#138

Je ne passe plus tellement ici parce que je travaille beaucoup hors ligne. J'ai du mal à communiquer sur le site quand je suis le nez dans un manuscrit. Le livre des morts avance bien, j'en suis à la page 60. Je n'arrive pas encore à savoir si je suis sur le premier tiers ou la première moitié, ça dépendra de ce que je n'arrive pas encore à résoudre. Je n'ai pas envie d'en parler, pas parce que ça déflorerait le livre, ça je m'en fous un peu, mais parce que c'est très flou. Je n'arrive justement pas à formuler le problème en ce moment.

Je pars en Roumanie demain, pour cinq jours. J'habite dans la télévision a été traduit, je vais rencontrer mes éditeurs et faire trois petites interventions. J'avais la trouille jusqu'à tout à l'heure, malade comme un chacal, mais maintenant je crois que ça va. Le livre a été super bien accueilli là-bas, ça devrait donc bien se passer. Et puis j'ai hâte de voir le fameux musée d'art contemporain qui a été construit dans une aile du palais de Ceausecu.

Sinon, grosse claque cette semaine avec Pater Laïus de Ian Soliane, auteur dont se souviennent sûrement les lecteurs assidus de littérature contemporaine. Le début du texte étant en ligne sur le site des éditions è®e, je recopie un autre extrait :

"Après chaque assassinat, tu écraseras ta bouche contre celle du cadavre. Il te sera possible de visualiser la carte précise d'une Histoire que tu n'auras jamais vécue et qui déferlera. Ta méthode sera celle de l'accumulation. Il sera presque trop simple de penser que l'arche de Noé n'était pas un véhicule. L'avancée majeure sera toujours interprétable en termes de survivance. Tu en dresseras consciencieusement la liste officielle depuis dix mille siècles. Tu escaladeras l'escabeau et inscriras au plafond, pour commencer, javelot, suivi de roue, code d'Hammourabi, béton armé, cloche de plongée, papier hygiénique, antibiotique et carte à puce. Tu ne pourras te retenir de hausser les sourcils.

La chronologie de ta mémoire sera différente de celle des dépêches AFP. La foudre pouvant très bien frapper le sol près de ton pied gauche, et ceci à plusieurs reprises, ta mère te recommandera de te traiter avec délicatesse.

Marilyn et toi coucherez dans le même lit. Tous les soirs, sous la couette, tu te mettras aussitôt à lui enfoncer un doigt dans l'anus, l'index gauche, en mordant dans son cou. Tu accompliras ce rite religieusement.

Ne crache pas sur quelques matches de foot. Après un échange verbal pour savoir qui regardera quoi, dîne avec ta compagne sans répartition précise. Les acteurs que tu idôlatreras seront pour la plupart exclusivement brun et morts.

Ton histoire intéressera de plus en plus de cons, et notamment les tout-petits, qui voudront apprendre à reconnaître les organes du corps humain. Chaque version publiée comptera au moins trente lignes. Dans celle de France Soir, tu enroberas de chapelure tout gland arraché. Dans celle d'un édito politique, ça sera l'oeil gauche, toujours le gauche (ceci permettant d'avoir une orbite vide, qui est ensuite utilisée, dans un deuxième temps, pour y verser du sel). Dans les deux cas, tu seras lesbienne.

Un taoïste chinois terminera ses trois heures de sport au pavillon bleu. Malgré le froid, il sortira pour fumer, seul, dans la cour grillagée. Toi qui est une grande perverse, tu tomberas en larmes dans ses bras et lui parleras de ton père qui adorait coller des baffes. Cette cicatrice en S à l'oeil droit : une histoire de minijupe et reins cambrés sur la voie publique. Zigouille le Chinois, en visant la jugulaire avec ton stylo Mont Blanc. "

Pour ceux que ça intéresse, ça coûte 9 euros, et en le commandant par le site il est chez vous sous trois jours.

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#137

Mise en ligne de deux mp3. Une petite chanson liée au manuscrit en cours, faite avant-hier (Mlle B.), et un morceau réalisé le mois dernier pour divertir mes amis du QG éponyme (Koozilbar).

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#136

Ca fonctionne presque comme une psychanalyse, c'est pour ça qu'il me fait si mal, ce roman. Je dois me confronter aux secrets de famille, aux questions qui toujours resteront en suspens. Mais je dois y aller, j'ai dit début janvier seul chantier principal. Je redoute le moment où je ne ferai que ça, écrire Le livre des morts. Quelque chose me prévient que ça ne va pas être gai. Je ne sais pas si cette fois je vais pouvoir m'amuser. Ceci dit cette année, entre Chanson de geste & Opinions, La dernière fille avant la guerre et surtout La nuit je suis Buffy Summers, j'ai bien donné dans l'amusement. Peut-être que c'est fini, les blagues, tout du moins temporairement. Sur cet objet je ne rigole pas, d'ailleurs il faudrait que je trouve des pistes pour l'alléger. Parti comme c'est on va le mettre sous blister avec une corde, ce livre.

