#147

J'ai commencé ma pièce, Eden matin midi et soir. Ca ne sera joué qu'en mars 2009, mais on entre en répétitions-labo dès septembre, à la Ménagerie de verre. Je dois avancer sinon je vais être débordée. Une pause dans Le livre des morts, le temps de huit pages, de l'ébauche de la structure, aussi.

Je fais un copier/coller ici du début. Un peu parce que j'ai honte qu'il ne se passe rien sur le site. Je travaille beaucoup, mais ça ne se voit pas, ici. Je n'ai pas le temps de divaguer, et en plus je vais bien. Alors bon, je meuble. En précisant que c'est Anne Steffens qui tiendra le plateau pendant 50 minutes.

"Moi, j'ai voté la mort. On ne me demande jamais rien, pour une fois que j'ai le droit autant que j'en profite. J'ai répondu la mort et ça leur a suffit, je n'ai pas eu à argumenter, ça a duré deux secondes, une par syllabe, j'avais à peine fini qu'une autre était interrogée. Elle, elle a dit la vie. La conne. J'ai eu peur que l'on perde, c'était la quatrième à s'accrocher comme ça, heureusement que les suivantes étaient de mon côté. Ce n'est pas leur habitude, on n'est jamais d'accord et ça depuis le début. Je crois que ça m'a fait plaisir de voir qu'en fait je n'étais pas seule. Même si on pense différemment, on avait le même objectif, et ça, c'était nouveau. Parfaitement inédit, vraiment très agréable. L'impression d'appartenir à un groupe, un vrai groupe, soudé face à une décision.

Alors voilà. Moi, j'ai voté la mort, la suppression d'Adèle et qu'on n'en parle plus. Qu'on n'en parle plus du tout et qu'on ne parle plus tout court. Je n'en peux plus de parler, d'autant que personne ne m'écoute. Je ne suis même pas sûre qu'on m'entende, d'ailleurs. Ni ici, ni à l'extérieur. C'est même certain : on ne m'entend pas. Pourquoi je parle c'est une question, une question à laquelle j'aimerais qu'on me réponde, un jour si possible ce matin. Mais pour qu'on me réponde il faudrait qu'on m'entende. Du coup, c'est un peu compliqué.

On nous a demandé notre avis, j'ai répondu la mort comme beaucoup d'entre-nous, le verdict est tombé mais ça n'a rien changé. Adèle respire toujours. Je ne comprends pas pourquoi. J'ai beau recompter les voix, il n'y a aucune erreur, nous sommes majoritaires. Ce n'est pas du tout logique, et en plus c'est injuste. Je crois que je suis en colère. Au point d'avoir envie d'hurler, même si je sais que ça ne sert à rien. Au mieux je déclencherai une migraine.

Je n'ai pas accès au son, ni à aucun canal quand bien même intérieur. C'est pour ça que j'étais surprise qu'on me consulte, le soir du procès officiel. Parce que ma quarantaine dure depuis tellement de mois que ça fait des années. Je suis très mal placée, reléguée aux tréfonds. Je suis au loin, au très loin de ce qu'il se passe. C'est à peine si j'en suis tenue informée. De temps en temps on vérifie que je suis toujours bien muselée, que mes liens restent serrés, que les nœuds ne cèderont pas. On m'a neutralisée depuis ma dernière sortie. Elle n'était pas au goût de tout le monde, pourtant j'ai fait ce que je devais, j'étais pleinement consciente, je suis pleinement consciente, c'est ça qui les dérange et surtout les effraie. On me traite de pulsion, comme si je n'étais que ça, une putain de pulsion. Alors que de nous toutes je suis la plus lucide et la plus réfléchie.

Je prenais des initiatives, et ça c'est très mal vu, ici. Il y a des règles strictes, le moindre mouvement, la moindre phrase, tout doit être validé de façon collégiale. J'ai pris le pouvoir de force, j'ai été plus rapide, ça on ne me le pardonne pas, on ne me le pardonnera jamais. Pourtant maintenant elles sont nombreuses à aussi vouloir qu'Adèle crève. Mais aucune n'avouera qu'elle regrette de m'avoir fait échouer la nuit où j'ai sévi. C'est une question de principe, je crois que ça les structure. Et puis pour certaines c'est récent, la haine d'Adèle. Il leur aura fallu du temps, des preuves, l'érosion du dégoût. Moi je l'ai toujours su, su et puis ressenti, que c'était un déchet, un abîme de faiblesse, une perverse qui ne sait que se poser en victime pour jouir de ses écueils en faisant chier son monde. Aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais pu la blairer.

