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Ce lieu risque de servir à une forme de communication un peu agaçante pour certains, mais vraiment très pratique pour moi. Depuis ce week-end c'est fini, je n'ai plus de temps hors travail, ça sera comme ça toute l'année. Jusqu'à fin juin. Alors je vais très peu répondre, aux mails, aux sollicitations. Je vais essayer de rester polie, mais ça ne va pas être facile, le silence est tellement mal pris, beaucoup trop d'ailleurs.
Je voudrais remercier des gens, ce n'est pas une pratique courante, enfin chez moi, j'oublie tout le temps. Je voudrais remercier les gens qui m'ont contactée ces jours-ci. Pour me dire des choses très boostantes, des choses qui aident parfois un peu, souvent beaucoup, énormément.
Aujourd'hui sur France Cu ils passaient Transhumance. J'ai eu des mails après, plusieurs, des très jolis. Savoir que l'on ne bosse pas pour rien, qu'il existe des cerveaux et des corps qui comprennent ce qui est dit dedans, des cerveaux et des corps qui ont envie d'entendre et qui pensent la même chose avec leurs mots à eux. Réaliser que ça fonctionne, que ça circule et que ça touche. Pile où il faut, pile où ça doit.
Je réponds à certaines des questions, maintenant, ici, sinon ça va traîner et je ne le ferais pas. Transhumance va sortir en Minimales, Editions Verticales, je ne sais pas encore quand, mais le contrat est en cours donc ce n'est pas du flan. Normalement, il est prévu que l'enregistrement radio soit avec. Mais maintenant que je connais un peu mieux le système je préfère n'annoncer que le texte tout seul, le cd en option. Parce que ça dure une heure cinquante, que ça fait deux cd, que je vais en vendre dix, et que je ne suis pas sûre de pouvoir imposer un tel cahier des charges. Les droits c'est compliqué, aussi. Les droits que l'éditeur doit payer sur la reprise d'une fiction initialement diffusée sur France Cu. C'est justement pour ça que j'ai laissé tombé la sortie de J'ai le souffle trop court pour 31 bougies et Le Syndrome de la Fée Clochette. Je vais les mettre discrètement dans la rubrique Chantiers Sonores du site. Je pense que la refonte se fera dans le mois qui vient, on a un petit souci de temps, mes nerds sont débordés et moi y a pas urgence.
Je suis passée par là l'autre jour. Un blog repéré par Buzz Littéraire, site étrange. La revue de presse est très utile, mais l'axe générationnel fait que ce qui est mis en avant c'est surtout des auteurs de merde, enfin des gens qui se disent auteurs parce qu'ils rédigent des trucs vendus en librairie. A de très rares exceptions près. Bah oui j'en suis des exceptions, parce que je m'excuse, mais au bout d'un moment l'autoflagellation je crois que ça va aller. Je ne fais pas un boulot qui révolutionne sa race, j'ai peut-être de gros ratés aux yeux de qui voudra, mais je n'ai aucun rapport avec un toto Loréal.
J'y vais tout le temps, sur ce site. Je ne partage pas leur ligne mais je trouve qu'ils bossent bien, et puis il y a un vide. Y a bien Culture Café ou deux ou trois bricoles en dehors de Fluctuat, mais le blog d'Assouline c'est quand même très vieux slips comme dirait le TH. Et puis ça me fait rire, c'est récent je l'admets, mais vraiment ça me fait rire, le lancement des produits de saison, le sérieux avec lequel ces adorables faiseurs se déclarent écrivains, décomplexés ou très naïfs, citant des pouffes hypeuses comme si c'étaient de vrais éditeurs, mêlangeant coptation avec acceptation du manuscrit par le comité de lecture. C'est très divertissant. J'use le mot à escient. Je crois que j'ai vieilli, ou bien avec le temps j'ai compris que tout ça n'existait tellement pas que ça ne devait être pris que pour ce que c'est. La Star Ac livresque, point. Tous les ans y a des Magalie mais assez peu de Nolwen Leroy. Ceux qui restent dans la course le doivent au producteur.
