
#159
J'ai du mal à travailler ce soir. Les phrases sont moches, obstinément. Que ce soit pour la pièce, la nouvelle ou le colloque. Il y a des jours comme ça, ça ne sert à rien de forcer.
J'ai besoin d'immersion totale. Là mes voisins fêtent un anniversaire. Au début j'étais presque envieuse, tellement ils avaient l'air de s'amuser. Et puis ils se sont mis à chanter La rirette la rirette, suivie d'une histoire de curé de je ne sais plus quelle ville de France, et là j'ai eu très peur, vu qu'ils ont moins de trente ans. Je n'arrive pas à me concentrer, la musique me perturbe, la leur, la mienne. J'ai même essayé la télé.
Aujourd'hui, rendez-vous avec la comédienne et le metteur en scène d'Eden matin midi et soir, au bureau de presse des Devastée. C'est dans leurs collections qu'on prend les costumes, enfin la ou les tenues pour Adèle, le personnage du monologue. Je crois qu'on a trouvé. Ca me donne des idées, de visualiser le corps d'Adèle, celui de Anne Steffens recouvert par les Dévastée. Ca me donne des idées qui donnent des phrases pourries, mais des idées quand même.
Demain je me lèverai tôt et passerai la journée en autiste. Comme ça je suis certaine d'y arriver avant 14h. J'ai un timing super serré, je ne peux pas me permettre de jouer à la duchesse qui a perdu l'inspiration. Mais c'est quand même un truc bizarre, qu'il y ait des jours avec et des jours sans. Heureusement que ça n'arrive qu'une à deux fois par semaine. A part pour le son. Là, j'étais tellement axée écriture que j'ai pas fait de son depuis trois mois. J'aimerais que ça revienne.
Je vais faire des lectures d'extraits livres pour le site, d'ici la rentrée. Un à deux extraits par livre, pour tous. Peut-être que parfois ça se prêtera à l'habillage sonore. Et puis mettre en ligne la perf telle qu'elle va être faite à Dijon avec les Pénélopes. C'est une extension de Dans ma maison sous terre. Je l'enregistrerai et l'intégrerai genre en août.
A part ça, je l'ai peut-être déjà dit ici mais je ne m'en souviens plus, je suis assez contente parce que J'habite dans la télévision va sortir en poche en janvier, chez J'ai Lu. Je vais pouvoir choisir la couverture, voire en proposer. Je ne suis pas capable de la réaliser moi-même, je ne suis pas graphiste et suis nulle en montage. Si quelqu'un a une idée chouette, il pourrait me l'envoyer, et si elle me plait, je pourrais la proposer à l'éditeur.

#158
En octobre, je dois rendre un texte pour la nouvelle maison d'édition littéraire fondée par Jeanne-Marie Sens et Hubert Tonka, L'une & l'autre. Je pensais que ce serait publié dans un recueil, mais en fait chaque récit sortira à part. Ca fait donc comme un petit livre, et je suis très contente. Ca sera mon quatorzième objet. Dans ma maison sous terre sera le quinzième, Eden matin midi et soir le seizième, je me dis que l'année prochaine je peux faire ma demande pour la Villa Médicis sans être complètement hors profil. J'aimerais vachement aller à la Villa Médicis en 2010, c'est un peu mon obsession en ce moment.
J'ai beau avoir tout le mois d'août pour la faire, le texte pour L'une & l'autre, je n'avais pas l'esprit tranquille, impossible de boucler les travaux plus urgents, ça me faisait bloquer. J'ai trouvé l'idée il y a quelques jours, et le titre, aussi.
Mélanger un sujet de fille avec l'autofiction telle que je la pratique, en profiter pour m'atteler à un thème limite chik litt, donner dans la psycho et le symbolique à bloc. Là je suis sûre de m'amuser. Essayer de faire un truc joli à partir d'un traumatisme de pouffe, en gros. Parce que tout part de là. Je vais écrire une nouvelle sur mon rapport aux chaussures, sur ce que les chaussures représentent pour les femmes qui les accumulent dans le dressing. En partant de la paire que je ne peux pas acquérir, alors que j'en suis amoureuse depuis que je les ai vues il y a des mois.
J'ai quelques pages, je poste les premiers paragraphes (qui seront sûrement touchés d'ici la fin de l'été). Je vais appeler ça Narcisse et ses aiguilles, et maintenant que j'ai mes rails je peux le mettre de côté et me concentrer sur Cerisy.