Le truc qui me dépasse, c'est qu'elle est résistante. Avec autant de voix contre elle, elle ne pouvait pas s'en sortir, c'était mathématique et j'étais soulagée. Il a du se passer quelque chose, je ne vois pas quoi, mais quelque chose. J'aimerais bien qu'on m'explique.

On ne m'explique jamais rien, je sais que c'est fait exprès. Pour que je m'amenuise et que je disparaisse, parce qu'à force d'ignorance, de déni, de dédain, je pourrais me flétrir jusqu'à l'évanouissement. Seulement même refoulée je reste plantée, vivace, les racines amputées dans ce terreau hostile mais l'écorce épaissie à force de volonté. Elles sont allées chercher de l'aide à l'extérieur quand je leur démontrais juste la vérité. Je ne pardonne pas non plus, l'exécution d'Adèle c'est ma vengeance à moi, ma vengeance contre toutes, les cachets me rendent muette mais plus pour très longtemps.

Je sens une ouverture, tout près du cervelet. Les synapses sont foutraques, la connexion déconne, je vais en profiter. Elles ne sont pas foutues d'appliquer le jugement, de là où je suis enfouie je n'ai pas accès aux sens, mais je prends les paris : elles ont choisi le mode le plus inefficace et le plus usité dans les cas comme le nôtre, cette affaire pue l'échec, tout va recommencer. Je ne laisserai pas faire, non, pas cette fois, ça suffit. Je dois trouver une méthode, agir seule, rapidement."


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#146

Phase 1 : Ecouter le morceau en yaourt.

Phase 2 : Kiffer sa race.

Phase 3 : Constater que Nicola a encore mis des aï partout et que ça va pas être fastoche mine de rien.

Phase 4 : Noter les rimes et le nombre de pieds.

Phase 5 : Ecrire un texte en rapport avec la thématique imposée.

Phase 6 : Re-kiffer sa race.

Phase 5 : Envoyer le texte à Mr Sirkis.

Phase 7 : Attendre la réponse en se disant qu'on a trois mois pour rectifier le tir au cas où, et que ce serait quand même une malédiction que ça marche pas ce coup-ci.

Phase 8 : Recevoir les correctifs et la validation.

Phase 9 : Provoquer des acouphènes chez Igor et les chats en hurlant dans la maison j'ai écrit des paroles pour le prochain Indochine.

Phase 10 : Re-re-kiffer sa race en se disant qu'on a encore trois morceaux sur le feu, soi autant de possibilités de rendre les membres de son foyer sourdingues.

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#145

Revue Michèle Kahn, amie plasticienne perdue de vue ces dernières années. On s'amuse toujours aussi bien ensemble, son travail a évolué mais il me plait autant qu'avant. Peut-être réfléchir à un projet commun, on avait couplé expo et lecture dans une galerie il y a longtemps.

Je pars me rouler dans la boue ce week-end, histoire de revenir en winneuse, parce que les chouineries ça va bien.

Le 3 avril c'est le vernissage Des jeunes gens modernes. Le catalogue et le cd sortent chez Naïve. C'est le soir du 3, à l'after show que je vais devoir chanter en vrai ce qui s'entend sur le myspace linké. Il faut que je fasse semblant de trouver ça juste drôle et pas tétanisant. Après tout, c'est une blague. Et puis y a plein de groupes qui passent dans la soirée. Je crois aussi que les Pénélopes feront trois morceaux, je me glisserai discrètement entre.

Sinon, niveau écriture, je me rapproche du second seuil psychologique, celui de la page 120. J'ai deux stades à franchir : la page 50 et la page 120. La page 50, c'est celle qui prouve qu'il y a bien là un début de roman, et pas juste des notes ou un joli brouillon. La page 120, c'est celle qui dit si le roman sera court ou long. Là, la réponse est long.

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#144

C'est le livre qui me rend malade. Une maladie de la mort ventrue et familière, avide et lancinante, parfaitement dangereuse. Je m'en rends compte maintenant que le pic est passé.

Pourquoi je m'inflige ça, ça devient une question. Si je rate le bouquin j'aurais souffert pour rien, ça me fout une pression quasi supplémentaire. Le Docteur Lagarigue veut que je me mette au vert, mais il n'y a qu'en achevant le livre que je peux en finir avec ce qu'il y a dedans. Alors je retourne au travail, mais c'est pas facile tous les jours. J'en ai encore pour quatre bons mois, je pense. Après je ferai une pause avec l'autofiction.