Les trentenaires, ça peut pas marcher, je ne parle pas de leur parti pris, ça s'appelle Buzz Littéraire donc c'est clair. Mais vu le paysage actuel, qualitativement c'est impossible, surtout en prenant exclusivement les romanciers. En expé ou en poésie, je ne dis pas. Au contraire. Mais les trentenaires, c'est comme pour tout, en littérature comme dans n'importe quel domaine. Cherchez pas les enfants ça ne se passera pas là, génération transitionnelle, un gros souci d'outils et de vision du monde. Trop de crises dans la face et pas assez de burnes. Technologiquement périmés, attachés à des trucs qui seront morts dans dix ans. Moins dépressifs que les quadras, mais issus de la classe dominante. Je vous demande d'observer le pedigree des romanciers trentenaires qui se dandinent sur les étales. Le pourcentage de très bien nés avec papa, maman, tonton, grand-papa ou bien la vieille tante qui sont issus du bon milieu. Celui où sur un simple coup de fil on aide son rejeton à obtenir ce qu'il veut. Sa copine dans sa classe en CP, ses notes du bac avant tout le monde, un stage dans une grosse boîte aux States, un poste dans la presse ou une publication. Un éditeur qui joue au nègre, un papier bien classieux, un avaloir décent parce que Chanel c'est cher et qu'il faut s'habiller. Les trentenaires je m'en branle, les tueurs ils ont vingt ans et leur premier bouquin ils l'ont encore dans le ventre. Faudra attendre cinq ans pour que le ménage soit fait, les physiques moins sexy, les cheveux plus éparses, les baudruches dégonflées, les lecteurs fatigués. En attendant faut fuir ces bouquins à la con bourrés de névrose bourgeoise. Mais c'est une digression.
De toute façon, cette année, les romans tradi je n'en lis plus. C'est une grave décision. Je sais que je vais m'y tenir parce que j'en ai ras le bol. Je n'en peux plus du tout sujet verbe complément adjectifs très quelconques, voici un personnage et voici ses amis en voilà une histoire que de rebondissements. Je n'en ai rien à foutre, ponctuation proprette phrasé sous cellophane, ça intéresse des gens, très bien, démerdez-vous mais moi j'ai trop donné. Il faut bien le reconnaître : en tant que lectrice, je me fais chier. Mais à un point c'est pas permis.
Des fois j'ai l'impression qu'en dehors de vingt personnes il ne se passe rien. Je lis toujours les mêmes, je les attends et certains produisent peu, c'est pénible. Je parle du roman, celui qui m'intéresse. Celui qui déconstruit, celui qui interroge, celui qui sait que la littérature c'est d'abord une putain de préoccupation esthétique, celui qui sait que l'histoire ne doit rester qu'un prétexte. Un prétexte à la langue. Et puis à l'agencement, au boulot sur la tuyauterie.
C'est pour ça que cette année je ne me ferai pas avoir. Je rejoins un comité de lecture pour une nouvelle collection de poésie. C'est une idée de Bernard Comment et ça me sauve bien le cerveau. Mon cerveau de lectrice. Celui qui n'en peut plus de lire des pièces de théâtre complètement pécraves et même pas adaptable dès la toute première ligne, celui qui n'en peut plus de coller des C- sur ses fiches de lectures. J'ai envie de lire une langue. Singulière, chaque objet. Des textes qui violentent, qui sont dans le ressenti, le ressenti des mots assemblés dans un but parfaitement pensé ou complètement vomi. Plus des fictions minables, il y en a partout, il n'y a même que ça, des grandes fictions minables qui s'imposent collectives.
Donc. Je suis passé par là, le blog de ce jeune homme, les commentaires aussi. J'ai répondu un truc mais il y a eu un bug, aucune validation, ma réponse pas en ligne. Je ne disais pas grand chose, pas grand chose d'important. A part que c'est bien mieux, que ça fortifie plus quand ça vient des lecteurs, comme ça et sans raison. Je crois que j'ai ajouté aussi une blague pourrie sur les Inrockuptibles, Sylvain B. l'homme qui croit avoir sauvé la gauche aux législatives, et Nelly K., la femme qui pense que l'histoire littéraire commence en 1990. Un truc du genre, plutôt très vrai. Tellement que c'était pas la peine.
A part ça cet hiver on va adapter Les juins ont tous la même peau avec Dorine_Muraille pour un Signature/Radio France. Je vais lire, il fera la musique. Il est possible que je chante un peu. Il oublia d'oublier d'oublier avec une voix de crécelle ça peut faire drôlement peur. On va bien s'amuser. De toute façon cette année que ce soit clair : quoi que je fasse, je vais m'amuser. En faisant chier le plus de monde possible. Et ça ne fait que commencer.