Je cherche des solutions pour contrer la phase dépressive, l'actuelle et celle à venir, plus lourde puisque reliée au manuscrit. Des projets de chansons et de petites pièces sonores. Avec Sylvain Courtoux, avec Félix Jousserand, avec les Pénélopes. J'ai fini un texte pour Sylvain, je bidouille une bande pour Félix, dimanche je vais chez Axel et Vincent. Axel et Vincent, c'est les Pénélopes. On doit reprendre un morceau d'Elli et Jacno pour une compilation sur les jeunes gens modernes. C'est lié à une expo organisée par Agnès b., il y aura des photos, des vidéos de l'époque, un double cd qui reprend les groupes phares et trois ou quatre covers. On ne sait toujours pas ce qu'on va faire exactement. La seule chose qui est sûre, c'est qu'on a prévu de longues heures de studio vu comment je chante faux.

Je dois écrire un texte pour le catalogue qui ira avec l'expo. Beaucoup de personnes qui ont vécu la jeunegensmodernerie y participent. Je n'étais pas très à l'aise avec l'idée de faire un texte là-dessus, même si c'est ce que j'écoute, à cause de NovöVision d'Yves Adrien. Passer après, en ayant pas été sur place, c'est compliqué. Faire un texte d'autofiction sur ma découverte des jeunes gens modernes, sur l'écho de ce courant après des décennies, bof. Du coup j'ai choisi une photo de Pierre et Gilles, Meurtre, qui date de 1979, l'année où tout s'est mis en place. C'est à partir de cette photo, unique dans l'œuvre de Pierre et Gilles parce qu'avec incrustation, que je vais travailler. Je ne sais pas encore comment, mais j'ai encore une bonne semaine, je pense que je devrais m'en tirer.

A part ça, parmi le quintal de cadeaux de Noël que m'a fait Igor, j'ai eu cette divine chose, que j'écoute en boucle. Sur le coup j'ai eu un peu peur de regarder le dvd, parce que la semaine dernière j'ai maté une cassette vidéo d'un concert de Sisters of Mercy qui date de 1985, et c'était assez effrayant. Mais en fait là ça va. C'est soit joli, soit drôle. Surtout le clip de Lucretia. J'avais complètement oublié combien c'est kitch, en fait, le goth. Pourtant ça doit être aussi pour ça que j'aime autant.


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#135

Stand by sur Mobile Art. Retour au Livre des morts. Dépasser l'appréhension qui dure depuis des jours, laisser un chantier principal en suspens trop longtemps ça fout toujours la trouille quand on le reprend en main. Comme si tout ce qu'on avait à mettre dedans risquait de s'être étiolé ou d'avoir disparu. J'ai avancé cette nuit, un petit pas de fourmi. Je ne sais pas encore par quel bout le travailler, l'apnée semble nécessaire, je vais tout mettre en place pour qu'elle ait lieu très vite.

Initialement, je voulais consacrer mon insomnie à Expérience 112, mais la dame coincée dans la pièce faisait rien qu'à m'engueuler, ça m'a stressé à mort, j'ai préféré écrire.

La liste des auteurs non publiés qui liront chez Mycroft le mois prochain est presque bouclée. Dans l'idéal il m'en manque un. J'ai plus qu'à choisir une date avec Etienne, c'est une affaire presque classée. J'ai mon idée pour février, j'attends les retours, j'espère qu'on me dira oui. C'est une revue.

A part ça se serait bien que je perde cinq kilos. Ou dix. Mais ça, j'y arriverai jamais. Résolution pour 2008 : cesser de manger comme une truie. Et puis accessoirement, arrêter d'être gentille dans le cadre du travail, je suis un peu lassée qu'on me crapahute dessus.

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#134

Cela fait quelques temps que je reçois des mails concernant ma page wikipedia. Il semblerait que Franck Laroze y fout le bordel dans le seul but d'avoir son nom dedans. Les gens s'engueulent depuis des lustres, perso, ça ne me diverti pas. Ca met juste en exergue le fait qu'il suffit d'investir beaucoup de temps pour pouvoir gagner la guerre du révisionnisme internetteux.

On me demande des références prouvant qu'il dit n'importe quoi. N'importe quoi c'est qu'il a co-fondé EvidenZ, une revue que MBK avait monté il y a neuf ans, et qui n'a eu que deux numéros. Faut vraiment avoir que ça à foutre, et surtout pas grand-chose dans le cv pour y mettre autant d'endurance. Je pensais que cette page et celle-ci suffiraient pour que les choses soient claires, mais visiblement non.

Cette revue était liée à une expérience communautaire, et à l'ouvrage de Mehdi Belhaj Kacem, Esthétique du Chaos. Nous étions un groupe d'amis, concrètement sur le numéro 1, c'est surtout Medhi qui a bossé, récupéré les textes, choisi les iconos. Adrien Smith a trouvé le titre. Quand on lance une revue, on reçoit beaucoup de textes. Laroze nous en a envoyé pour le numéro 2. Medhi n'en voulait pas, il trouvait son boulot complètement suranné. C'est moi qui ait insisté, je voulais du lyrique quelque part dans la revue, je trouvais ça important, mes goûts ont évolués, fort heureusement. Franck Laroze étant doué pour la constitution de dossiers et les emmerdements de paperasse, on a fini par lui déléguer une sorte de place d'administrateur par la suite.

