#302

Reconfiguration terminée. Dans ma chambrette mansardée j'ai pris mes marques. J'ai changé de quartier, je suis désormais dans le centre, Marais, Cahiers de Colette à côté, dès la rentrée je pourrai assister à des tas de lectures, j'ai Beaubourg à 10 minutes aussi, bref.

Je suis lancée dans Une femme avec personne dedans, je travaille par sessions de nuits blanches, ça me fait beaucoup de bien, c'est mon rythme. J'ai corporellement l'air d'une zombie, mais c'est un dommage collatéral extrêmement accessoire. Maintenant je sais où je vais et comment faire pour y aller, ce qui est quand même rassurant. Mine de rien, je n'étais pas très sécurisée avec cet objet qui ne cessait de muter. Sa forme est stabilisée à présent, je n'ai plus qu'à dérouler le fil.

Je travaille sur un nouveau projet texte / son en collaboration avec un ami, nous profitons d'août pour avancer. Le nom du projet est La petite héroïne. Maxime compose la musique, je fais le texte et la voix. Il s'agit d'une douzaine de pièces sonores autour du concept de personnages féminins secondaires toxiques, issus de la fiction comme du réel. Le disque sortira en mars. Des extraits du work in progress seront mis en ligne dans LCTS, il y aura peut-être aussi une rubrique ici, dans les chantiers sonores.

Le programme de l'année est bouclé. Je rends mon manuscrit en octobre, le livre sortira en février. J'ai La petite héroïne comme chantier sonore, et la fin de l'oratorio, Juste après Cassiopée, à écrire. Je participe à Concordanse, aussi, en mars nous présenterons une performance dont je dois écrire le texte, avec le chorégraphe Christophe Haleb et le musicien Eddie Ladoire. J'ai deux commandes de livres, un tombeau sur les années 80 pour la collection de Jean-Michel Espitallier chez Philippe Rey, et un texte plus sérieux et poétique à amorcer mais à rendre l'année d'après au Mercure de France, pour la collection de Colette Fellous. Tout doit, à part le roman pour le Mercure, être terminé début avril. Là, je partirai à la Villa Médicis pour un an, afin de mener à bien mon projet sur Messaline.

Ca va être un très gros chantier, qui comporte un roman plus compliqué à faire que d'habitude, et une pièce sonore. Le roman s'appellera Messalina, dicit. Il sera chez Fiction & Cie, au Seuil. J'aurais mis des années à trouver ma maison d'édition adaptée, alors c'est clair, j'y suis j'y reste. La pièce sonore sera composée par Patrick Bouvet et Térence Meunier, les voix chantées interprètées par Armande Altaï. Travailler avec Armande Altaï, c'est un très vieux fantasme, aussi vieux que de mettre mes mots dans la bouche de Nicola Sirkis. La pièce sonore sera sous forme de livre cd au final, avec un dessin de Yamina Djarir en couverture. Je ne sais pas encore à qui je vais proposer l'objet, mais il va de soi que je pense fortement aux éditions Joca Seria. Il faut que je leur en parle.

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#301

IRL complexe à gérer. Circuits émotionnels endommagés, fatigue nerveuse. Révision du système de fonctionnement global. Evaluation de la carte, premières manoeuvres autonomes, évaluation des réactions à même le territoire. Observation des conséquences, ré-apprivoisement de soi, contours.

J'ai été fatiguée, ces jours-ci. D'une fatigue intense. Je suis partie trois jours, à peine revenue c'était reparti, tout à gérer, faire face, tous les domaines à reconfigurer à la fois. C'est moi qui l'ai voulu, mais c'est assez violent.

J'ai mis l'écriture de mon roman entre parenthèses ces derniers temps. Comme si ça avait un sens de dire ça, ce que je peux mentir, des fois quand même c'est dingue. Je vivais trop pour écrire quoi que ce soit, plus exactement. Il n'y avait pas la place. Maintenant, je suis en phase de stabilisation, dans une semaine je serai même posée jusqu'au mois de mars. Après je pars en Italie.