"C'est une histoire banale, celle d'une acquisition qui relève du phantasme pour raisons budgétaires. L'histoire d'une frustration qui ne sait pas se gérer et qui cherche un refuge, quelle qu'en soit la nature, la matière et la forme. Est-ce que 30 500 signes ça pourra être assez.
C'est une histoire de deuil, un deuil particulier, celui d'une possession qui n'aura jamais lieu. Appliquer le renoncement et pratiquer l'oubli : la frustration vacille, la frustration s'éteint. Il en reste parfois quelques traces charbonneuses dans un coin du cerveau. Du cerveau, pas du cœur. Pourquoi mes ventricules sont en plein brasero, ça encore, je demande. Le sang confit d'envie, des grumeaux aux artères.
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C'est à peine une histoire, c'est juste un épisode. Honteux et psychotique, mais qu'il faut consigner. Parce qu'ainsi se présente le pacte d'écriture. Tout vu, rien inventé. Poursuivre de texte en texte la rigueur de la démarche, et tant pis si mes pas parfois se font trébuchements.
Un article de mode, une paire de chaussures qui restent hors de portée ; Tantale dans la vitrine, Cendrillon amputée. Une paire de chaussures, un article de mode : quoi de plus futile, n'est-ce pas. Pourtant je le ressens, désormais je le sais il manquera quelque chose. Pas que dans mes placards. Dans la reconstruction de mon identité. Et bah oui, carrément."
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#157
Cette année, ils sont forts. Question générateur de fictions, ils assurent leur race chez Endemol. Je regrette de ne plus avoir ma chronique au Matricule des Anges, j'aurais pu faire un chouette sketch. Vous me direz, je pourrais faire un effort de temps en temps, et l'écrire ici. Ce serait sympa pour le lecteur qui s'est fadé mes quatre mois de dépression, un petit sketch sur Secret Story. Le problème c'est que j'ai pas le temps de suivre l'émission. Quand je dis suivre, je veux dire suivre sérieusement. Primes, quotidiennes, mais surtout 24/24. Sinon on passe à côté des options prises au fur et à mesure par la prod, on rate la première phase du processus de fictionnalisation. On peut beaucoup s'amuser à partir des montages, mais on passe à côté de ce qui est capital.
Faire une note quotidienne sur l'écriture dans le vivant, ça m'aurait bien plu. J'aurais pu faire des tas de blagues, mettre en parallèle des citations de philosophes morts, ça m'aurait vraiment diverti. Et puis qui sait, les gens qui passent se seraient fait moins chier qu'avec un hublot sur le laboratoire. Parce que Remarques & Cie, ça devient de plus en plus ça et de moins en moins un blog. Bon, en même temps, j'ai jamais dit que c'était un blog, et puis en plus je fais ce que je veux. Mais bref.
Je n'ai vu que le prime et deux quotidiennes, plus la seconde partie de celle d'aujourd'hui. Redoutable, celle d'aujourd'hui. Cette année, ils sont forts, je vous dis. Quand je me suis rendue compte que je n'allais pas pouvoir ne serait-ce que visionner les quotidiennes, j'ai ressenti une grande frustration. J'ai échafaudé des plans diaboliques, mais rien à faire. La perf dans une semaine, le départ pour Hyères ensuite, là bas préparer le colloque, repartir plus loin dans le Sud, aller au colloque, rentrer à Paris fin juillet. Pendant ce temps écrire deux nouvelles et finir la pièce. Non j'exagère, pour ça j'ai jusqu'à fin auôt smiley de je vais me pendre. Il faut se rendre à l'évidence, je n'ai pas de temps de cerveau disponible pour suivre, même uniquement sur TF1, Secret Story 2. Autant vous dire que c'est un drame. Heureusement qu'il reste Koh-Lanta. Et encore je vais en louper au mois deux, d'après mes calculs.
A chaque problème sa solution, là c'est Igor qui l'a trouvée. Elle a pour nom William Rejault. Je peux partir tranquille, je suis certaine qu'il saisira parfaitement les fictions en cours pendant mes ouvrez les guillemets vacances fermez les guillemets. En plus j'éviterai Castaldi.
A part ça, je me suis engagée à faire une rectification sur un de mes anciens posts. La température sous terre est constante, 13°. Ce n'est pas on, mais cette vieille hyène alcoolique de Jean Debats qui me l'a appris. Cela devait être précisé [Ndlr : Jean, pitié ce coup-ci n'appelle pas avant 13h smiley de supplication].