J'ai quitté la revue après le numéro deux. J'étais en instance de divorce avec MBK, la bande pétait des câbles, je ne m'entendais plus avec le noyau dur (Adrien Smith, Ferdinand Gouzon, Sébastien Jamain). J'ai appris par la suite que lorsque le groupe à explosé, que Medhi a souhaité arrêter la revue, Frank Laroze étant devenu important quant à son statut dans l'association qui avait dû être créée parallèlement pour régir l'administratif, il a décidé de garder le nom, et de faire des performances sous l'appellation EvidenZ, tout seul ou avec ses amis. Avec les garçons, même si on était fâchés, on a quand même eu la même sensation : celle d'être d'avoir vécu une putain de récupération, de s'être fait bien enfler. Pour nous tous, c'était notre histoire à nous, EvidenZ. Une histoire qui finissait mal, mais une histoire à nous quand même. Désormais c'était un label, qui produisait des perfs bien pourries. Déjà qu'on avait un peu honte d'avoir autant fait les marioles en étant finalement capables de tenir que deux numéros, savoir qu'on ne maîtrisait pas notre propre fin était on ne peu plus contrariant.

Un jour, une étudiante qui travaillait sur mes bouquins m'a demandé en quoi consistaient les nouvelles textualités. C'est un concept de Frank Laroze, qui n'existe que sur la page qu'il a créée sur Wikipedia. Ca ne veut rien dire, à part que dans les années 2000 des gens, dont Frank Laroze, ont publié des textes. Tout ça est assez ridicule, ça fait même très franchement pitié.

J'aimerai que les choses rentrent dans l'ordre rapidement, mais à part en donnant ces quelques explications ici, je ne vois pas quoi faire de plus. Laroze sous le nom de Kccc passe ses nuits à pourrir les pages Wikipedia de nombre de personnes, rajoutant son nom dès qu'il peut. Tout le monde est au courant, mais comme il change d'IP et soutient avec force que son pseudo et lui sont deux personnes distinctes, ça passe. C'est ça la magie des Néantisateurs.

J'ai appris que récemment, la page de Sylvain Courtoux, un poète qui travaille beaucoup, a été supprimée, sous prétexte qu'il n'était pas assez important pour être référencé. Du coup, il n'a plus que son Myspace. Pendant ce temps, la page Wikipedia de Laroze, dont objectivement le travail existe moins que celui de Courtoux, et surtout est incroyablement anecdotique et disons-le, il est temps, extrêmement mauvais, perdure, grosse comme un site perso.

Espérons que 2008 sera l'année du ménage, j'en ai un peu ras le cul de ces histoires aberrantes.

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#133

Si je poste si peu, c'est à cause du projet sur lequel je travaille depuis deux mois. Le secret peut être levé. Il s'agit de Mobile Art. C'est une exposition itinérante dont le curateur est Fabrice Bousteau. Dans la structure linkée, réalisée par l'architecte Zaha Hadid, il y a plus de vingt pièces d'artistes contemporains. Gutta, Michael Lin, Loris Ceccini, Buren, Tabaimo, Léandro Erlich, Sylvie Fleury, Blue Noses, Araki, Pierre et Gilles, David Levinthal, Wim Delvoye, Fabrice Hyber, Lee Bul, Yang Fudong, Sophie Calle, Stephan Shore, Kami et Yoko Ono.

Le principe de l'expo est très particulier. Le visiteur aura un Ipod au creux des oreilles. Le parcours sera un Soundwalk. Je dois écrire le texte qui sera lu par Jeanne Moreau, un texte aux antipodes des pratiques muséales. Un texte de fiction, qui lie les pièces sans les expliquer. Un texte qui met l'accent de façon poétique sur le ressenti.

C'est extrèmement complexe à réaliser, nous sommes tout près du but, mais j'en suis à la huitième version. C'est une expérience de travail harrasante, déstabilisante, mais qui m'apprend beaucoup. Le fonctionnement n'a rien à voir avec le tricotage d'un texte publié. La façon de bosser non plus, et Fabrice Bousteau est très dur, rien à voir avec les gentils éditeurs toujours contents de ce que je rends. La version finale est toute proche, on a une séance de travail tout à l'heure, je redoute de devoir refaire une kyrielle de séquences, mais bon, on verra bien.

Le vernissage sera à Hong Kong, fin février, ça me fera voyager, je suis plutôt contente. Après un tas de villes, le Mobile Art se posera à Paris, sur le champ de Mars, dans deux ans.

J'ai mis de côté Le livre des morts jusqu'à la fin de ce travail. Je prendrai du temps pour faire ce livre. Beaucoup de temps. Faire une pause me fait beaucoup de bien. J'ai trop écrit l'année passée, je dois me laver de quelques tics, je commençais à m'écouter, la machine stylistique commençait à tourner à vide. J'ai besoin de me remplir jusqu'à en déborder.

Ce qui est bien avec le projet Mobile Art, c'est que ça m'a totalement déconnecté de la République Bananière des Lettres, en pleine période de carnaval. Je n'ai rien suivi des prix, ni des guerres intestines. Je ne vais pas m'y replonger. Je trouve ça confortable de ne plus y prèter attention. J'ai bien moins d'anecdotes, mais plus envie de vomir. Je ne lis plus la presse qui se dit spécialisée, je ne m'intéresse plus au commerce des livres, je prends beaucoup de recul, et je m'en porte mieux.