A la rentrée de septembre, je commencerai un projet à la Ménagerie de Verre. Eden matin midi et soir. Un monologue pour un personnage. Avec Hauke Lanz comme metteur en scène et Anne Steffens comme comédienne. On va travailler en labo, par cessions, jusqu'en mars. Là on présentera le travail au festival Etrange Cargo. Ca sera autre chose, aucune plaie personnelle. Ca me fera du bien après Le livre des morts.

J'amorce une autre phase avec la transition de la seconde partie. J'aimerai aborder quelques questions sur la littérature, son pouvoir, son utilisation. C'est assez compliqué de glisser des pistes sans que ce soit lourd, alors je fais de blagues. Comme quoi, déjà, ça va beaucoup mieux.

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#143

Je galère comme une truffe sur la transition de ma première à ma deuxième partie. Ca vire à l'obsession. L'autofiction doit s'éclipser peu à peu au profit de la fiction pure. C'est super dur à amener, et ça va être coton à faire.

C'est une configuration classique : j'étais en phase maniaque + production autofictive = 40 pages en quinze jours youpi. Là je suis en fin de cycle dépressif + il faut inventer des choses = 8 pages en quinze jours dont 4 non validées et c'est pas pour demain. Ca commence à me gaver sévère. Je crois que j'ai saisi ce qui n'allait pas, je l'ai refait², maintenant le propos tient mais c'est vraiment très mal écrit.

La réécriture pure, j'ai horreur de ça. Les tunnels où faut juste reprendre ce qui est déjà dit, c'est fastidieux et chiant, aucune satisfaction dans l'exercice. Là j'en ai une tartine, genre un chapitre entier.

Ca m'inquiète un peu, d'écrire moche depuis quinze jours. Je vais bientôt récupérer le morceau d'Indochine sur lequel je dois faire le texte. Ce coup-ci il faut que j'assure. C'est vraiment con que ça ne soit pas tombé y a quinze jours, à ce moment là je pondais des quatrains au kilomètre par mail pour les Pénélopes, des trucs plutôt jolis, en plus. Si j'ai le crâne déserté au moment de bosser sur la chanson et que rien ne vient je vais me pendre. Ce serait affreusement ridicule.

Demain matin je vais voir le Docteur Lagarigue. J'espère qu'elle va trouver une solution. Un truc qui me remettrait d'aplomb parce que j'ai du boulot et que je ne peux pas me permettre de perdre une semaine en ce moment. En plus il semblerait que je vais devoir chanter en vrai d'ici peu, ce qui m'effraie au-delà de l'entendement.

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#142

Hésitations à faire un copier/coller d'un court chapitre du Livre des morts, et puis finalement non, hors contexte c'est trop glauque. Je ne dis pas que dans le contexte c'est pour autant la fête du slip, vu que c'est sur la maladie de la mort. Retour de la phase dépressive, donc. Etre bipolaire est épuisant.

J'ai eu trente-cinq ans lundi. Vu ce que je fume, je dois être à la moitié de ma vie. J'ai promis à Igor de ne pas refaire de TS, cette semaine c'est la lutte permanente contre les pulsions. L'autofiction c'est beaucoup d'auto-analyse, alors tout ça n'aide pas tellement. Je crois que j'ai ouvert Pandore et que je m'en prend plein la gueule.

Sortie de I regret not having kissed you, compile de chez Dokidoki. Morceau avec Dorine_Muraille. Sous peu, sortie de la compile sur les Jeunes Gens Modernes, dessus reprise de Je t'aime tant d'Elie & Jacno avec The Penelopes. On est content du résulat. Faire la chanteuse me nettoie le cerveau. On a l'hygiène mentale qu'on peut.

Demain, soit vendredi, lecture mensuelle à Mycroft. Ce coup-ci les Editions ère. J'ai hâte d'entendre Ian Soliane, je ne l'ai vu lire. Je bois du Fervex pour assurer sur La mue de l'Hermaphrodite. J'ai une crève qui se tasse, demain faudrait vraiment qu'elle ait disparue.

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#141

Mise à jour du Wired. Des liens étaient cassés et je voulais en ajouter d'autres. Surtout le site de Karoline Georges. Karoline Georges habite à côté de Montréal, elle m'a envoyé La Mue de l'Hermaphrodite en 2001. J'ai adoré ce texte. Il n'était pas diffusé en France, et les Editions ère y remédient. Le 14 mars, le livre sort. Je suis super contente, et persuadée qu'il peut plaire à beaucoup de monde. L'écriture comme la narration en elle-même sont vraiment bluffantes. C'est un de mes livres contemporain préféré. Je vais en lire le début chez Mycroft la semaine prochaine.