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#156
Pour Cerisy, vraiment, l'exercice est périlleux. Le poids du contexte, déjà. Les colloques, c'est vraiment pas mon truc. Je ne suis pas une intellectuelle, je ne sais pas théoriser. J'ai lu avec une grande attention l'essai de Philippe Gasparini, mais ça n'a servi qu'à me complexer davantage.
Quand j'étais à la fac, je consultais souvent les actes de colloques de Cerisy. Tous les étudiants en Lettres Modernes ont connu ça, ou alors c'est qu'ils s'étaient inscrits uniquement pour avoir la Secu. L'idée d'y participer me terrifie. Il y a Doubrovsky en personne, Vincent Colonna, Philippe Forest, Hubert Lucot. Heureusement pas le même jour que moi, c'est déjà ça, enfin, c'est ce que je me dis.
Le texte que je vais lire va être consigné dans les actes du colloque sur l'autofiction. Ca veut dire que si je me plante, il restera une trace à vie. Je redoute affreusement d'être la gogole de service.
J'en avais parlé avec Marie Darrieussecq, quand je l'ai rencontrée cet hiver. J'étais déjà terrorisée. Elle m'a dit un truc chouette, que je me répète sans cesse dès que je panique trop. "Tu es écrivain, tu peux faire ce que tu veux". Ce que je veux, pour Cerisy, c'est un texte littéraire, pas une intervention traditionnelle. De toute façon je suis incapable de faire une intervention traditionnelle, pas par pose, mais par manque d'outils.
Ca fait huit ans que je publie. Le sentiment d'usurpation s'est estompé quand j'ai rentré dans ma bibliographie mon treizième livre, et que j'ai reçu la bourse du CNL, celle qui n'est pas simple à avoir. Là, ça a validé le fait que c'était mon métier, ou quelque chose dans le genre.
J'ai commencé à écrire le texte de la conférence, cet après-midi. Le colloque est dans trois semaines, mais j'ai pas tant de temps que ça. L'intervention dure une heure, ça fait pas ma de feuillets. Ceci dit, je suis contente de lire, parce que j'aime ça, les lectures. Alors je me dis que c'est juste un texte, un texte qui s'appelle S'écrire mode d'emploi, et qui raconte comment je bosse. Un peu comme j'avais fait il y a deux ans à la BNF, mais de façon différente, plus axée sur l'autofiction, ma pratique de l'autofiction.
Il y a un chapitre là dessus dans Dans ma maison sous terre. Parce que je me suis heurtée à un problème écriture / vie. Normalement je lie les deux. Je voulais assister à une thanatopraxie, pour un chapitre précis, mais ma psychiatre m'a dit : j'en fais une contre-indication. J'ai longuement hésité et puis j'ai obéi. Elle me promettait la venue d'un nouvel épisode psychotique si je passais outre. J'ai déserté la littérature par crainte que ma vie se barre en couille, je ne sais toujours pas si ce n'est pas de la lâcheté. Ce qui est certain, c'est que, quelque part, j'ai brisé mon pacte de lecture.
Le début du texte pour Cerisy, c'est ça :
"Je m'appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Je le dis, le redis, sans cesse partout l'affirme. Je m'écris dans des livres, des textes, des pièces sonores. J'ai choisi de devenir personnage de fiction quand j'ai réalisé que j'en étais déjà un. A cette différence près que je ne m'écrivais pas. D'autres s'en occupaient. Personnage secondaire d'une fiction familiale et figurante passive de la fiction collective. J'ai choisis l'écriture pour me réapproprier mon corps, mes faits et gestes, et mon identité.
Je m'appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Je maîtrise le récit dans lequel j'évolue. C'est mon mode de contrôle, de contrôle sur ma vie. La vie et l'écriture, les lier au quotidien. Injecter de la vie au cœur de l'écriture, insuffler la fiction là où palpite la vie. Abolir les frontières, faire que le papier retranscrive autant qu'il inocule. Ca ne m'intéresse pas d'être juste écrivain.
Je m'appelle Chloé Delaume. Je crois que tout le monde l'a compris. Mon prénom est celui d'une héroïne de Vian, décédée fin d'ouvrage cancer du nénuphar. Mon patronyme aussi, je l'ai échafaudé. L'arve et l'aume d'Artaud, sa traduction d'Alice. J'ai dit : ce nouveau Moi ne fera pas que raconter. C'était en 99, mon corps était à la campagne. Bientôt il serait prêt à expérimenter.