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#132

Le projet secret est extrêmement compliqué à réaliser, il me prendra tout mon temps jusqu'en janvier. Niveau taf, faut l'admettre, je morfle. J'intègre des données, des méthodologies, je dois me plier à des tas de contraintes, c'est pas tous les jours la fête du slip. En même temps à vivre, c'est top. A faire aussi, et pas qu'un peu. Mais putain que c'est pas facile. Bref, silence expliqué.

Le 13 décembre il y aura une lecture des auteurs de la collection Déplacements chez Mycroft. Le mois suivant, une sélection d'auteurs encore non publiés. Je n'ai pas le temps de lire tout ce qu'on m'envoie, ce n'est pas très poli, mais je ne peux pas faire autrement, en ce moment je ne réponds à personne.

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#131

En Suisse, c'était bien. Jolies rencontres, lectures qui se tenaient, librairies militantes, avec un fond hallucinant. La situation des librairies indé en Suisse est pire que celle en France, faut voir comment les mecs se battent, à côté, en dépit des fermetures permanentes, on est des enfants gâtés.

Reçu par mail des retours assez amusants sur le livre-jeu, parce que rien ne finit vraiment dans la joie, quelque soit la séquence de fermeture. Je ne m'en étais pas rendue compte, que c'était glauque à ce point-là. J'avance doucement sur Le livre des morts, je pense que ça ne va pas s'arranger. Plus ma propre vie est jolie, plus mes bouquins deviennent sordides, ça doit être le principe des vases communiquants. Je préfère dans ce sens-là.

Vendredi 2, donc celui qui vient, j'organise à la Galerie Mycroft une première soirée lectures, qui va devenir mensuelle. Il s'agira de faire découvrir des textes expérimentaux, qui n'ont pas pignon sur rue. La première fournée est autour de la rentrée littéraire. En ouverture, les deux libraires qui travaillent avec Colette Kerber aux Cahiers de Colette proposeront un petit montage textuel surprise. Ensuite liront Hugues Jallon, Claire Fercak, Tarik Noui et Emily King. Ce serait bien qu'il y ait un peu de monde, qu'ils ne lisent pas devant les murs. J'ai toujours trouvé que le spam était une technique aussi vulgaire que d'avoir un myspace, mais d'habitude il ne s'agit que de mes propres évènementiels, j'aimerais bien qu'ils ne soient pas victimes de mes principes de communication.

Le mois prochain, je ferais venir des auteurs issus de la collection Déplacements, dirigée par François Bon. La fois d'après, j'aimerais bien faire une session d'auteurs encore non publiés, c'est important de leur ouvrir des espaces, même s'ils sont minuscules.

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#130

Le CIPM est en danger. Si lire le communiqué qui suit vous gonfle, dites-vous juste qu'un des seuls lieux qui a pour but de soutenir la poésie en France risque de sauter, et signez directement ici. Sinon :

"Ce jeudi 25 octobre, 11 h 30, à l'Opéra de Marseille va être présenté le projet de candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013.

À l'heure où cette présentation va avoir lieu, et après les incertitudes qui ont pesé ou qui pèsent encore sur le comptoir Toussaint / Victorine et sur le théâtre de la Minoterie, des incertitudes pèsent aussi depuis quelque temps sur le cipM (centre international de poésie Marseille).

La convention d'occupation triennale entre le cipM - créé en 1990 à la demande de la Ville de Marseille - et cette dernière arrive légalement à terme le 6 mai 2008.

La DGAC (Direction Générale des Affaires Culturelles) ne souhaite pas renouveler cette convention, aux prétextes de sécurité et de circulations différenciées pour des publics non muséaux.

Cette situation n'est pas nouvelle puisqu'elle dure depuis plus de trois ans, mais finit par nous lasser et par nous empêcher de travailler sereinement.

Pour mémoire, la même demande, quitter la Vieille Charité, nous avait été faite il y a quelques années, nous avons alors prospecté plusieurs locaux, et proposé à la DGAC d'occuper sur la Canebière l'ancienne librairie Flammarion. Après visite et chiffrage, la DGAC nous demande de trouver avec ses autres partenaires environ 50 % du financement de l'ensemble des travaux d'aménagements.

Le cipM les trouve, la DGAC nous fait alors part de notre incompréhension, nous signifiant que les 50 % s'appliquent à l'ensemble de l'opération ! Nous ne nous décourageons pas et quelques mois plus tard (assez fiers, il faut le dire), nous annonçons que nous avons trouvé auprès de nos autres partenaires (État, Région, Département) 950 000 euro.

C'est alors que se fait un assourdissant silence : nous n'aurons jamais de réponse écrite à propos de ce projet de la part de la DGAC.

À l'heure de la candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013, hors l'injonction de la DGAC de nous faire quitter la Vieille Charité, nous ne savons pas quelles seraient les conditions, notamment financières, d'un relogement. Conditions que nous avons pourtant demandées à plusieurs reprises.