A part ça, je remets une couche ici sur la qualité de la dernière perf d'Anne-James Chaton vue vendredi au Labo.Il a vraiment assuré.

Aujourd'hui rendez-vous avec les Devastee dont le dernier défilé était une tuerie, je vais faire un texte sur eux dans le prochain Purple. J'ai le temps, c'est dans plein de mois. Sur les imprimés, il y a écrit : Je suis la ténèbreuse, la veuve, l'inconsolée. Leur première intervention il y a quatre ans était sous le signe de Sarah Kane.

Sinon la prochaine fois, faudrait que je parle de Hoax, parce qu'on s'est quand même drôlement amusé.

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#140

Ca s'appelle TINA. T.I.N.A pour There is no alternative. C'est Eric Arlix qui a eu l'idée du titre, moi j'ai proposé Extraction mais tout le monde trouvait ça pourri. Tout le monde c'est la team d'animation de la revue : Eric Arlix, donc, Jean-Charles Massera, Emilie King, Hugues Jallon et Jean Perrier. Je suis assez contente qu'on ait pas pris Extraction, TINA c'est vachement mieux.

Cette revue sera aux Editions è®e, trois numéros par an, le premier fin août 2008. Chaque numéro fera 192 pages, divisées en trois parties. Les Fictions, où l'on trouvera des inédits d'auteurs, voire d'artistes qui nous intéressent (Luzt Bassmann, Patrick Bouvet, Claude Closky, Jérôme Game, Karoline Georges, Ian Soliane, Guy Tournaye et une très chouette surprise pour le numéro 1), avec une petite partie Fictions Labo, où seront mis en avant des auteurs encore non publiés (Adeline Grais-Cernea et Nina Yargekov, toujours pour le premier numéro). La partie Dossier, qui traitera d'une thématique avec des intervenants extérieurs ("La littérature occupée" pour le numéro 1), et la partie Veille, qui tentera de mettre en exergue les bons livres qu'on a pas forcément chopés durant les derniers mois. Il y aura aussi un entretien dans la partie Veille, pour le premier numéro ce sera Jean-Jacques Schuhl.

Quand Eric m'a proposé le projet, j'ai un peu flippé sur le coup. Une revue, c'est beaucoup de travail, et surtout je craignais que ce soit un peu comme du temps d'EvidenZ, la revue de Medhi Belhaj Kacem à laquelle j'avais collaborée il y a huit ans : des réunions hebdomadaires interminables dans un café, des luttes d'ego épuisantes et mémé qui se fade le côté relationnel toute seule. Heureusement, ce n'est pas le cas du tout, mais alors rien à voir. Ca tombe bien, parce que je crois qu'avec le temps, si y a bien un truc que je ne supporte plus, c'est d'ergoter sur la littérature dans les cafés. D'autant qu'on ne peut même plus y fumer.

On bosse beaucoup par mails, ça fait quelques mois déjà. Et puis les réunions sont peu nombreuses et chez moi. La dernière il y a quelques jours a été très efficace, on avait Massera par Skype comme il est à Berlin, et on a super avancé. On a tous passé l'âge d'avoir besoin de se créer un espace pour pouvoir la ramener, et ça, mine de rien, ça change tout. On est vraiment animateurs, on cherche les textes et les auteurs, on écrira chacun finalement très peu, à part Jean Perrier qui va s'occuper avec Dominique Jenvrey de la majorité de la partie Veille, puisque la critique littéraire est son métier. Je tenais, comme tous les écrivains de l'équipe, à ne pas avoir de double casquette auteur / critique. Ca n'empêche en rien un papier coup de coeur, mais ça évite bien des problèmes.