Ce sera un témoignage. Je ne théorise pas. Je suis les mains gantées dans mon laboratoire, je manipule le ressenti, les souvenirs, la fiction. Je fais des tentatives, je ne suis même pas dans l'œuvre, juste dans la recherche. Certains objets s'avortent dans des précipités, d'autres résistent mieux à la publication. Je ne m'en préoccupe pas. Je les défends à peine. Seuls m'importent processus, tuyauteries, protocoles. J'explore, un point c'est tout.
Je pratique l'autofiction. J'utilise, comme mes pairs, le vécu comme matériau. Dans mon laboratoire je suis organisée, le passé à la cave et sur les étagères chaque souvenir étiqueté s'avère prêt à l'emploi. La mémoire est menteuse, la moindre réminiscence est toujours reconstruite, je ne fais confiance qu'au verbe pour en extraire toujours l'initiale quintessence. En médecine chinoise, le cœur est relié à la langue.
Parfois la vie suffit à nourrir le procédé. Parfois la vie précède, la vie marque le corps et le corps retransmet. A la langue d'effectuer le travail de conversion. Les mots comme la syntaxe doivent rester organiques. Je ne crois pas aux vertus de l'imagination."
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#155
Eden matin midi et soir avance, j'en suis, d'après le metteur en scène, à la moitié. Le texte sera court, parce que le spectacle doit faire 50 minutes et qu'il faut des respirations.
Relu Suicide, d'Edouard Levé. Trouvé deux pistes intéressantes pour mon travail.
"Ta vie fut une hypothèse. Ceux qui meurent vieux sont un bloc de passé. On pense à eux, et apparaît ce qu'ils furent. On pense à toi, et apparaît ce que tu aurais pu être. Tu fus et resteras un bloc de possibilités."
"Quand on m'annonce un suicide, je repense à toi. Pourtant, quand on m'annonce que quelqu'un est mort d'un cancer, je ne repense pas à mon grand-père et à ma grand-mère, qui en sont morts. Il le partagent avec des millions d'autres. Tu es propriétaire du suicide."
A part ça, je dois écrire mon intervention pour le colloque de Cerisy sur l'autofiction, qui se tient dans quelques semaines. Je meurs de trouille.

#154
J'ai fini Dans ma maison sous terre. Ca y est. Plus aucune nuit à plonger les mains dans mes morts et ceux des autres, ça va changer. Je n'en pouvais plus. Aucun livre ne m'a à ce point grignoté le cerveau, c'était une expérience vraiment épuisante psychologiquement. J'attends sagement les rétours de mon éditeur, il me reste deux mois et demi pour peaufiner la bestiole.
C'est la première fois que je rends un objet qui ne doit pas être imprimé sous quelques semaines, à part pour Les mouflettes, mais le premier c'est normal, ça ne compte pas. Là ça va être nouveau, finir un texte fin juin pour une sortie janvier. N'avoir aucune idée de l'état d'esprit dans lequel je me trouverai quand le livre sera en librairie. Si ça se trouve il sera loin, le livre. Je serai en train d'en écrire un autre, très éloigné, c'est certain, je ne prends plus à bras le corps l'autofiction d'ici un bail, ça m'a laminée.
Nous sommes en train de boucler le numéro 1 de TINA. On a eu notre premier papier dans Livres Hebdo vendredi. Je ferai un post sous peu pour vous en dire plus sur la revue.
Après le bouclage, avancer sur Eden matin midi et soir. Je dois avoir fini fin août, on rentre en labo en septembre. J'ai envie de terminer avant, écrire le texte en apnée. C'est nécessaire vu le sujet. D'autant que j'ai pas envie de passer l'été à réfléchir sur ce qu'est le suicide. Ca aura été d'un gai, les chantiers 2008, dingue.

#153
Plus qu'un chapitre et Dans ma maison sous terre est terminé. Là fin d'une longue période, j'y travaille depuis cet automne. Je suis en train d'écrire les dernières pages, 176 et petites soeurs. J'ai super envie d'y mettre une citation de Lacan, mais ça ne rentre pas, et si je la case pas quelque part je vais être frustrée. Alors je la poste ici :
"Le débile soumis à la psychanalyse devient toujours une canaille".
J'adore ce mec.