Une femme avec personne dedans commence à prendre forme en tant que bestiole. Je comprends peu à peu que j'ai affaire à un chantier incarné. Le matériau est vivant, mais plus frais que d'habitude. Ca change beaucoup de choses pour moi dans ma façon de l'appréhender. Il me fait un peu peur, ce livre. Parce que personne n'est mort dedans et que manipuler du matériau vivant et frais ça veut dire utiliser du ressenti propre éprouvé au contact de vrais gens. Alors, évidemment, surmoi, morale, censure. Longtemps, j'ai repoussé le moment.

J'ai commencé par la structure, il y a avait des longueurs, un tressage systématique qui confinait au linéaire, je suis sur un autre piste. J'essaie quelque chose, qui normalement, devrait marcher. J'ai commencé dans la nuit, la il est 9h, je vais m'acharner un peu, si j'arrive à faire s'enchaîner les trois premiers chapitres avec la forme prévue et la narration assortie, ça voudra dire que je suis tranquille au niveau des fondations.

A partir de maintenant, la priorité numéro 1, c'est le roman, qui sera rendu en octobre. Août et septembre, c'est écriture d'abord, et ensuite Extraction. Il est possible que la mise en ligne de LCTS prenne du retard. Là de toute façon, j'ai trop de textes, de mails de retard, je vais finir par fâcher des gens sans faire exprès.



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#300

LCTS, Laboratoire de Création Textuelle et Sonore, c'est la revue en ligne liée à la collection Extraction. Le site sera prêt mi-septembre. Il va y avoir des textes et des pièces sonores. Des travaux aboutis et des work in progress. Des rencontres provoquées, aussi. Je mets en rapport des musiciens avec des auteurs, du laboratoire doit naître des collaborations inédites. C'est une des piste qui doit être explorée.

Je cherche donc des textes courts, plus poétiques que narratifs, pour une publication dans LCTS, soit sous forme texte, soit pour une adaptation en pièce sonore.

Je cherche également des musiciens intéressés par l'exercice.

Passez par la rubrique contact.

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#299

Extraction, suite. Vu les représ de chez Pollen, impeccable. Ils sont nombreux, semblent parfaitement comprendre ce qu'on fabrique, et sont agréables. Vu également quelques libraires, ai déjà mis en place des signatures pour Patrick Bouvet en octobre, Emilie Notéris et Philippe Adam en janvier. Il me manque encore une ou deux librairies partenaires sur Paris et je pourrai passer à autre chose. Les journalistes, ce n'est pas moi qui m'en charge, mais Noémie Sauvage, notre attachée de presse.

J'ai reçu par mail des textes intéressants aujourd'hui, probablement parce qu'ils n'émanaient pas de wannabe, entendre d'individus aspirant à avoir le statut d'écrivain, mais de personnes ayant un vrai rapport à la littérature. Ca fait longtemps que je voulais souligner ça, à cause du blog de Janine Colère, vous savez Mademoiselle Hostile Milieu / T'es pas née Justine Lévy c'est malchanceux. Le wannabe veut être publié non pas pour pouvoir continuer à écrire, ressentir une validation nécessaire de son travail par un éditeur, mais pour avoir le fabuleux destin de Frédéric Beigbeider. Le wannabe n'est jamais refusé parce que son travail n'est pas formaté commercialement, mais parce que sa prose est du sous-Machin-actuellement-dans-le-vent, ou de la narration plan plan. Le wannabe croit qu'une bonne histoire bien ficellée y a que ça d'vrai. Le wannabe rêve d'être chez Flammarion, parce que là bas y a la photo des auteurs en quatrième de couverture. Le wannabe a pour destin de finir aigri ou Bénédicte Martin, ça dépend de son réseau et de sa capacité à exhiber ses sous vêtements. C'est un peu triste, en somme, les wannabe. C'est pour ça qu'il vaut mieux ne pas trop s'y attarder. D'autant, qu'encore une fois, ça n'a strictement rien à voir avec les écrivains débutants.