Je trouve ça important, qu'on fasse cette revue. Pour des raisons assez évidentes. Ce qu'on lit et veut défendre n'est pas représenté dans le paysage éditorial, alors plutôt que de continuer à gromeller, autant se retrousser les manches, s'y coller soi-même, et au final proposer ce qui manque :

"Notons que le paysage éditorial français est séparé en deux mondes bien distincts (les grandes marques appartenant aux groupes, les petits éditeurs indépendants) que les formes qui peuvent constituer un enjeu aujourd'hui ne représentent plus nécessairement un intérêt pour les grands groupes que la main mise des grandes marques sur le réseau éditorial (diffusion, librairies, presse) est incroyablement hégémonique que le support revue est moins un espace de réflexion qu'un support promotionnel que les revues ignorent ce qui se passe en dehors des catalogues de 30 maisons d'édition bien établies et qu'elles sont tout de même assez old school que si ça continue le marché du livre se sera définitivement substitué à l'histoire de la littérature. Notons que créer un espace-revue contemporain est une bonne idée qu'un espace n'est pas le QG d'un réseau, d'une communauté, d'un groupe éditorial mais un espace bien plus grand, bien moins pépère, bien plus impliqué dans l'expérimentation du monde et de ses formes que cet espace ne devrait pas être une tour d'ivoire flaubertisante sûre de son histoire au point de ne jamais se remettre en question que cet espace accueilllera une vision de la littérature bien plus large que celle communément observée depuis la fin du XIXe siècle."

Chaque numéro coûtera 10 euros. Il est déjà possible de s'abonner, de façon à soutenir la revue, via le site des Edtions è®e, en cliquant sur abonnement.

Nous avons ouvert un blog, où les intervenants que chaque numéro, enfin ceux qui ont envie, nous rejoindront. Pour l'instant c'est encore calme, un peu de Fictions, beaucoup de Veille. Je n'y suis pas franchement présente, je ne trouve pas encore mes marques, ayant déjà Remarques & Cie j'ai peur des doubles emplois. Mais je vais m'y mettre sérieusement. A terme, il va être bien, ce blog. Il n'y aucun endroit où l'on trouve plusieurs auteurs contemporains ensemble, avec le type de posts qu'il y aura.

Voilà donc à quoi je m'occupe en ce moment. Quoique je mens. En ce moment, mis à part quelques heures ci et là pour TINA, je reste à fond sur mon Livre des morts. J'en suis à la page 102, je dois attaquer la partie fiction pure, et je flippe bien ma race. Mais ça va aller. Je crois que j'ai enfin trouvé la voix de mon personnage, après une pause festive ce week-end, où nous avons fêté la signature de Wilfred* sur un label très chic.

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#139

A Bucarest c'était génial. Je crois que c'est mon meilleur souvenir de déplacement, et pourtant j'ai vécu quelques voyages de travail très bien. C'est lié à l'accueil du personnel de l'Institut français, j'ai pas été abandonnée une seconde, on m'a même emmenée au musée d'art contemporain et on a fait des restos terribles. Ca se voit grandement sur la balance, d'ailleurs.

Le niveau intellectuel est très élévé là-bas, les journalistes et écrivains que j'ai rencontré connaissaient tous leur Deleuze et leur Derrida sur le bout des doigts, ça m'a beaucoup impressionné. J'ai eu un gros coup de coeur pour mes éditeurs, qui ont publié Bourdieu et Adorno, bref c'était du lourd. Ca m'a fait un bien fou.

La ville est très étrange, confrontation physique du communisme et du capitalisme, architecture totalitaire et énormes pubs pour Coca-Cola sur les immeubles. Trottoirs boueux et défoncés, grandes maisons recyclées en librairies ou en cafés, beaucoup de vie, de résistance. Le salaire moyen est de 300 euros par mois, la vie est dure, très dure, mais les gens s'organisent, la population est très courageuse, travailleuse et débrouillarde. Le leitmotiv c'est "rien n'est impossible".

Je suis contente d'être allée en Roumanie, parce que je ne vais pas voyager de si tôt. Le plan Mobile Art tombe à l'eau, finalement mon texte n'a pas été retenu par le client, je n'irai pas à Hong Kong, dommage. D'un autre côté l'expo étant sans cesse repoussée, à tous les coups ce serait tombé à un moment où ça perturberait l'écriture de mon manuscrit, donc ce n'est pas si grave que ça. C'est quand même ma priorité absolue, le manuscrit.

Je lis très peu en ce moment, à cause de ça. Je préfère regarder des films, ça me perturbe moins. C'est difficile d'avoir un regard de simple lecteur quand on écrit en parallèle. Quand le livre est un peu chiant, on réalise le temps perdu; quand il est top on culpabilise de ne pas être capable de faire aussi bien. Et puis surtout, ça parasite, le crâne est perturbé par d'autres ritournelles.