#152
Il me reste seulement deux chapitres, peut-être trois, je ne sais pas comment j'ai fait. C'est depuis que j'ai le titre, ça sort tout seul. Après des semaines de franche galère, revoici les nuits productives, je suis extrèmement soulagée.
Deux chapitres, peut-être trois, dont la fin. J'ai jusqu'à mi-septembre pour peaufiner ensuite. Je vais m'en sortir, même si j'ai la pièce en même temps. Je faisais la maligne, mais je flippais assez sévèrement, je ne voulais en bâcler aucun des deux au passage.
Je vais passer au mode TINA quelques jours, là, c'est le bouclage. Longue réu cette après-midi, finalisation du numéro 1, bien avancé sur les suivants.
Le jeudi est consacré à Eden matin midi et soir. J'ai quinze pages, dont le premier mouvement complet. Un tiers donc.
J'ai deux textes à écrire cet été, pour une revue et un collectif. Pas encore d'idées. Envie de faire intervenir Clotilde Mélisse d'une manière ou d'une autre, néanmoins.
Fin des calculs internes.
Ai décidé de changer le design du site, d'ici septembre. Rajouter des lectures en mp3 dessus, aussi, pour chaque livre. Je ne fais plus de son, je n'ai pas le temps pour l'instant, du coup le site est morne et c'est pas du boulot. C'est compliqué de faire vivre un site quand on écrit beaucoup à côté. Déjà que je le prends comme une extension de mon bureau plutôt qu'un vrai site, si je ne fais pas de maj on ne va pas s'en sortir.
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#151
J'ai trouvé mon titre. Enfin, c'est Aurélie Sfez qui me l'a trouvé. Aurélie, c'est elle qui compose les pièces sonores qui vont avec certains chapitres du roman. La notion de musique et de voix, c'est très important dans ce livre. Au début, on devait faire un cd avec le bouquin, finalement on va mettre les morceaux en mp3 téléchargeables via une très jolie page sur le site de l'éditeur. Que les lecteurs prennent l'habitude qu'un roman renvoie poteniellement à des url, ça me plait bien.
Ce ne sera pas juste une pièce, un document qui se greffe sur la narration, comme dans le cas de J'habite dans la télévision. Tous les morts rencontrés ou presque ont leur thème, on peut entendre leur histoire par le biais du piano, des drones, du violoncelle. Le lecteur doit entendre. C'est capital pour la cohérence de l'objet.
Le livre sortira en janvier, au Seuil, chez Fictions & Cie. Ca fait sept ans que je connais Bernard Comment, j'ai déjà travaillé avec lui à de nombreuses reprises lorsqu'il s'occupait des Fictions à France Culture. Je sais que c'est l'éditeur idéal pour mon projet, et de façon générale la personne la plus à même de comprendre comment je fonctionne. Je ne voudrais pas que l'on s'imagine que j'ai été maltraitée chez Verticales, que j'estime le taux de Néantisateurs trop élevé dans leur catalogue (car par pitié, voyons ailleurs, à même niveau c'est tellement pire), que je me suis engueulée avec l'équipe, ou que je remets en cause leur démarche, leur cohérence, ou leur éthique. J'ai toujours pour eux un infini respect, et sortirai d'ailleurs un autre livre chez eux d'ici fin 2010. J'ai juste envie de bosser avec Bernard Comment. Ce n'est pas plus compliqué que ça, n'en déplaise à ceux qui s'ennuient.
Le titre du roman sera : Dans ma maison sous terre. Aujourd'hui j'ai appris qu'il y fait en permanence 13°.
J'ai retravaillé le début de ma pièce pour la Ménagerie de Verre. Je l'ai fait lire à Anne, ma comédienne, ça n'allait pas du tout. Eric Arlix m'avait dit aussi que les premières pages, ça n'allait pas. J'ai décidé de changer d'optique. La pièce sera les 50 minutes qui suivent le réveil d'Adèle après une TS, dans la chambre d'un HP. Elle attend le médecin, et se prépare à ce qu'elle va devoir lui dire. C'est une sorte de répétition. Je pense que je vais garder cet axe désormais. Il risque d'y avoir beaucoup de versions de beaucoup de séquences d'ici mars. Le théâtre, c'est franchement ce qu'il y a de plus dur à écrire. Je pensais qu'un monologue serait moins ardu, mais pas du tout, limite au contraire. Parce qu'une fille seule sur un plateau, si le rythme n'est pas soutenu, c'est un passeport pour la cata.