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#298

Retour. Planning chargé. Rendez-vous avec les représ de Pollen cet après-midi. C'est la structure qui distribue les livres de Joca Seria, donc ceux d'Extraction. Je vais leur présenter mes trois premiers titres : Open Space de Patrick Bouvet qui sort en octobre, Sequoiadrome d'Emilie Notéris et Il manque une pièce de Philippe Adam qui sortent en janvier.

Je travaille beaucoup pour Extraction en ce moment. Trouver des librairies sensibles au catalogue pour y faire des lectures-signatures avec mes auteurs, chercher des lieux susceptibles de programmer leur performances. Mais dans la mesure où je n'ai pas à prendre en charge la partie technique, bosser sur Xpress ou Indesign, maquetter, devis, imprimeur, puisque Bernard Martin est là et que je me consacre à l'éditorial, ce n'est pas une charge très lourde.

En ce moment je travaille avec deux jeunes auteurs pour l'an prochain, saison 2011-2012 s'entend. Des manuscrit V1 reçu par mail donc par la poste (survivre dans cet hostile milieu est donc possible smiley de lassitude). Je les accompagne dans leur réécriture, les aide à affiner leur voix et leur dispositif. C'est quand même ce que je préfère, ça va sans dire.

Il fallait une phrase d'accroche pour résumer la ligne éditoriale de la collection sur le quatrième de couverture. C'est : "En marge du terrorisme de la fiction, il existe des laboratoires". Je pense que les malentendus vont être dissipés, que je ne recevrai plus de romans formatés. Publier du roman traditionnel, ça ne m'intéresse absolument pas, toute la production actuelle s'y consacre, déjà qu'en tant que lectrice ça m'épuise, ce n'est pas pour soutenir le phénomène de l'intérieur.

La salve des refus en frontal a commencé, parce que parfois, les textes reçus sont bien pourris, faut le dire. Donc ça y est, mails incendiaires en retour, des gens me détestent. Enfin quatre. Peut être cinq. Ou six, je sais plus. Ca m'est égal à un point qui dépasse l'entendement. J'ai juste un peu de peine en pensant que quand même, quelqu'un, quelque part, a cru qu'il venait de pondre un chef d'oeuvre en enfilant des clichés dignes d'une parodie des Inconnus.

Mi-septembre, la collection Extraction aura son site. Lancement d'une revue en ligne LCTS, Laboratoire de Création Textuelle et Sonore. Pour celle-ci, vous pouvez m'envoyer, via la page contact, un descriptif de votre projet de pièce sonore ou un extrait de votre texte. Ici non plus, je vous préviens, pas de Marquise qui sort à cinq heures, ça va de soi.

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#297

Ai achevé cette nuit Le deuil des deux syllabes, la nouvelle pour l'Une & l'Autre, qui sera publiée à la rentrée. Il me reste quelques rendez-vous liés à Extraction et à mon travail personnel demain et vendredi, une lecture débat sur l'autofiction pour Paris en toutes Lettres samedi, aller écouter Pierre Guyotat lire ensuite, puis assister à la lecture de Philippe Adam dimanche. Deux pièces texte/musique sont présentées aux Bouffes du Nord : Canal Tamagawa, qui était sorti chez Verticales, et Il manque une pièce, qui sortira en janvier chez Extraction.

En sortant des Bouffes du Nord je fais mes valises. Le lendemain aux aurores direction le Sud, une semaine off. Je n'aurais pas de connexion. Je vais lire et écrire, me reposer, aussi. L'été promet un rythme soutenu : Une femme avec personne dedans à écrire, le site d'Extraction à monter, son Labo à mettre en place. Soutenir le livre de Patrick Bouvet, heureusement, je n'aurai pas à m'en occuper moi-même : Extraction à son attachée de presse, Noémie Sauvage. Quant au Labo, je vais avoir une équipe officielle sous très peu. Bref, c'est vraiment le roman qui va m'accaparer, c'est d'ailleurs nécessaire. Il était grand temps que je m'y colle.


