir des beaucoup plus longs que ceux du début, soit il va y en avoir plein de très courts, soit je vais être grave dans la merde. Parce que là, ils sont courts, j'en suis qu'à la page 18.
Je me rends compte que l'essai, en fait, ça se bosse comme un roman qui nécessiterait beaucoup de préparation. De recherches préalables. Il y en a toujours, mais là, plus. Et des vraiment, mais alors vraiment pas marrantes. La théorie, c'est pas mon truc, heureusement que cette phase est achevée. Il n'y a plus qu'à écrire.

#269
Retour J-1,5. J'aurais assez bien travaillé, profité de Rome et de la Villa, fait de jolies rencontres, aussi. Un mois extrêmement privilégié. Je comprends que ça ait indisposé Janine Colère et Franche Nécrose, mais c'est pas gentil de se moquer.
Je redoute un peu la rentrée, à cause du travail qui m'attend. L'essai fait seize chapitres, j'ai un plan détaillé maintenant. Je sais exactement ce que je dois écrire, où et comment. Mais je n'ai fini que les trois premiers. Cela dit il me reste deux mois, un peu moins, je crois, ça devrait aller. Le problème c'est que j'ai accepté deux performances très longues (40 minutes), une en collaboration avec une musicienne, l'autre avec une vidéaste. Pour octobre et novembre. J'ai le concept dans les deux cas, mais pas une ligne de texte. Alors je flippe un peu.
La solution est simple : un automne autarcique, focalisé sur ces chantiers. A part une courte lecture d'un truc que je dois écrire pour la Nuit Blanche, je n'accepte plus rien. Je ne peux pas. Obligée de décliner toute autre proposition. Il y avait des projets chouettes, mais tant pis, j'ai pas le temps. Sinon je vais tout foirer, et je ne peux pas me le permettre. Que ceux qui sont venus à moi me pardonnent, ce n'est pas par désintérêt que dis non (voire que je ne réponds pas encore, mes mails s'accumulent en ce moment).
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#268
"Mais pourquoi tu prends des taxis, à Rome tout se fait à pied" qu'il a dit. Je précise, qu'on comprenne, qu'à Paris j'ai du mal à prendre le métro et très souvent, le bus. Ça s'appelle une phobie et ce n'est pas très pratique. Aujourd'hui je ne voulais strictement pas me promener. Juste acheter des clopes et de quoi tenir plusieurs jours au creux de mon bunker. Je suis à fond sur mon essai, et pas envie de socialiser, encore moins de flâner, non, vraiment pas le moment. J'étais assez chargée, pas comme une bête de somme, mais un petit peu quand même. Et puis je me suis dis : tiens, je vais couper par là, les ruelles c'est plus sympa, de toute façon c'est à gauche, vers la gauche, la Villa. J'ai tourné, puis tourné. Longtemps. Faut avoir du bon sens à défaut de celui de l'orientation. Le bons sens implique qu'au bout d'une heure et demi à errer dans les rues avec des sacs plastiques, on demande son chemin. Mais pas envie de parler, non, vraiment, impossible. Je suis passée six fois devant les mêmes monuments, les mêmes places, et les mêmes boutiques. J'ai fini par changer de quartier, traversé d'autres avenues, je me disais plutôt que de tourner en rond, avance, il va bien se passer un truc. Le truc qui s'est passé c'est qu'au bout de quatre heures j'ai pété une durite, retiré de l'argent et chopé un taxi. En rentrant j'ai dormi, puis me suis remise au travail.
J'ai trouvé le ton et le rythme de l'essai. Des chapitres courts, cinq à dix pages. J'ai beaucoup potassé, compris pas mal de choses, ai envie d'en parler. Mon positionnement propre, la collection aux PUF s'appele Travaux Pratiques, on ne me demande pas un cours ou un manuel, un objet universitaire, ni L'autofiction pour les nuls. Depuis que j'ai intégré ça, j'écris avec plaisir. Je dissèque, j'analyse, je digresse et raconte. C'est un exercice différent, qui évolue par strates. Néanmoins je manque un peu d'organisation. Mon plan est encore flou, mais je sais où je veux en venir, et comment. Le livre doit être rendu en octobre, je pense que je serai dans les temps, à présent je me rends compte que je peux avancer vite. C'est le travail préparatoire qui s'est un peu éternisé.