Eden matin, midi et soir :
"Hier soir, j'ai voté la mort. Je me suis longuement concertée et dedans on était d'accord, toutes d'accord, pour une fois. La mort et qu'on n'en parle plus. Qu'on ne parle plus de moi et qu'on ne parle plus tout court. Je n'en peux plus que ça parle autant à l'intérieur, ça charrie des migraines, ça ne s'arrête jamais, sauf pendant mon sommeil, tout du moins je présume. Je n'aime pas tellement dormir, c'est à cause des cauchemars, je les connais par cœur, il n'y a jamais de surprise. Les mêmes murs, les mêmes ombres, le papier peint piqueté. Je finis toujours face au miroir en train de me décomposer.
J'ai des cachets pour me faire taire, ça n'a jamais rien résolu. Quand je ne m'entends pas, je ne jouis pas du silence, je me retrouve toute seule, je ne sais plus quoi faire, je ne suis pas faite pour faire, si ça se trouve ça arrive. Il y a des gens pour faire et d'autres faits pour rien. Je dois être de ceux-là. Modelée antimatière.
Le moindre geste j'ignore lequel, lequel effectuer et comment. La spontanéité : une donnée étrangère, parfaitement étrangère, toujours des pourparlers et ensuite j'exécute. Ma voix est collégiale, elle éclot par ma bouche. Parfois je réalise que je ne suis que le corps, le corps d'Adèle Trousseau, 28 ans, 47 kilos. Peut-être sa conscience aussi. Une conscience fragmentée, mais sa conscience quand même. Qui à chaque seconde recense tous ses choix en autant de possibles qui s'expriment et s'incarnent et se démultiplient.
Je ne suis pas schizophrène, je n'entends que moi dans ma tête, simplement je suis plein. C'est comme si chaque pensée avait son timbre à elle, son grain particulier et son argumentaire. Je ne peux pas agir ou prendre la parole avant que la discussion ait été menée à terme. Aucune interaction avec l'extérieur avant que oui mais non cela dit néanmoins je vous ferais remarquer non mais ça va pas bien sûr que si mais enfin souvenez-vous la dernière fois que excusez-moi mais finalement on lui répond quoi au concierge. Heureusement que ça va très vite, personne ne se rend compte de rien. Mais moi, ça me fatigue, le battement incessant, le twist des neurotransmetteurs. C'est pour ça que je la limite, l'interaction avec l'extérieur.
Hier soir j'ai voté la mort, mais je ne suis pas dépressive. J'ai juste pris le temps de réfléchir, et réfléchir, je m'y connais. On a fait un colloque, 74 intervenants. Sans compter les pulsions, les pulsions ça ne compte pas, ça ne sait pas cogiter. L'ennui ne mérite pas d'être vécu, c'est à ça qu'on est arrivé, l'ennui ne mérite pas d'être vécu. Et n'en déplaise aux névrosées, souffrir ça ne diverti pas. Si l'on prend divertir au sens de détourner de ce qui occupe, ça va de soi. Lorsque plus rien n'occupe, l'agonie se fait sœur d'une gluante léthargie, on ne se sent vivant que parce qu'on respire mal. Je ne voulais plus de ça, la survie organique tenaillée de douleur jusqu'aux creux alvéoles.
C'est ce que je vais lui expliquer, au psychiatre. Il ne devrait plus tarder, la blouse suit le réveil, c'est dans le protocole. Il va falloir se présenter. Lui raconter ce qu'il se passe et ce qu'il s'est déjà passé. Ca promet de durer longtemps. Sauf qu'en fait, non, comme d'habitude. Il ne restera qu'un quart d'heure. Après, le temps qu'on me gardera, je le verrai une fois par jour sauf les week-ends, vingt-cinq minutes dans son bureau. Il me prescrira des gouttes jaunes, un antipsychotique lilas et une kyrielle de comprimés de formes oblongues, d'un blanc de talc. J'aimerais que cette fois on me laisse tranquille. Je ferais mieux de répéter."

#150
Recherche anecdotes sur les morts en général et les enterrements en particulier. C'est pour un chapitre de mon livre. N'hésitez pas à me raconter comment le cadavre de papi est tombé du lit lors de la veillée, ou pourquoi le curé a fait rire votre grande tante pendant la cérémonie. Anonymat garanti. Pour ce faire, passez par la page contact.
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