À l'heure de la candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013, hors l'injonction de la DGAC de nous faire quitter la Vieille Charité aux prétextes de sécurité et de circulations différenciées pour des publics non muséaux (mais comment donc différencier un public muséal d'un public non muséal ? Ne vont-ils pas, publics confondus, visiter un bâtiment, regarder une exposition, travailler dans une bibliothèque ou un centre de documentation, se restaurer dans un café, acheter des livres dans une librairie ?), nous ne savons pas quelles seraient les conditions de sécurité à respecter afin de pouvoir rester à moindres frais pour la Ville de Marseille sur ce lieu.

À l'heure de la candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013, nous nous demandons tout simplement si la DGAC a le désir de soutenir le cipM, de lui laisser la possibilité de continuer son travail entamé il y a bientôt dix-huit ans.

Travail, action, ténacité, rayonnement que nous avons su donner à ce lieu, cohérence et originalité de notre démarche, mais aussi compréhension, écoute et soutien de nos partenaires, des poètes et écrivains, qui nous ont valu une reconnaissance nationale et internationale.

À l'heure de la candidature de Marseille Provence, capitale européenne de la culture en 2013, nous ne voudrions pas commencer une nouvelle année en ne sachant pas dans quel lieu nous pourrons assurer notre programmation, dans quel lieu se trouveront les quelques 40 000 documents de notre bibliothèque unique en France, dans quel lieu nous pourrons accueillir nos résidents, dans quel lieu nous pourrons montrer nos expositions, dans quel lieu nous pourrons organiser nos lectures et performances, dans quel lieu nous pourrons tout simplement continuer à faire rayonner la poésie.

Pour nous exprimer votre soutien, signez cette pétition. "

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#129

Ai achevé le très beau livre de Michèle Dujardin, Abadôn, sorti dans la collection Déplacements dirigée par François Bon, en même temps que le dernier Jérôme Mauche (que je n'ai pas encore commencé, mais il a l'air trop bien, de toute façon, Mauche c'est trop bien en général).

C'est un texte ultra poétique, alors la meilleure façon d'en parler, c'est comme d'habitude un extrait :

"Et bleu est je et le brouillon la non-mesure, au sable premier aspiré retenu, et traces de glu ce faufil sur la mer, la nuit, entre les corps désembrassés la nuit cette couture, et la croix, le sel, la différence, alors qu'aux cuisses crque un silence de colle, et que, dans la rature dénouée l'espace même de la fuite s'évase, et s'ouvre bleu

et bleu est seul, et mauve, et sans écriture, aveugle et nu ruban filé inerte encore, traçoir des pauses, des vides, les absences de la mer ce pli même ce faux pas, les nuits du navire je brisé de coque brisé de mât, bleu, grince et vieux, rouille comme sang par saccades s'effondre, ce tombeau que le ressac descelle, au minuit losangé de la cuisse une figure du vertige, et l'autre, elle, avec la mer, aimer c'est traquer infiniment chercher me fouille, plus nue que bleu l'écorché le navire, la nuit, à la proue nos transis de nuits lisses et noires, et sans paupières à jamais couverts, et bleu est seul, de hasard, innombrable

la ligne d'horizon bleu-noir, et cette étroite baie d'où coule, immédiait, ma vive, le sang, de mes grandes feuilles à petits carreaux, de ma grande feuille à vif dans la résille des bleus, et la mer, glissée menu sous la courbature de la nuit, long de mes feuilles la nuit, fragment des bleus, du grand alambic des bleus ce plain-chant d'écriture, allège, ourle, défait, engendre le sursis dans la sueur et la morsure, du rond des seins à jamais nus, et l'appel même le nom, la dérive des cris ce grincement sur le cahier, au fer des spirales raclées, infiniment raclées à la mine bleu-noir

et parler bleu c'est l'impasse taillée à la racine du voyage, l'exil avant la course, l'épuisement, la corruption, la face morte du voyage, parler bleu en lui-même se dévide, enferme et répète la fugue, les ruines circulaires, bleu, l'intense le coeur du songe, comme saisir la nuit par les ailes"

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#128

Mise à jour du Wired. Donc ça, ça et ça. Je suis un peu déçue par la tournure que prend le blog qui m'avait tant fait rire, un petit glissement vers le copinage avec le docteur Olive, suivi d'une désertion hululée sur poneys de taille moyenne. Reste ça, mais c'est vraiment pas terrible. Dommage.

J'ai reçu des livres que je n'ai pas eu le temps de compulser, rapport à cette phase dépressive qui semble officiellement s'estomper. Ce soir lecture aux Cahiers de Colette, un extrait de Certainement pas, Verticales est invité rapport à Lire en fête. J'avoue que ça me gonfle, c'est à 21h. J'ai le bal jaune après, j'aurais voulu juste sortir, ça m'aurait fait du bien, là je vais être stressée. Mais bon. Je viens de consulter la liste des auteurs invités, a priori les canassons de l'écurie qui me tapent sur le système ne sont pas là, une lectrice que j'aime bien va passer, si on me libère tôt je n'agoniserai pas, faut pas exagérer. Et puis j'aime bien Colette, Nicolas et Thomas. C'est une librairie chouette, j'y suis tout le temps fourrée.

Le livre des morts avance au rythme de mes cauchemars, ça m'a pas mal plombée. Je vais le mettre de côté quelques jours, les semaines à venir seront consacrées à un truc dont je ne peux pas encore parler, lié à l'art contemporain.