Bonne nouvelle aujourd'hui. Un devenir papier pour le diptyque commandé par France Culture. Le retour de Charlie Orphan et Au commencement était l'adverbe seront publiées à terme, c'est à dire après leur diffusion, aux Editions Joca Seria, sous le titre Deux aventures de Clotilde Mélisse. C'est François Alary qui fera les illustrations, comme pour Eden matin midi et soir.
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#267
Ai enfin visité aujourd'hui la Crypte des Capucins. C'est la chose la plus saisissante que j'ai vu de ma vie. Les catacombes c'est nada à côté. Certains visages sont momifiés, on est à un mètre d'eux, et l'œuvre d'art formée par tous ces ossements est extraordinaire. Oui, mes adjectifs sont pourris, mais c'est indescriptible, ce que j'ai ressenti. Un truc proche du Syndrome de Stendhal.
J'ai fini Les souffleuses de Béatrice Cussol. Grande inventivité dans la structure, les voix narratives. Difficile de trouver un extrait disons professionnellement représentatif. Alors j'en choisis un que j'aime, court, tissé. Il est en italique dans le livre, un des fils de ce tricot de corps est en italique, on le trouve, le perd, le retrouve, s'y pend.
"Pouces passés dans l'entrée de poches : les minuscules dévotes des aventures intellectuelles extrêmes qui engagent la vie de leurs actrices pullulent en fait. J'en ai rencontré et ça existe encore. Elles restent pour ici sujet absolu. Tout de suite après j'ai faim, ou veux baiser je, si tu veux une image tu peux toujours courir. D'ailleurs, je viens d'en terminer une à l'instant. C'est fait.
J'ai femmes et tout fait adhère à soi. Elles ne se penchent pas sur moi autrement que couchées, avec un bel usage de l'italique et leurs appareils de semblables à fortes doses. On peut pas enregistrer.
Sur l'amour.
C'est peut-être trop."
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#266
Nous sommes jeudi. Maintenant que j'ai pris mes marques, les journées passent vite. Lundi, jolie rencontre avec Elisa Albano, qui a traduit en italien Le Cri du Sablier. Nous nous sommes promenées seules dans les jardins vides de la Villa, le lundi elle est fermée au public. J'ai passé un peu de temps avec certains pensionnaires, dont le génial Emmanuel Giraud et sa compagne Delphine. Emmanuel est ici en Arts Culinaires. Son projet romain sera mené à terme en septembre : reproduire le festin du Satyricon. Il nous fait de temps à autre des dégustations de ses expériences, et est très doué.
Suis en train de lire le roman de Béatrice Cussol, qui est ici en tant que plasticienne, mais est parallèlement écrivain. Les souffleuses sortent à la rentrée. La construction comme le style me plaisent bien, et l'intrigue a tout pour me séduire. Je posterai un extrait sous peu, je préfère finir l'ouvrage d'abord pour choisir un passage représentatif.
J'ai enfin fini ma seconde fiction pour France Culture cette nuit. Un soulagement sans nom. Je crois bien que je rends mon diptyque avec deux mois de retard. Je ne sais pas quand les pièces seront enregistrées et diffusées, ni si les textes connaîtront une publication parallèle, mais je vais m'y employer.
En attendant, un lien vers la série top geek la plus drôle que j'ai jamais vue de ma vie : The Big Bang Theory. Les deux saisons sont regardables en ligne.
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#265
Au début j'ai cru que mes voisins étaient devenus fous. De l'opéra très fort, en plein milieu de soirée. Je me suis dit qu'à Paris ça braillait de la techno dans les appartements lors des vendredi soirs, et qu'à la Médicis il fallait bien que les trucs fassent plus couleur locale. J'ai commencé à me méfier quand les sopranos ont cessés pour laisser jouer du Vivaldi, puis un tas de morceaux qui servent généralement à remplir les compiles spéciales auto-radio et fournir les BO des pubs pour assurances. Ca venait de l'extérieur. J'ai sursauté à la première détonation, genre soudain j'ai trois ans et très peur que la bombe ne me tombe sur la gueule. Sur les collines de Rome, ce soir, feux d'artifice.