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#296

La chartre graphique d'Extraction est actuellement conçue par Eric Arlix. Pour ceux qui aurait manqué les épisodes précédents, Extraction est la collection que je crée à la rentrée aux Editions Joca Seria. Vous ne verrez rien avant septembre, quand le site de la collection sera en ligne, puisque le premier titre sort en octobre. J'hésite à faire une exception à la charte pour le premier livre, une photo plein pot, parce qu'elle est top, fait parfaitement écho au titre. C'est un cliché de Jean-Charles Massera. Le livre, c'est Open space de Patrick Bouvet. Je crois que tout le monde ici sait que je suis fan de Bouvet, mais ignore peut-être que ça remonte vraiment à la première heure. C'était en 1999, j'étais encore critique au Matricule des Anges, je n'avais pas publié Les Mouflettes d'Atropos, je l'écrivais par bribes, je me suis pris In situ en pleine gueule. J'en ai fait un article à l'époque, je n'avais pas la même identité.

Patrick Bouvet, je suis et soutiens son travail depuis onze ans, dès qu'on fait appel à moi pour lire du contemporain je le mets en avant, je vais voir ses lectures et ses perfs, écoute ses disques. C'est un des écrivains-laborantins les plus puissants que l'on ait en France, alors ouvrir ma collection sur un titre de lui, c'est plus que poser les jalons, c'est enfoncer le clou direct. En plus Open Space est un texte très fort, pas un écrit mineur, un texte sur la dématérialisation du monde, avec, par le bias de son héroïne, une expérience de lecture émotionnelle forte pour le lecteur, comme avec In situ, justement. Etrangement, alors que le livre traite de dissolution de l'être dans la machine-système, le ressenti est violent, la langue très incarnée. Mais j'y reviendrai plus tard.

J'ai la journée de libre, je vais en profiter pour avancer sur Le deuil des deux syllabes, la nouvelle pour Sens & Tonka aux Editions l'Une & l'Autre. Ca tombe bien, hier c'était la fête des mères.




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#295

Sélection des textes qui seront lus tout au long des cinq jours liés à A vous de lire!, de son lancement mercredi soir gare Montparnasse à ma dernière intervention dimanche dans le 18e. Pour le premier soir, c'était compliqué, une amie m'a aidée. Il fallait que ça fasse cinq minutes, et je voulais qu'en cinq minutes tout soit dit. Mais pour absolument tout le monde. Or, vous l'aurez noté, j'ai précisé gare Montparnasse, ça sera dans la salle d'attente, pas en plein passage mais quand même. Qu'est-ce qui peut scotcher définitivement tout le monde en cinq minutes, question. Les petits et les grands, il y aura des enfants, ça ne facilite rien, exclus Artaud, Guyotat, Schuhl. Après une heure d'essais, je me suis fixée sur Rimbaud, Le Bateau Ivre. Cinq minutes exactement, et tous les ingrédients, j'aurais dû y penser plus tôt.

Aux Cahiers de Colette, vendredi 28 mai, je lis de 17h30 à 19h des textes contemporains. Ca va de Duras à Jallon en passant par Lydie Salvayre et Christine Angot. Il y aura de la langue classique et de la forme expérimentale, de l'émotion et des blagues pour respirer. Je dois m'entrainer, lire à haute voix est un exercice aussi jouissif qu'épuisant, je finis mes journées claquée.

Le programme d'Extraction se modifie. Il va y avoir des cd mais aussi des dvd. Le geste va au-delà de la littérature, même s'il reste militant. J'aurai sept titres sur 2010-2011. Je vous présenterai le programme bientôt. Si des libraires lisent ce site, qu'ils n'hésitent pas à me contacter s'ils veulent que l'on travaille ensemble.

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#294

Mercredi 26 mai en fin d'après-midi, c'est le lancement d'A vous de lire!, une nouvelle manifestation nationale autour de la lecture, dont je suis la marraine. Partout en France, dans des lieux insolites ou plus classiques, de nombreux évènements autour de la lecture vont engager le grand public à découvrir des textes, via l'objet livre lui-même ou la lecture à haute voix. Durant quatre jours, la littérature va sortir de son carcan pour investir l'espace public.