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#127

Achevé le remix des Pénélopes. Plus de chantier sonore en cours, se concentrer sur l'écrit, à nouveau. Un peu trop de rendez-vous extérieurs, se recentrer serait bien venu. Profiter de la grève de demain pour un isolement bénéfique.

Fait la photo pour l"interview du Monde 2, aussi. Avec Baudouin, qui a une approche sociologique de son travail, et des résultats très probants. J'ai fait la guignole avec mon pieu, du coup. Parce que c'est une photo d'artiste et pas un portrait à la con.

C'est un peu compliqué, en ce moment. Tout allait trop bien, je le savais. Alors c'est Darklands dans ma tête mais sans le son des Mary Chain. Quoi que. Je fais des cauchemars épouvantables, et ça en dépit du Stilnox. Au réveil je file sur word, Le livre des morts avance doucement. Par saccades. C'est pas très agréable à vivre.

Eric Arlix n'est pas content, et je le comprends parfaitement. Sauf que pour moi, le livre est déjà super loin. Je ne réalise pas qu'il vient de sortir, je suis dans un ailleurs qui finalement me préserve. J'avoue que je m'en doutais, que les libraires suivent moins. Même sans l'excuse du titre, du concept, de tout ça. Parce que j'alterne souvent un éditeur indépendant avec une plus grosse marque. Et qu'à chaque fois, c'est la même chose au niveau de la mise en place. Même les librairies pointues en commandent moins quand c'est chez un petit éditeur. Trois exemplaires sans réassort, un grand classique.

J'ai des exemples avec des pontes, pour expliquer que c'est général. Prenez Marcel Moreau. Quand il en fait un chez Denoël c'est pas un problème pour le trouver, mais son sublime livre chez Cadex, là on peut s'accrocher. Alors qu'il venait d'avoir le Wepler, et que tous les libraires garrulaient combien ils adooraient Marcel Moreau et le soutenaient depuis toujours. Bah l'éditrice, elle s'est faite envoyer bouler de boutique en boutique, cet hiver-là, la pauvre.

D'expérience, ça ne m'agace pas, parce qu'ils font leur chemin quand même, mes livres. Sept ans après et chaque semaine j'ai des retours sur Les Mouflettes. Parce qu'ils sont prêtés, par des lecteurs ou des bibliothèques. Bon, et qu'on le trouve en Folio aussi, il est tout pourri cet exemple. Les juins ont tous la même peau, on m'en parle déjà beaucoup moins. D'autant qu'on ne le trouve plus nulle part.

Ce qui me chagrine le plus c'est la difficulté qu'ont les petits éditeurs a être concrètement accueillis en librairie. Jamais à la même enseigne que les gros. C'est pas du Nike ou du Puma, ce n'est pas du Coca-Cola, donc il faut limiter les stocks, les clients connaissent pas, le modèle plaira moins. Je ne pense pas que ce soit vrai. Je vais en Suisse la semaine prochaine, je vais comparer les fonctionnements.

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#126

Une mise à jour, comme il dirait. Samedi soir vu le concert de Casey, et quelque part j'ai eu la sensation de croiser une frangine, beaucoup plus jeune et très encapuchée. Lu des livres, croisé des gens. Et beaucoup aimé l'or noyé.

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#125

Il va prendre un peu de retard, mon Livre des morts. Pas grand chose, mais durant un mois il ne sera plus mon chantier principal, à cause d'un truc encore secret. Alors je mets son début ici, pas tout ce que j'ai, mais les premières pages dont je suis sûre. Pour conjurer les quatre semaines, même si je sais que je ne l'abandonnerai pas complètement durant cette période. J'attends aussi novembre, pour le Salon Funéraire. Il me manque beaucoup d'éléments, assister à une thanato, par exemple. La préparation d'un corps me semble une expérience plus intéressante qu'une simple visite à la morgue. J'ai juste peur d'être malade, parce que c'est quand même un peu dur, surtout au niveau de l'odeur. Enfin je pense.

Si je poste le début du bouquin, c'est aussi pour être tranquille. Certains vestiges familiaux tentent régulièrement de communiquer avec moi via le site, enfin la page contact du site, depuis des mois, et ça me perturbe. Comme ça la réponse sera claire, officielle et définitive.

"
J'écris pour que tu meures. Puisque tu es vivante, encore tellement vivante que c'en est indécent. Ce qu'il faut à présent c'est que tu lises ces lignes et qu'enfin tu en crèves, que ton cœur se fissure que le granit implose ; tes artères un brasier, le sang bout le sais-tu à combien de degrés, tes valves ravagées incendie poitrinaire. C'est à ça que j'aspire. A ton exposition. Carbonisée la chair abroge toute minauderie, la reine sera si nue qu'on scrutera en son sein. Alors sera révélée la nature de l'organe qui t'a maintenu en vie. Tu ne pourras plus feindre, tes entrailles en haillons se feront seul apparat.

Je n'ai même pas mal, tu sais. Même plus un tout petit peu. C'est trop tard, tu comprends. J'ai tant cicatrisée que la plaie n'est plus mienne. Etrangère, elle aussi. Parfaitement étrangère. Etrangère : qui est d'une autre nation ; « La Grèce me reproche une mère étrangère (Racine) ».