Quelques lueurs parviennent jusque dans le jardin, mais la musique meringuée relève de l'insupportable. Ce n'est pas pittoresque, c'est juste vraiment pénible. Je ne sortirai pas au milieu des touristes entongués hululant regarde oh la belle bleue. Je resterai cloîtrée, cette nuit, comme tous les jours. J'ai pris trop de retard à errer dans la ville, il est temps de passer aux choses vraiment sérieuses.
Lu dans la revue Sorcières, grimoire féministe des années 70, ce texte d'Adelaïde Blasquez, Pavane pour un Je défunt :
"Ecrire pour suicider Je. Mais qu'est-ce à dire? Mais concrètement? Et puis d'abord, qu'est-ce que c'est que ça, Je? Tâtonnons.
Je a un nom. Et Je ne veux pas le savoir. De nom, Je n'en veut pas. Se prétend innomable, ça ne facilite les choses pour personne. Par exemple, prononcer ou entendre ledit nom en public met Je au supplice".
J'ai écrit pour suicider mon Je. Celui qui avait un nom que je ne voulais pas savoir, dont la prononciation me mettait au supplice.
Ce soir, pour couvrir les bruits de la fête et me soutenir dans mon travail, j'écoute une grande, très grande dame.

#264
Hier, Béatrice Cussol a ouvert son atelier aux pensionnaires, pour montrer ses dernières oeuvres. Elle a énormément travaillé depuis qu'elle est à la Villa, de grandes peintures. D'ailleurs ici l'ambiance est assez studieuse, ça produit sec. Son atelier est celui d'Ingres, il reste même son chevalet. C'est ça qui est bizarre ici, le poids des surmoi dans chaque pièce. Le piano de Debussy, le pavillon d'Hervé Guibert. On circule au milieu des fantômes.
Pour rentrer dans mon appartement qui est dans la Villa elle-même, j'ai traversé les jardins, fait un crochet par le Bosco. Là, il y a des lucioles. Enfin il y avait parce qu'à cause des nuées de moustiques ça a été la ruée aux insecticides. Il y a une légende locale, qui m'a donné ma piste, mon sujet pour le dossier que je présenterai dans quelques mois. Les lucioles sont appellées le voile de Messaline. On dit que c'est son spectre qui hante le Bosco. Elle a été assasinée là, en 48. Je vais effectuer des recherches sur elle. De Messaline je ne connais que les grandes lignes biographiques et le roman d'Alfred Jarry. Ca m'intéresse de creuser davantage.
Demain j'irai à la crypte des Capucins. D'ici là je vais tenter de finir ma fiction radiophonique.

#263
Ça fait une semaine que j'y suis. Je loge dans la Villa elle-même, je sors un peu mais pas tellement. J'étais assez perdue la première semaine, le temps que les repères se mettent en place et que je rencontre les pensionnaires. Il fait extrêmement chaud à Rome, l'après-midi c'est impossible de travailler. Je ne trouvais pas mon rythme, j'ai bien bossé le premier soir et puis ensuite plus rien, une sorte de vide interne sidérant. J'ai cru que j'avais perdu toute capacité à penser et même à écrire, j'errais dans les jardins le soir en me plaignant aux perruches, un truc bien clichetonneux dans la série l'angoisse de la page blanche. Il parait que c'est normal ici. C'est tellement beau que c'est écrasant.
J'ai dormi, énormément. Et puis c'est revenu depuis hier soir. La fameuse seconde fiction pour France Culture, c'est parti, ça avance. Presque un tiers. J'ai bien travaillé cette nuit, je voudrais bien me coucher mais j'ai un problème de lézard. Il est à l'étage, sur le mur de la mezzanine, juste en face de mon lit. Il est blanc, ce que je trouve hautement suspect, si ça se trouve c'est pas un lézard mais une espèce italienne épouvantablement venimeuse. Je suis très ennuyée. Le mur est vraiment haut, je ne peux pas le déloger. Et quand bien même, je flippe bien trop pour lui faire la chasse. J'ai hésité à appeler Igor, mais il est trois heures du matin, et il ne désintégrera pas ce foutu squamate par télépathie.