Je sors à l'instant du Ministère de la Culture, où Frédéric Mitterrand a présenté A vous de lire! aux journalistes, aux partenaires et aux professionnels. J'ai lu un texte écrit pour l'occasion, ainsi que les trois derniers chapitres de L'Ecume des jours de Boris Vian.

Voici le texte lu ce jour :

"Lorsqu'il m'a été demandé d'être marraine d'A vous de lire!, mon crâne a été envahit de souvenirs et de mots. Des mots comme évasion, résistance, transmission. Des mots comme découverte, sentiments, réflexion. Des mots pleins et nombreux qui dans leurs ricochets m'emplissaient quintessence de la littérature. J'ai pensé à ma mère, elle m'a appris à lire. Très tôt, je ne sais plus l'âge. Lasse de me voir décrypter étiquettes et panneaux, journaux et magazines, elle me revint un jour avec mon premier livre. Les Malheurs de Sophie, en bibliothèque rose. La poupée de cire, son enterrement, la chaux « blanche et unie comme de la crème », les petits poissons rouges découpés et salés, le poulet noir, l'abeille. A chaque soir son chapitre, onze jours consécutifs elle me fit la lecture en y mettant le ton. Au douzième, elle simula une grande fatigue, me tendit le livre et dit : à toi. A présent lit la suite toute seule. Je luttais à chaque ligne, m'accrochais pour comprendre mais je voulais connaître le dénouement de l'histoire. C'est comme ça que j'ai appris. Ma mère ne m'a rien laissé si ce n'est l'essentiel. Le goût de la lecture. Ca m'a sauvé la vie.

Les gens confondent, souvent. L'écriture n'est pour moi nullement thérapeutique. Ce n'est pas dans mes textes que se trouve tapi le secret de la résilience. Si je suis là, debout, c'est grâce, uniquement grâce à ma bibliothèque. Lorsque la chair est lasse je m'en remets aux livres. Des morts et des vivants, car j'ai tout à apprendre, à entendre, à ressentir. Durant l'adolescence mes amies les plus chères avaient pour nom Emma, Iseut, Chloé, Nana. Leur destinée funeste étant inéluctable puisqu'écrite, imprimée, je faisais circuler leur ouvrage hébergeant. Pour qu'elles vivent un peu plus, grâce à d'autres, plus longtemps. J'avais la sensation que dépourvu de lecteur les personnages de fiction risquaient de disparaître, de mourir pour de bon, une seconde agonie. Je le crois presque encore. C'est pour ça qu'aujourd'hui je supplie qu'on les lise, ces livres, tous ces livres. Des écrins à héros qui ne savent respirer seuls.

Lorsqu'il m'a été expliqué en quoi consistait A vous de lire, j'y ai vu l'occasion pour la littérature de quitter la sphère privée, pour envahir, cinq jours, le vaste espace public. Le réel est aride, la fiction comme la langue par leur infiltration pourraient rendre fertile le champ de l'imaginaire comme celui de la pensée. Peut-être une parenthèse, où le temps de cerveau disponible ne serait pas monnayable. La lecture, acte intime, devient soudain partage, et surtout expérience. Le Petit Robert dit : Expérience : 1. Le fait d'éprouver quelque chose considéré comme un élargissement ou un enrichissement de la connaissance, du savoir, des aptitudes. 2. Évènement vécu par une personne susceptible de lui apporter un enseignement. 3. Connaissance de la vie acquise par les situations vécues. La lecture est une expérience, A vous de lire l'occasion de la démultiplier.

Je ne suis pas une bonne fée, et il n'y a pas de berceau. Pourtant j'aimerais que chaque livre, parmi le stock gigantesque mis en circulation, rencontre son lecteur. Que le hasard s'en mêle au point de plus en être un. Je voudrais que par la bouche de tous ces anonymes, acteurs de cette expérience, la littérature happe, touche, bouleverse et kidnappe. Je voudrais qu'A vous de lire! permette, partout en France, à chacun de saisir combien lire est précieux."