Je prêche pour le bûcher, non pour ta repentance. Je t'exige à présent violentée par les spasmes, des sanglots si acides qu'ils en dévorent sillons ta peau de capucine, ton âme braillant à vif. Etrangère : qui n'appartient pas ou est considérée comme n'appartenant pas à un groupe (familial, social). Voir : différente, intruse, isolée.

Syllabes avant rupture ; soupeser l'anévrisme. A toujours s'abroger de la justice des hommes qu'en sera-t-il de toi soumise à celle des mots. Ces mots que tu ne peux qu'haïr pour autant les renier, ces mots que tu ne redoutes pas, qui n'ont aucun pouvoir, pour toi seule la phrase nuit et conspire à te nuire. Tu ne sais rien de la glande camouflée sous la langue, tu ignores l'autopsie mais redoute le venin. Tu es lâche et inculte. Et si vieille, oui surtout, si vieille. Comme déjà morte.

Etrangère : qui n'est pas propre ou naturelle à quelqu'un.

J'ordonne un livre de vengeance. Mes doigts tremblent, le papier transpercé de secousses Némésis secrètera bientôt une encre de cécité. Un roman Necronomicon, une malédiction adressée à toi seule qui te fera souffrir au-delà du déjà dit. Etrangère : qui n'est pas connue de quelqu'un ; voir : inconnue.

Foudroyée feux follets tu passeras le seuil l'arme du bon côté, rognée par les remords ta conscience ne pourra plus jamais s'endormir. Au cristallin douze araignées. J'implore un châtiment qui soit à la mesure de ce qui fut commis. Etrangère : qui n'est pas familière ; voir : étrange.

Qu'à l'instant où l'ici s'infiltre en ton regard, ta vie te gifle crue, un anéantissement lent et méticuleux, particule après particule. Que ton crâne se remplisse des fruits blets du déni, qu'ils y macèrent cent nuits, que le jus soit filtré à travers chaque synapse et que jamais du vrai tu ne mithridatises. Que les rats soient nombreux en ton creux intérieur. Que chacun porte en lui la rage du désamour. Incapable d'empathie, que pour chaque pensée aigre ou rejet mis en acte une morsure te perfore. Une bouchée par méfait. Une vomissure par honte. Etrangère à : qui n'a pas part à quelque chose, qui se tient à l'écart de quelque chose, n'y a pas participé, ne s'en ait pas mêlé. Voir : ignorant, profane.

Toi qui aimais à mettre la tête dans un trou, que mille et une aiguilles te pourfendent les paupières, que la suffocation soit bourrue, implacable. Etrangère à : être incapable d'éprouver ce sentiment ; voir : insensible. Que durant l'agonie l'addition soit d'un sel poisseux et lacrymal, que tu implores en vain fantômes, dieux, survivants. Etrangère à : qui ne fait pas partie de, qui n'a aucun rapport avec ; voir : extérieure, indépendante. Que j'assiste glorieuse à tes suppliques bouclées, souriante face à tes cris, vorace en ta désolation. Corps étranger : toute chose qui se trouve de manière anormale, non naturelle dans l'organisme. Tu seras à genoux, les entrailles dans les paumes. Une masse tiède et visqueuse, palpitante.

Est-ce que ça vaut le coup, me demande Théophile, est-ce que ça vaut le coup et je ne réponds rien, je ne peux rien répondre. Au moment où le talion annonçait la mesure, le voilà qui s'avorte dans un dernier caillot. Est-ce que ça vaut la peine, me demande Théophile, est-ce que ça vaut la peine, elle a été si grande, la peine, pour vous, tellement profonde, à quoi bon consigner, me demande Théophile qui insiste un peu trop.

Je suis une fin septembre. Il n'y a pas de cyprès, ici juste des chênes dont les feuilles rouillent un peu. C'est la troisième semaine, je vais rentrer je crois. Attendre est inutile et puis l'angine me guette. Ma gorge semble s'endeuiller, le crêpe se fait chaton, des poils des poils puis une boulette, je crache. Théophile a l'œil rond.

Ce que je fais ici, c'est rester sur cette tombe, B5 touchée coulée. Assise. Parfois debout, devant ou à côté. Dedans il y a ma mère, et le grand-père dessus. Par-dessus. Qui n'est pas de même nature que le corps auquel il est mélangé. Je pense au bois, souvent. Au bois du vieux cercueil, juin 1983, il doit s'être fendu sous le poids de l'obèse, de l'obèse alcoolique, mars 1992.

Ebauche de pluie. Simulation d'humus. Quand l'eau est cordelée, les trous en débordent-ils. Papi maman gorgés. De la boue mètres cube. Ce qu'il se passe dedans relève de l'obsession. Est-ce que c'est important m'interroge Théophile, et je réponds que oui, que c'est même capital. Théophile me promet : nous irons à la morgue. Mais m'interdit tout songe tressé d'inhumation. On ne vérifie pas à quoi ressemblent les morts une fois qu'ils sont rangés. On ne vérifie pas l'apparition de la tâche verte abdominale au niveau des fosses iliaque, son extension qui finit par gagner progressivement toute la partie inférieure de l'abdomen. On ne vérifie pas la modification de la flore intestinale, la prolifération des mycètes, les altérations progressives du substrat. On ne vérifie pas si sous terre au bout de deux semaines apparaissent des mouches bleues. On ne vérifie pas, on ne vérifie rien. On doit tout oublier. Les larves et puis les vers, on ne les a pas vus donc ils n'existent pas. La cirrhose de papi qui putréfie rigoles sur les os de maman, ça doit rester secret. La recette des meilleures soupes ne circule qu'en famille.