Sinon, j'écoute les compositions d'un des pensionnaires, Saed Haddad. Je serai malheureusement partie quand ses pièces seront jouées à la Villa. Il me reste trois semaines. Je suis sur une nouvelle piste, un autre projet à présenter l'an prochain. D'ici là, de toute façon, il se passera plein de trucs, alors je ne bloque pas.
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#262
Suis revenue de La Baule il y a une semaine. Par Calliope et Erato, quelle excellente cession d'Ecrivains en bord de mer. Ai pu passer du temps avec Nina et Lydie, ai rencontré Laurent Nunez. Pu discuter avec Philippe Forest de mon essai sur l'autofiction, aussi. Pris beaucoup de notes sur place. Ai écouté en boucle le tube de l'été. Me suis reposée.
Alors qu'est-ce que j'ai foutu à être en off depuis une semaine? La réponse tient en un titre Au commencement était l'adverbe, la seconde fiction que je dois écrire pour France Culture et que j'aurais dû rendre il y a quinze jours. J'ai tout recommencé trois ou quatre fois, je ne trouvais pas le ton, l'angle. Maintenant c'est bon. Quelque chose de drôle et de kafkaïen, enfin je vais essayer.
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#261
La vie a, durant quelques jours, pris la main sur l'écriture. Je suis perdue. Un retard accumulé a régler en une journée, impossible. Sacrifice de certains chantiers, laisser en friche des pans entiers, après demain partir. C'est le risque du rythme trop au taquet, flux tendu. Quelques jours de vie pure et c'est la catastrophe.
Mercredi, je pars à La Baule, pour mon festival favori. Demain, journée dans la famille d'Igor. Reste douze heures au mieux pour m'acquitter de tout le reste. Administratif, plan de texte, texte. Tous différents. Panique.
Je sais que tout rentrera dans l'ordre en août : je pars un mois à la Villa Médicis, dans un petit appartement. Là, je serai seule. Pas question d'arpenter Rome, mais de prendre des notes liées à la Villa elle-même, pour un projet précis. Travailler douze heures par jour, à l'essai majoritairement, c'est ça le but.
Cette année, un peu de mer, beaucoup de ville, énormément de travail, je suis soulagée. Suis tombée, via Le Maître, sur ces pages de Queneau, tirées de Saint Glinglin.
" Autour de moi s'entend la cambrousse dans toute son horreur, le long drap d'ennui et de chlorophylle dans lequel s'enroulent jour et nuit les Ruraux. Comment m'y suis-je encore laisser prendre... ces tapis pouilleux des herbages, ces paillassons de graminées comestibles, les touffes ignoblement poilues des boqueteaux, l'érection grenue des grands arbres... Ah, le silence des champs... les cris informes des bêtes parasites, vaches agrippées au sainfoin comme des morpions dans les poils pubiens, troupeaux d'animaux larvaires au point qu'on dirait des racines sorties de terre et broutant... le sol mol et malfaisant du balancement des branches, ce bruissement passif et bêlant, cette inclinaison constante dans le sens du vent que c'en est à vomir... la parole hurlée des travailleurs, le patois des Ruraux... Je déteste cette marge de verdure qui se répand autour de notre Ville, l'albumine flasque dont le jaune doit se nourrir. C'est chez nous, derrière les pierres de nos constructions ou sur celles de nos rues, que l'on peut percevoir la vie; et c'est là qu'elle rayonne vers l'obscurité des campagnes.
Comment m'y suis-je encore laisser prendre?... Me voici de nouveau condamné à l'unique spectacle du règne végétal étalé dans son outrecuidante candeur et au contact toujours abrupt de bipèdes et de quadrupèdes enfermés dans les limites de leur digestion. Quel ennui! Partout jubilent des végétations, partout naissent des plantes, le morose et sempiternel renouvellement des fils et des filles de la graine.
Comment m'y suis-je encore laissé prendre? Je me retrouve circonscrit par un horizon où s'échevèlent des arbres et par les haies des propriétaires fonciers. Dans le cercle carrelé par le cadastre et les héritages, je n'aperçois que l'épaisse empreinte des saisons, la morsure avide d'un travail intéressé, la lente préparation des digestions futures, le solannel emmerdement de la ruralité. Que ne suis-je semblable au soleil dont l'ample intelligence laisse, sans les salir, trainer ses rayons sur ces lichens et sur ces mousses?