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#293

Suspension des chantiers en cours pour cause d'urgence. J'ai une nouvelle à rendre pour la prochaine rentrée de la collection L'Une et l'Autre, la structure de Sens & Tonka qu'ils ont spécialisé en littérature. La même que pour Narcisse et ses aguilles. L'objet sera joli, alors ce serait bien que le texte soit au niveau. Il me reste peu de temps, très peu, quelques jours.

Le deuil des deux syllabes, ça va s'appeller. Ce sera sur le statut du mot maman dans mon vocabulaire. Je n'emploie plus ce mot depuis deux décennies et demie. Je ne dis pas la maman de, ta maman : j'utilise le mot mère. Parfois, ce mot se rebiffe pour souligner son agonie. C'est de ça dont je vais parler.

En attendant, je vous laisse sur une lecture de Jérôme Game, un poète dont le travail sur la difficulté de dire, justement, me touche particulièrement aujourd'hui.

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#292

Une femme avec personne dedans, début du premier chapitre :

"Un flocon dans la gorge elle marche et elle calcule, des têtes roulent dans la boue. Cette année la neige n'est pas blanche, ses cristaux sont autant de cendres, cœur vidangé et ciel de jais. Survivre nécessite souvent des sacrifices, aussi au creux de son crâne ça tranche et ça soustrait. C'est comme ça qu'elle procède. Par tabula rasa. Elle fonctionne par ruptures, se nourrit des cadavres de ses anciens amis, de ses anciens aimés. Une petite mécanique, un cycle, tous les cinq ans. C'est le temps que met l'ennui à éroder la pulsion de vie. Alors elle part, elle est partie.

Tout était si figé. Parfait et immobile, âmes et rires en plastique, des soirées rassurantes puisqu'écrites au carbone, duplication rituels, sensation d'inertie. Aucune stimulation. Proches ou satellitaires, tous étaient les cellules d'un organe superflu menacé de gangrène, appendice boursouflé diabète bons sentiments. Abcès. Le sucre en pus gluant s'infiltrait croisillons fibres tissu social, un réseau frelaté amour joie et bonté : leurs drogues étaient festives. Elle n'éprouvait plus rien, plus rien à leur contact si ce n'est le dégoût propre aux nuits perdues d'avance.

Se dépouiller d'autrui, quitte à en avoir froid. L'air cingle son négatif mais sur ses tempes la sueur est un remède au givre. Une chaleur irradiante, épicentre au plexus ; une torsion dans le ventre, souffle court elle recrache le flocon a fondu, une goutte, mauvaise trachée. Toux grasse, des glaires, une extraction, ses liens en scolopendres se répandent au bitume, ils verglacent aussitôt.

Elle marche. Elle se regarde marcher. Paris, un quartier populaire, avenue boulevard vitrines, sa toque est en fourrure son cœur se veut de pierre. Elle souhaite : que tous renoncent, renoncent enfin à elle. C'est à ça qu'elle aspire. Au plus rien autour d'elle. Elle n'a fait aucun tri et a coché la liste, il ne reste plus personne, tous rayés, jusqu'à Dieu.

Elle s'exige seule et libre. Elle se regarde exiger. Elle pense : cela est juste et bon. Elle se dit : ceci est la genèse d'une aventure nouvelle, aussi réjouissons-nous. Elle s'adresse au pluriel parce qu'à toutes les parcelles qui peuvent la constituer. Savoir ce qu'elle a dans le ventre à présent qu'il est vide nécessite au-dedans de la concentration. Elle marche.

Le pont au dessus du canal, une pause, son reflet loin en bas, la surface fissurée et quelques poissons morts. Elle tend l'oreille, aucune sirène.

Elle ne sent pas observée. Elle imagine seulement, mais elle imagine bien, jusqu'aux moindres sensations. Elle apprécie ce qu'elle éprouve, la trouée dans la nuque, le corps qui se diffracte, elle sait qu'elle disparait si elle insiste un peu.