Je suis une fin de règne. Il reste une troisième place. La concession est ainsi faite, urgence et tiercé imposés. Je voulais la rejoindre, j'explique à Théophile, je voulais être contre, déjouer l'ordre établi. Perpétuer l'inversion, être fille de et seconde. Sûrement pour la toucher. Encore et malgré tout. Un dernier rapprochement, ultime et terminal, est-ce que vous comprenez, je crie à Théophile, est-ce que vous comprenez même si c'est ridicule. Mon grand-père sur maman c'est tellement dégoûtant, de l'inceste imposé en terreau post-mortem.

Il est mort un 13 mars. J'ai pleuré de dépit. La semaine précédente je m'étais encore ratée, mais là c'était trop tard, l'immonde entre nous deux. Je voulais m'effondrer dans les bras de ma mère ulna radius thorax, résidus végétaux vasculaires. A l'enterrement je me souviens d'une pulsion extrêmement vivace avant que le cercueil ne rejoigne la tranchée. Dans ma poche un couteau, mais je n'ai pas osé. Me donner en spectacle me posait un problème, je redoutais aussi leur interventionnisme. Sein gauche marqué d'une croix j'abandonnais encore une option destinée de crainte de terminer mes jours dans un asile.

Il reste une troisième place et ce n'est pas la mienne, les arbres savent trop s'abattre aux généalogies. Quand la hache reviendra elle m'ignorera encore. Son manche me chuchotera : la forêt est hantée. Soudoyer le passeur est l'unique solution. Je dois en finir avec ça, je dois en finir avec elle, je dois en finir avec toi. Je vis dans l'ombre d'un deuil qui refermerait Pandore.
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#124

Les choses se passent plutôt très bien. Ai achevé Peanuts with attitude, texte destiné à Spezialität, catalogue monographique de François Curlet. Ai reçu beaucoup de manuscrits par mail ces derniers jours, aussi. Je demande aux concernés de patienter un peu pour les retours.

J'avance sur Le livre des morts, doucement, sept premières pages. Toujours un doute sur la structure. Je voudrais quelque chose de fluide, mais avec beaucoup d'imbriqué. J'aviserai quand viendra la première narration externe au fil rouge.

Je voulais ne gérer que deux chantiers, au moins jusqu'à avril. Le roman, et le disque expérimental avec les Penelopes. On travaille sur le terrorisme, sur la notion et les figures du terrorisme. Je pensais qu'avec un truc papier autofictif et un travail sonore plus politique, je n'aurais pas le temps de m'ennuyer. C'était un peu couillon d'imaginer un truc pareil.

Je ne suis pas assez lancée, ni dans l'un ni dans l'autre, pour y passer plus de quatre heures consécutives. En général c'est par tranches de deux heures. Il y a la phase de recherche, l'écriture en elle-même n'est pas majoritaire. J'avance, mais me lasse vite. Parce que ça sature également. Ca doit macérer davantage, le livre comme le texte pour le disque. Alors j'ai ouvert deux autres ateliers.

J'ai commencé le remix de Damien. J'ai trouvé un contre-chant de Diedre Dubois noyé dans les leads, qui a une mélodie autonome assez sublime, on dirait du Dead can dance. Une amie musicienne doit me jouer au piano les accords du morceau normal, je vais retravailler l'enregistrement de façon fantômatique et un petit peu flippante. Je vais insérer ma voix en chuchoté par dessus, une traduction très libre des paroles. Je dois finir le texte, et récupérer mes effets, mon logiciel de son remarche mais il n'est pas encore mis à jour.

Comme les trois ça occupe mais finalement sur le temps d'éveil pas tant que ça, surtout en zappant rythmiquement, hier surgit la solution. J'ai un projet pour l'automne prochain, un travail théâtral, avec Anne Steffens et Hauke Lanz. Je ne comptais m'y mettre que dans un tas de mois, surtout que l'idée c'est vraiment de bosser en work in progress. J'ai téléphoné hier à Marie-Thérèse Allier pour lui demander conseil, savoir comment et où on pouvait développer la pièce, surtout pour les répétitions. Elle m'a proposé qu'on le fasse chez elle, à la Ménagerie de Verre. Je suis super contente et ultra motivée. Du coup je me donne un mois pour les premiers feuillets et la base de travail, le propos, la ligne directrice.

D'après mes calculs, quand le remix sera fini, le projet d'Eden matin midi et soir mis en place, je serai prête à faire du non-stop sur le livre et le disque. C'est deux écritures différentes, une très autofictive, l'autre plus extérieure et bien plus fragmentaire.

Tout ça pour expliquer qu'en dépit de mes tentatives de socialisation je risque de disparaître à nouveau dans mon ordinateur. Parce que c'est bien gentil de passer des heures au café, mais c'est quand même moins rigolo que travailler. Putain, comment ça craint d'être workoholic.

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