Jeudi j'organise chez Mycroft ma troisième cession mensuelle de lectures. Cette fois ce sont de jeunes auteurs qui ne sont pas encore publiés. J'espère que ça va bien se passer pour eux, certains ont un peu la trouille, c'est la première fois qu'ils font entendre leur texte. Je suis très contente de ma sélection et j'espère qu'il y aura du monde. Je les ai repéré via internet ou l'envoi de leur manuscrit, à part Grégoire Courtois aka Troudair je ne les connaissais pas avant lecture, d'ailleurs lui aussi je l'ai rencontré après l'avoir lu. Les textes sont très différents, ça va du barré complet au très dur. J'ai même un jeune auteur de 19 ans qui m'a envoyé ses textes par mon site.

Sur ce, je retourne à mes morts, parce que j'en suis qu'à la page 67 et ce serait bien que je garde un rythme soutenu.


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#138

Je ne passe plus tellement ici parce que je travaille beaucoup hors ligne. J'ai du mal à communiquer sur le site quand je suis le nez dans un manuscrit. Le livre des morts avance bien, j'en suis à la page 60. Je n'arrive pas encore à savoir si je suis sur le premier tiers ou la première moitié, ça dépendra de ce que je n'arrive pas encore à résoudre. Je n'ai pas envie d'en parler, pas parce que ça déflorerait le livre, ça je m'en fous un peu, mais parce que c'est très flou. Je n'arrive justement pas à formuler le problème en ce moment.

Je pars en Roumanie demain, pour cinq jours. J'habite dans la télévision a été traduit, je vais rencontrer mes éditeurs et faire trois petites interventions. J'avais la trouille jusqu'à tout à l'heure, malade comme un chacal, mais maintenant je crois que ça va. Le livre a été super bien accueilli là-bas, ça devrait donc bien se passer. Et puis j'ai hâte de voir le fameux musée d'art contemporain qui a été construit dans une aile du palais de Ceausecu.

Sinon, grosse claque cette semaine avec Pater Laïus de Ian Soliane, auteur dont se souviennent sûrement les lecteurs assidus de littérature contemporaine. Le début du texte étant en ligne sur le site des éditions è®e, je recopie un autre extrait :

"Après chaque assassinat, tu écraseras ta bouche contre celle du cadavre. Il te sera possible de visualiser la carte précise d'une Histoire que tu n'auras jamais vécue et qui déferlera. Ta méthode sera celle de l'accumulation. Il sera presque trop simple de penser que l'arche de Noé n'était pas un véhicule. L'avancée majeure sera toujours interprétable en termes de survivance. Tu en dresseras consciencieusement la liste officielle depuis dix mille siècles. Tu escaladeras l'escabeau et inscriras au plafond, pour commencer, javelot, suivi de roue, code d'Hammourabi, béton armé, cloche de plongée, papier hygiénique, antibiotique et carte à puce. Tu ne pourras te retenir de hausser les sourcils.

La chronologie de ta mémoire sera différente de celle des dépêches AFP. La foudre pouvant très bien frapper le sol près de ton pied gauche, et ceci à plusieurs reprises, ta mère te recommandera de te traiter avec délicatesse.

Marilyn et toi coucherez dans le même lit. Tous les soirs, sous la couette, tu te mettras aussitôt à lui enfoncer un doigt dans l'anus, l'index gauche, en mordant dans son cou. Tu accompliras ce rite religieusement.

Ne crache pas sur quelques matches de foot. Après un échange verbal pour savoir qui regardera quoi, dîne avec ta compagne sans répartition précise. Les acteurs que tu idôlatreras seront pour la plupart exclusivement brun et morts.

Ton histoire intéressera de plus en plus de cons, et notamment les tout-petits, qui voudront apprendre à reconnaître les organes du corps humain. Chaque version publiée comptera au moins trente lignes. Dans celle de France Soir, tu enroberas de chapelure tout gland arraché. Dans celle d'un édito politique, ça sera l'oeil gauche, toujours le gauche (ceci permettant d'avoir une orbite vide, qui est ensuite utilisée, dans un deuxième temps, pour y verser du sel). Dans les deux cas, tu seras lesbienne.

Un taoïste chinois terminera ses trois heures de sport au pavillon bleu. Malgré le froid, il sortira pour fumer, seul, dans la cour grillagée. Toi qui est une grande perverse, tu tomberas en larmes dans ses bras et lui parleras de ton père qui adorait coller des baffes. Cette cicatrice en S à l'oeil droit : une histoire de minijupe et reins cambrés sur la voie publique. Zigouille le Chinois, en visant la jugulaire avec ton stylo Mont Blanc. "

Pour ceux que ça intéresse, ça coûte 9 euros, et en le commandant par le site il est chez vous sous trois jours.

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