Plein écran salle obscure fauteuils crantés un harnachement. Ils la verraient, elle, Paris un quartier populaire gélatine orangée, fluidité du panoramique, piquée d'or serait la neige. Les yeux écarquillés par les pinces à paupières, leurs pupilles seraient soumises dilatation aigue, aveuglées par l'éclat perçant de son soulagement. Elle marche.

Elle traverse la ville, transforme en hier soir son présent lapidaire, elle ne se promet plus de lendemains enchanteurs, elle provoque, désormais elle provoque. L'inédit, le changement, pleines mains elle déracine, il ne reste plus rien, la voilà neuve et prête, elle sait que chaque pas la rapproche d'un devenir ample, insoupçonné. Elle sait que seul l'Enfer est pavé de certitudes, elle sourit au rond point sous les marteaux piqueurs.

Elle ne s'essouffle pas, pourtant son corps est lourd, imprégné de plomb moite, criblé de supplications comme autant de supplices qui en paons font la roue. Elle enjambe ruines, vestiges, des blocs, efflorés par des bouches distordues de douleur. Elle leur fait du mal, elle le sait. Elle fait du mal, elle fait le mal, au-dedans ça bouillonne salé au lacrymal la vapeur la pression pour neutraliser le spleen arracher le couvercle, elle marche."





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#291

Une femme avec personne dedans avance, toujours très doucement. Je crois qu'il va y avoir une rythmique de travail particulière. De longs, très longs tunnels, parce que ça creuse en souterrain. Je tresse détresse retresse chaque phrase, je suis obsédée par la justesse, en ce moment.

C'est à cause d'Extraction, la collection que je monte chez Joca Seria à la rentrée. Je dois et vais devoir intervenir sur certains textes, faire réécrire l'auteur en lui conseillant des directions. Proposer des suppressions, des inversions, des aérations, des montages. Intervenir sur une matière qui n'est pas la mienne, et que je juge. C'est ça le problème dans le rôle d'éditeur, quand on est soi-même écrivain. Dans la mesure où je me veux extrêmement exigeante en tant qu'éditrice, je vais devoir l'être davantage encore avec moi-même. Déjà que je rigolais pas tout les jours, ça promet d'être atelier rigueur devant l'ordi jusqu'à la fin de l'été. Et dire que cette année je m'étais promis des vacances smiley de bon c'est vrai j'y ai jamais trop cru.

Mon programme est bouclé d'octobre à mai. Si vous avez envoyé un texte et que vous n'avez pas encore eu de retour, ça veut dire que votre texte n'est pas prèt en l'état. J'ai déjà envoyé les mails de refus catégorique et contacté les auteurs qui seront publiés chez Extraction sur 2010-2011.

En fait j'ai dix textes pas mal, mais à qui il manque systématiquement le petit quelque chose qui fait que ça tue. Pourtant, oui, effectivement, avec un peu plus de ci, un peu moins de ça, tel partie développée, là hop c'est clair, ça le ferait, mais grave. Donc voilà.

Si vous faites partie de ceux à qui je n'ai pas envoyé de compte rendu de lecture, et que : 1. Vous êtes prèts à retravailler. 2. Vous êtes prèts à attendre octobre 2011-mai 2012 pour voir l'objet en librairie, recontactez moi.


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#290

Le roman est amorcé. J'ai encore changé de titre, cette fois il est définitif, je le sais. Ce sera Une femme avec personne dedans. J'avance très lentement pour l'instant. J'ai dégagé presque dix jours pour pouvoir ne faire que ça.

Aération des neurones la semaine dernière. Vu une expo géniale à la Maison Rouge. Vu aussi des courts métrages de gens sortant de la Fémis, et force est de constater que ça change pas trop.

J'ai travaillé un peu sur l'oratorio, aussi. J'ai trouvé un nouveau compositeur pour le projet, depuis que j'ai été mise en contact avec lui, tout est débloqué. En fait j'avais déjà effectué le découpage du synopsis scène à scène, je n'ai plus qu'à écrire ce qui est prévu. Cassiopée sera jouée par Ingrid Caven, le coryphée par RoBERT, Mathilde (qui ne chante pas) par moi. J'en suis à un tiers. Avec le retard pris, Ingrid ne sera plus disponible à partir de 2011. Il va donc falloir speeder un peu, et imaginer une représentation pour 2012, même si sur disque ça pourra être fini bien avant. Il va être possible d'imaginer un objet final très particulier, parce qu'il est fort possible qu'il y ait des images créées par des personnes compétentes pour l'occasion.