Et lorsqu'il (le soleil) a pris son virage quotidien semant derrière lui la nuit, je me languis et me morfons après les valeurs de la Ville. Dans le ciel luisent les planètes et les étoiles éperdues de géométrie, mais du sol arable se dégagent des masses globulaires et obscures, des poches d'encre qui montent vers les cîmes. La nature entière s'abîme dans un affreux marasme. Tout sombre dans l'abrutissement. Le petit grain de lumière qui fait vivre les plantes fait retour à sa source et il ne reste plus à la surface de la terre que la vertigineuse bêtise d'ombres informes. Comment ne pas avoir peur devant cette absence de raison dénuée de toute folie? Comment ne pas être terrorisé devant ce végétal alourdissement de l'être vers une fin sans souvenir et sans spectres, sans mort et sans fantômes? Plongé dans cette noirceur imbécile, l'homme effondré ne sent même plus d'écho à sa peur."

#260
Je suis rentrée de Clisson. Une semaine avant ma venue, il s'y passait des choses, et pas des moindres. Je suis allée lire Eden matin midi et soir à La Très Petite Librairie. J'avais accepté pour faire plaisir à Brigitte et Bernard Martin, les éditeurs du livre. Pour les voir un peu, aussi. Je pensais qu'il y aurait sept personnes en comptant la libraire et nous. C'était mal connaître le pôle militant que représente La Très Petite Librairie. Une quarantaine de personnes, profil engagé. Quant aux rayonnages de la librairie, on dirait ma bibliothèque perso. Bref, un super moment. J'ai lu presque tout le texte, j'ai juste sauté trois pages vers le milieu. Je le lirai intégralement lors du festival Ecrivains en bord de mer, dans trois semaines.
Les jours passent trop vite. Les nuits aussi. Je suis en retard sur tout, absolument tous mes chantiers. Je rêve de disparaître un mois avec pour seule compagnie mon ordinateur, histoire de travailler à un rythme non imposé. Ca arrivera en août, je dois être patiente. J'ai vraiment hâte d'être en août, parce que je vais à Rome, seule, pour écrire. J'ai des trucs précis à y faire, des notes à prendre, un projet à esquisser. Finir l'essai, aussi. Je crois que je n'en peux plus d'avoir autant de textes à mener de front, ça va passer, mais là je fatigue.
Bouclage définitif de TINA ce week-end. Aujourd'hui je dois poursuivre ma conversation maileuse avec Massera. "Qu'est-ce qui fait forme?" me demande-t-il. J'ai envie de répondre : tout. Mais je ne suis pas certaine qu'il soit très satisfait. Pourtant, c'est ce que je pense. Il va falloir argumenter, et mon cerveau est désertique aujourd'hui. En fait, je mens. Il n'est pas vraiment désertique, il est plutôt parasité. Parce que ce soir, c'est le grand soir. Olympia, Indochine. Est-ce qu'ils vont jouer Les aubes sont mortes, c'est une question qui tourne en vrille. Ca me ferait tellement plaisir de voir Nicola la chanter. Bien sûr, déjà sa voix sur le disque, mes mots dans sa bouche, pour une fan c'est une sorte d'aboutissement ultime. Mais sur scène, en concert, ça doit constituer en soi une putain d'expérience. Ceci dit, le concert est à 20h40, là il est à peine 14h, faut bosser.

#259
J'ai enfin fini mon texte sur La Nouvelle Héloïse pour le Nouvel Obs. Une dizaine d'auteurs ont une sorte de tribune de 6 500 signes cet été pour y parler du livre qu'ils détestent. Pour ma part, je hais Rousseau littérateur, de sa démarche à son style. Alors je me suis bien lâchée.
Je pars dans une heure pour la jolie ville de Clisson, où je vais lire Eden matin midi et soir à la Très Petite Librairie. Ca sera intime et sympathique, je retrouve là bas l'équipe de Joca Seria, l'éditeur du livre.
Je suis un peu en retard, je n'ai pas fait mon sac, je filoche.
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