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#289

C'est officiel.

"L'extraction est une action, la collection Extraction un geste éditorial. Faire sortir la littérature de son carcan traditionnel, tirer la poésie hors de ses codes et ses chapelles, donner la parole aux expérimentateurs. Des écrivains-chercheurs, qui, du fond de leur laboratoire, produisent des formes et des dispositifs textuels singuliers, tout en prenant la langue comme matériau."


Cette collection, je l'ouvre aux Editions Joca Seria. Six titres par an, dont certains avec cd. Auteurs en devenir, praticiens confirmés, un peu des deux. Un espace pour défendre des textes, des formes, des positions. Le premier titre sort en octobre, le deuxième en janvier, puis deux en mars et deux en mai.

J'ai une partie de mon programme, des auteurs dont je suis le travail depuis longtemps, d'autres, plus jeunes, que j'ai découvert il y a peu. J'accompagne une très jeune femme dont le premier texte sera prêt dans quelques mois, aussi. Mais je recherche un texte qui sortirait de nulle part. Un texte envoyé en PJ d'un mail, comme celui de Clément Ribes à l'époque. Donc voilà, c'est dit. Même si c'est un début, des bribes de manuscrit en cours, sachez que je vous cherche, futures tueuses, futurs tueurs. Le protocole est simple, passez par la page contact. Il y a un piège. La page contact ne prend pas les PJ. Expliquez-moi pourquoi vous avez écrit ou écrivez le texte proposé, et ce que vous avez voulu tenter dedans, voire avec. Vous joindrez le manuscrit en word ou en PDF lorsque je vous répondrais.


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#288


C'était compliqué ces derniers jours, mais alors à un point. Je devais poser ou repenser les fondations de plusieurs chantiers à la fois, tous assez différents et certains collectifs. J'étais bloquée sur le roman comme pas permis, j'ai fait chier tout le monde. Genre d'habitude ça démarre tout seul et pas là ô angoisse de l'auteur qui soudain prend une majuscule à s'en cogner contre le plafond. Infinie patience d'Igor, soutien de la team, ici remerciements.

C'est réglé depuis quelques heures seulement, cette histoire de blocage doublé du je geins à en fissurer les murs et le cœur de mes copines y compris celles qui bossent dans la vraie vie avec un chef de service, des tableaux plein l'écran et un lever à 7h. Plaignez-moi, s'il vous plait, mes sœurs. Pauvre, mais pauvre poupounette.

J'ai appliqué mon système de problème / solution. De fait je me suis remise à l'oratorio, quelques heures ce soir. J'ai de nouvelles pistes, qui me motivent énormément. J'ai écrit une scène versifiée, destinée au chœur et à la soliste. Ca m'a fait du bien. J'avais beaucoup travaillé dessus mine de rien, j'ai tout le plan scène à scène sur trois actes, et presque fini le premier. C'est vraiment agréable comme exercice, tout le synopsis est fait, il suffit de transformer les idées et la trame en vers ou en prose poétique pensée pour l'oralité. C'est assez technique au premier abord, mais une fois que la métrique est déterminée ça vient tout seul. J'ai eu l'idée de la scène finale, aussi. A cause de la fin des Mouches de Sartre, "Ce sont les Érinyes, Oreste, les déesses du remords". Je vois bien le cerveau de Mathilde dévoré par les Erinyes.

Là je vais me remettre au roman, c'est l'heure. J'ai enfin tout trouvé. Ca s'appellera L'Effet Barnum. Ca ne parlera pas que d'amour, ce projet là je le remet, on verra, l'amour juste l'amour, quand même, des fois, j'vous jure, ça va pas bien.



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